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TRAITÉS NOUVEAUX & CURIEUX DU
CAFÉ DU THÉ ET DU CHOCOLATE
Composéz
Par Philippe, Sylvestre Dufour |
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TRAITEZ
Nouveaux & curieux
DU CAFÉ,
DU THÉ,
ET DU
CHOCOLATE |
Ouvrage également necessaire aux
Medecins, & à tous ceux qui
aiment leur santé. |
| Par Philippe Sylvestre Dufour |
A LYON
Chez Jean Girin, & B. Riviere, ruë Merciere, à la Prudence |
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| M. DC. LXXXV. |
| Avec Privilege du Roy. |
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A MONSIEUR
LE
CHEVALIER
VALON,
SEIGNEUR DE JANLIS
ET DE VEVCHEY. |
MONSIEUR,
Vous m'a-
vés assuré fort souvent depuis |
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iv |
que j'ay l'honneur de vous
connoître, que mes Lettres
vous faisoient quelque plaisir.
Je dois le croire, car je vous
ay reconnu toûjours fort sin-
cere. Je doute pourtant si cel-
le-cy aura ce bon-heur ; elle
est à la tête d'un Livre que je
vous dedie, il n'en faut pas
d'avantage pour alarmer vô-
tre modestie, qui sçait que
l'Eloge est inseparable de
la dedicace. R'assurez vous,
Monsieur, je ne suis nu Ge-
nealogiste, ny[1] Panegiriste ;
vos illustres Ancestes sont
à couvert par là de tout
ce que je pourrois dire à
leur gloire sans flaterie & |
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sans mensonge : & vous l'ê-
tes aussi vous-même, des
grandes loüanges que je
pourrois vous donner avec
verité & avec justice. Mais
qu'en pourrois je doire, que
tous ceux qui vous connois-
sent ne sçachent aussi bien
que moy ? Qui d'eux ne sçait
pas, que bien que vôtre
famille soit des plus con-
siderables de Vôtre Pro-
vince, tant par les em-
ploys de vos Ayeux, que
par leur propre merite ; Vous
l'êtes encore plus par le nom-
bre & par l'éclat de vos ver-
tus personnelles. Ils sçavent
qu'il en est peu que vous ne |
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vi |
possediés dans un degré emi-
nent ; que vous êtes vail-
lant sans temerité, liberal
sans profusion, complaisant
sans bassesse, genereux sans
faste, bons sans foiblesse, &
par-dessus tout cela un amy
à toute épreuve, franc, offi-
cieux, sincere, tendre, ar-
dent, n'embrassant pas seu-
lement avec joye les ocasions
de faire plaisir, mais les
cherchant avec empresse-
ment, & détaché de tout au-
tre interest que de celuy des
personnes que vous aimez.
Je pourrois, MONSIEUR,
joindre à ces vérités un grand
nombre d'autres qui ne vous |
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seroient pas moins glorieu-
ses ; si je ne craignois de
gendarmer vôtre modestie.
Il me semble même que je
l'entens déjà me reprocher
que je luy ay fait une super-
cherie : C'est pour luy plaire
que je me tais : souffrez
pourtant que ce ne soit pas
sans vous avoir informé du
sujet qui m'a porté à vous de-
dier ces Traitez. La recon-
noissance que je dois à la gra-
ce que vous me faites de
m'aimer depuis long-tems
de la maniere du monde la
plus obligeante, en est l'u-
nique motif. Ne pouvant
vous faire connaître en par- |
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viii |
ticulier par mes services,
combien je suis sensible à
cette faveur, elle m'a con-
seillé d'en rendre publique
la passion que j'en ay, &
de me dedommager de mon
impuissance par les témoi-
gnages de ma bonne volon-
té. Ce fut par ce principe,
MONSIEUR, qu'au mo-
ment que je formay le dessein
de donner cét Ouvrage au
Public, je conçus la pensée
de luy apprendre, que si les
obligations que je vous ay
sont infinies, le ressentiment
qu'elles m'ont inspiré ne l'est
pas moins. Ainsi je puis di-
re que j'eus autant d'envie |
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de luy faire sçavoir la dispo-
sition de mon cœur pour
vos bontés, que de luy dé-
couvrir les qualitez du Café,
du Thé & du Chocolate
pour son avantage. D'ail-
leurs les illusions de l'amour
propre ne peuvent elles pas
m'avoir fait sucomber à la
tentation de quelque vanité ?
Il y en a de plus mal fondées
que celle que je puis ti-
rer de l'honneur que vous
me faites de me considerer.
Les gens qui connoissent la
penetration de vôtre esprit,
& la solidité de vôtre Juge-
ment, ne sçauroient l'ap-
prendre sans juger que je dois |
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valoir quelque chose : don-
nez leur sujet, MONSIEUR,
de le croire toûjours, en me
continuant cette même gra-
ce, aussi long-tems que
mes respectueuses defferen-
ces vous obligeront à me
considerer comme l'homme
du monde qui vous est le
plus parfaitement aquis, &
qui est avec plus de vérité &
plus de chaleur, |
| MONSIEUR, |
Vôtre tres-humble & tres-
obeïssant serviteur
SYLVESTRE DUFOUR. |
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xi |
| PREFACE |
IL y a environ douze
ans, qu'un manuscrit
Latin qui traitoit du
Café, me tomba en-
tre les mains : je l'examinay, &
je crus qu'il pouvoit être utile au
Public, tant parce que personne
dans ce Royaume n'avoit encore
rien écrit sur cette matiére,
que parce que la boisson qui se
fait de cette féve, commençoit
à devenir à la mode. C'est ce
qui me fit resoudre à traduire ce
discours, & à le faire imprimer.
