L'HONNESTE-HOMME
OU, L'ART DE PLAIRE
A LA COURT. |
| PAR LE SIEUR FARET |
A PARIS,
Chez Toussaincts du Bray, ruë sainct
Jacques, aux Epics meurs. |
| M. DC. XXX. |
| AVEC PRIVILEGE DU ROY. |
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i |
A MONSEIGNEUR
FRERE UNIQUE
DY ROY. |
MONSEIGNEUR,
Si la gloire des
Grands Princes pou- |
voit souffrir quelque comparai-
son, je dirois que je vous offre
une image de ces excellentes
qualitez que l'on voit ordinaire-
ment reluire avec plus d'éclat |
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ii |
en ceux qui sont destinez, com-
me VOSTRE ALTES-
SE, à commander aux autres
hommes. Toutesfois, MON-
SEIGNEUR, lors que je
considere que LE FEU ROY
VOSTRE PERE, aprés
avoir justement merité tous les
tîtres les plus augustes que la fla-
terie des Anciens souloit don-
ner aux Maistres de la terre,
trouvoit le comble de ses loüan-
ges à estre estimé le plus HON-
NESTE-HOMME de
son Royaume ; Je prens un peu
plus hardiment la liberté de di-
re qu'en vous presentant ce Li- |
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iii |
vre, je vous presente comme un
pourtrait de vous mesme. C'est
la premiere recognoissance que
je vous rends, MONSEI-
GNEUR, de tant de favora-
bles accueils dont vous avez dai-
gné m'obliger toutes les fois
que j'ay eu l'honneur de me pre-
senter devant VOSTRE
ALTESSE. Vous estes éle-
vé à un si haut point de Gran-
deur, que vous voyez presque
tout le Monde au dessous de
vous, & n'y en a gueres sur qui
vous vouliez seulement baisser
les yeux pour les regarder, qui
ne ressentent que cette faveur |
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iv |
ajouste une glorieuse marque
à leur condition. Cependant,
MONSEIGNEUR, vous sçavez
user de cet avantage avec
tant de moderation, qu'il n'y a
point d'esprit si rude, que la
douceur du vostre ne surmon-
te. Cette agreable & familiere
communication qui rend vos
moindres actions charmantes,
semble vouloir disputer de
l'Empore du monde avec vo-
stre naissance. Si bien que par-
tageants ensemble cet avanta-
ge, l'une estend son authorité
sur la moins noble partie dont
les hommes sont composes, & |
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v |
l'autre se reserve le pouvoir de
triompher des ames, & faire flé-
chir devant soy les volontes les
plus rebelles, & les plus indon-
tables. Et certainement il faut
que cette bonté extraordinaire
avec laquelle vous gaignez tant
de cœurs vous soit extréme-
ment naturelle, puis que VO-
STRE ALTESSE l'a bien
voulu laisser descendre jusques
à moy, qui n'ay de nom ny de
merite que par la seule gloire
que j'ose m'attribuer de ne luy
estre pas tout a fait inconneu. Je
sçay bien que les plus grands ef-
forts que sçauroient faire les per- |
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vi |
sonnes de si peu de considera-
tion que moy, pour témoigner
leur ressentiment à ceux qui
comme vous, MONSEI-
GNEUR, sont nays pour le
salut & la prosperité des peu-
ples, ne sont que de visibles preu-
ves de leur foiblesse. Aussi est-
ce la plus éclatante marque de
divinité que l'on voye reluire
aux Puissances Souveraines,
que cette humble reconnoissan-
ce avec laquelle tout le monde
confesse ne pouvoir jamais as-
sez dignement reverer leurs
graces & leurs bien-faits. En
effet, nous n'avons que les vœux |
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vii |
& les soumissions libres pour
reparer en quelque façon le de-
faut de nostre pauvreté ; & com-
me la magnificence de vostre
fortune ne souffre point de re-
vanche, la misere de nostre con-
dition nous excuse, en nous en
ostant les moyens. Pour moy,
MONSEIGNEUR, tout ce
que je puis pour ne demeurer
pas tout à fait ingrat, c'est de
témoigner que le FILS & le
FRERE des deux plus Illu-
stres Monarques qui jamais
ayent porté Couronne, est plus
digne de l'amour & des respects
de toutes les Nations, que pas |
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viii |
un de ceux dont le genre hu-
main a fait autresfois ses delices.
