| LE CUISNIER GASCON |
| A AMSTERDAM |
|
| M. DCC. XL. |
|
i |
A SON ALTESSE
SERENEISSIME
MONSEIGNEUR
LE PRINCE
DE DOMBES. |
| MONSEIGNEUR, |
Une Epître dédicatoire se-
roit à la fois un très-mauvais
plat pour VOTRE ALTESSE
SRENISSIME, & pour |
|
ii |
moi, une entreprise mal assor-
tie à mes talens. Le sucre &
le miel qui entrent nécessaire-
ment dans la composition d'un
semblable Ouvrage, appartien-
nent mois à la Cuisine qu'à
l'Office : je craindrois, faute
d'expérience, de me tromper
aux dôses. Quant à VOTRE
ALTESSE SERENISSIME,
Elle aime le haut goût ; & tou-
te Epître dédicatoire est essen-
tiellement fade. Ce n'est pas,
MONSEIGNEUR, qu'on
ne pût bien Vous louer sans fa-
deur : la Cour & la Ville,
l'Etranger comme le François,
reconnoissent en Vous des qua-
lités qui portent leur sel avec |
|
iii |
elles : mais ce détail que j'ose-
rois faire, même de celles-là,
n'en réüssiroit pas mieux. Le
Public, à qui il n'apprendroit
rien de nouveau, ne manque-
roit pas de le traiter de mets
réchauffé, tandis qu'il ne Vous
paroîtroit à Vous, MONSEI-
GNEUR, qu'un hors-d'œuvre
de viande froide. Cependant,
me sera-t-il défendu d'en céle-
brer une entre les autres, que
personne n'a relevée jusqu'ici ;
quoiqu'elle soit la seule qu'on
puisse Vous rappeller, sans of-
fenser Votre modestie ? Non,
je ne gardera pas le silence plus
long-tems : à la gloire d'un Art
qui est devenu aussi noble de- |
|
iv |
puis que Vous l'exercez, qu'il
étoit déjà nécessaire aux besoins
& aux plaisirs de la vie : je
publierai sur les toîts que Vous
êtes, MONSEIGNEUR,
un des meilleurs Cuisiniers de
France. Ce n'est point sur des
oüi dire incertains, que je
rends ce témoignage à VOTRE
ALTESSE SERENISSIME.
Je Vous ai vû cent fois la main
à l'œuvre : cent fois j'ai eu
l'honneur de travailler sous Vos
ordres : si j'ai acquis quelque
réputation dans mon métier,
je la doïs encore plus à l'émula-
tion que Vous m'avez inspirée,
qu'au désir que j'eus toujours
d'attraper Votre goût. Enfin, |
|
v |
l'Ouvrage que je prends la li-
berté de Vous présenter, n'est
autre chose que le fruit de mes
reflexions sur Votre pratique.
A ce titre, MONSEIGNEUR,
Vous lui devez Votre protec-
tion ; & je ne crains pas de Vous
la demander, en Vous renou-
vellant les assurances du pro-
fond respect avec lequel je suis, |
| Monseigneur, |
| De Votre Altesse Serenissime, |
Le très-humble & très-
obéïssant Serviteur, le
Cuisinier Gascon. |
|
vi |
|
AVIS
AU LECTEUR. |
CEt Ouvrage est très-diffe-
rent de la pluspart de ceux qui
ont paru sur le même sujet. Les
uns remplis de préceptes com-
muns, rébutent par leur lon-
gueur : les autres bornés à de
simples catalogues de sauces,
n'apprennent que des noms à
qui voudroit s'instruire du fonds
des choses. On trouvera ici un
choix judicieux des mets les plus
exquis, avec la maniere détail-
lée de les apprêter. L'auteur des
Dons de Comus est sçavant : le Patissier Anglois a de l'esprit : je
ne me pique que de goût. |
|