J'ajouterois bien à cette veri-
té le denombrement de tant de
Vertus qui vous font admirer
de toute la terre ; mais elles sont
trop relevées, & en trop grand
nombre, pour pouvoir estre
contenuës dans ce petit espace,
où la tyrannie des reigles a mis
des bornes si étroittes. Que si
je suis contraint d'en supprimer
icy les loüanges, pour le moins
elles ne mourront jamais dans
ma bouche, non pus que dans
mon ame le ressentiment de vos
faveurs, qui me seroient d'eter- |
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ix |
nelles reproches d'ingratitude,
si je n'estois toute ma vie, |
MONSEIGNEUR,
DE VOSTRE ALTESSE, |
Le tres-humble, tres-obeïssant,
& tres-fidelle serviteur, |
| FARET. |
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x |
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| A MONSIEUR DE PUYLORENS. |
MONSIEUR,
Le respect que l'on doit aux
grands Princes est une chose si
sacrée, que la hardiesse de le violer ne trou-
ve point d'excuse parmy les Nations mes-
mes les moins capables de disciplines & de
civilité. Leur presence fait naistre des sou-
missions dans les ames les plus farouches,
leurs regards humilient les superbes, &
leur abord fait trembler ces Sages qui s'e-
stiment estre au dessus de la tyrannie des |
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xi |
passions & des outrages de la Fortune. Aus-
si jamais la crainte n'est de si bonne grace,
que devant ces personnes en qui Dieu sem-
ble avoir imprimé certains caracteres de sa
gloire & de sa puissance. Ce n'est pas qu'ils
ne rendent leur accez facile, & qu'ils ne
soient bien aises de descendre quelquesfois
de leurs throsnes, pour se mesler avec les au-
tres hommes : Mais la modestie de ceux qui
osent s'en approcher doit estre d'autant plus
exacte, que la bonté de ceux qui sont éle-
vez à ces conditions éminentes se daigne
rendre communicable à leur bassesse. Et à
parler raisonnablement, on peut dire que
comme on ne faisoit point autresfois de sa-
crifices aux Dieux dont les victimes n'eus-
sent receu quelque sorte d'expiation devant
que de leur estre immolées : On devroit de
mesme estre si religieux aux presents que
l'on fait à ceux qui representent en terre la
grandeur & le pouvoir du Ciel, que de ne
leur en offrir jamais qui n'eussent esté en
quelque façon purifiez, en passant par les |
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xii |
mains des personnes qui leur sont agrea-
bles. Je ne considere toutes ces choses,
MONSIEUR, qu'afin de ne faire rien
d'indigne du tître de cet ouvrage, au des-
sein que j'ay de luy procurer par vostre
moyen un accez favorable auprés de
MONSEIGNEUR. Vostre re-
commandation en fera, s'il vous plaist,
supporter les defauts ; & vous seul me pou-
vez faire trouver auprés de SON AL-
TESSE l'art de plaire que j'entreprens
d'enseigner aux autres. C'en sont icy quel-
ques preceptes generaux, qui peut-estre
ne seroient pas tout à fait inutiles à d'au-
tres moins sages que vous, MON-
SIEUR, de qui on peut dire hardiment
qu'en un âge où l'on commence à peine de
n'est plus si sujet aux imprudences de la
jeunesse, vous pouvez servir d'exemple à
ceux qui ont vieilly dans l'estude & l'expe-
rience des choses du monde. Je sçay bien
que le seul avantage d'estre aimé des grands
Princes, rend dignes de quelque sorte d'ad- |
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xiii |
miration ceux qui le possedent, quand mes-
me ce ne seroit que par hazard, & par
quelque favorable rencontre de la Fortune.
Mais lors que la Vertu s'en mesle, & se rend
maistresse de la conduitte de ce bon-heur,
comme elle fait en vous, MONSIEUR,
j'avoüe qu'il n'y a gueres de loüanges qui ne
soient bien au dessous d'une si éminente
gloire. Aussi toutes celles que je vous sçau-
rois donner sont comprises en cette seu-
le verité ; & ne me reste plus que les vœux
& les prieres que j'adresse au Ciel, pour
vous témoigner mon affection. Puissiez
vous donc, MONSIEUR, jouïr durant
le cours d'une longue & heureuse vie des
honneurs & des biens dont cette Vertu qui
vous sert de guide tasche de vous recom-
penser ; & de ceux qu'elle vous prepare à
l'avenir : Que vostre courage vous éleve au
plus sublime rang des grandeurs de l'Estat,
& que vostre sagesse vous comble de prospe
ritez. Après tout cela, je sçay bien qu'en-
core n'en aurez-vous jamais qui surpassent |
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xiv |
vostre merite, ny qui puissent égaler les con-
tentements que vous souhaitte, |
| MONSIEUR, |
Vostre tres-obeïssant & tres-
fidelle serviteur. |
| FARET |
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