Je mis ma traduction au jour,
& soit que le charme de la nou-
veauté, qui fait souvent tout le |
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xii |
merite d'un Livre, eut inspiré
à bien des gens, le desir de lire
le mien : soit qu'ils y fussent por-
tés par d'autres motifs, tous les
exemplaires en furent débitez en
peu de mois. Ce succez me sur-
prit, d'autant plus que je ne de-
vois pas m'y attendre. Je métois
ataché si scrupuleusement à l'ori-
ginal sur lequel je travaillois,
que j'avois remply ma copie de
quantité de choses inutiles. L'em-
pressement que l'on eu pour cet-
te premiere edition, me persua-
da que je devois cesser d'être
traducteur, & que je pouvois
aspirer à quelque chose de plus
grand. Je me mis donc en tête
de chercher des memoires assés
precis & assés fidelles, pour fai-
re un Traité, qui n'ayant rien
de commun que le nom avec ce-
luy que j'avois traduit, pût se |
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xiii |
rendre considerable par luy mê-
me : la profession que je fais de
Marchand ne me parut pas in-
compatible avec celle d'Auteur,
sur tout en cette occasion[2], où il
s'agit d'une drogue, dont les
Marchands nous on donné la
connoissance. C'est à ceux qui ont
negocié dans le Levant, que
nous devons en France la decou-
verte du Café. C'est eux qui
nous en ont fourni. Je consideray
même en un sujet de cette natu-
re, un grand nombre de choses,
dont un Marchant peut être
mieux informé qu'un Philoso-
phe. Il peut mieux sçavoir le
lieu d'où il le faut tirer, la ma-
niere de le preparer, celle de le
conserver, les alterations qu'on
y peut faire & plusieurs autres
particularités dont ses corres-
pondances le rendent plus in- |
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xiv |
struit, que ne le pourroit être
un Sçavant pour toutes ses me-
ditations. Peu detems m'auroit
suffi pour cela : mais distrait
par des occupations, qui m'ont
indispensablement apellé & atta-
ché ailleurs, j'ay laissé écouler
plusieurs années sans y penser.
Ce n'est que depuis peu de mois
que je me suis mis à y travail-
ler. J'ay fait par mes amis,
pour y reüssir, ce que fait l'A-
beille pour faire son miel : elle
employe la rosée qu'elle trouve
sur diverses fleurs : & moy pour
faire quelque decouverte, qui
pût rendre mon travail utile
& agreable, je ne me suis pas
contenté de consulter dedans &
dehors le Royaume un grand
nombre de Sçavans qui me font
l'honneur d'entretenir commerce
avec moy. J'ay encore porté mes |
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recherches dans le fonds de l'O-
rient, où je porte mon negoce.
Peut-être me flatay-je, en disant
que j'ay fait par l'un & l'au-
tre de ces voyes, un amas de
beaucoup de raretés, dont la le-
cture ne sera ny ennuyeuse, ny
inutile au Public. |
Au traité du Café, j'en ay
joint un du Thé, & un du
Chocolate : à quoy je me suis
crû obligé, non pas seulement
parce que lors que je fis impri-
mer la Traduction dont j'ay par-
lé, je le fis de cette maniere ; mais
aussi par le grand raport que ces
boissons ont ensemble. J'avoüe
de bonne foy que ce que je dis
au sujet de ces deux derniers
Traités n'est en partie qu'une re-
petition de ce que d'autres en
ont dit. Je me suis étudié de le
mettre en meilleur ordre qu'ils |
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xvi |
n'avoient pas fait. Je ne sçay si
j'y auray reüssi ; mais je s çay
bien que si les Curieux ne sont
pas satisfaits de mon travail, ils
le doivent du moins étre de
mon intention. Quand le con-
traire arriveroit je m'an con-
soleray bien plus facilement, que
je ne le ferois, si ayant toûjours
ignoré les qualité du Café, je
n'en avois pas reçu le soulage-
ment dont je luy suis rede-
vable. |
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| PRIVILEGE DU ROY |
LOÜIS PAR LA GRACE DE
DIEU ROY DE FRANCE ET
DE NAVARRE, A nos amez & feaux
Conseillers, les gens tenans nos Cours
de Parlement, Maîtres des Requêtes or-
dinaires de nôtre Hôtel, Prevost de Paris,
Baillifs, Senechaux, & autres Prevosts, leurs
Lieutenants & autres nos Justiciers & Offi-
ciers qu'il appartiendra, SALUT. Nôtre bien-
amé le Sieur SYLVESTRE DUFOUR,
Nous a fait remontrer qu'il desiroit faire
imprimer un Livre qu'il a composé, intitulé
Traité du Café, du Thé & du Chocolate,
s'il nous plaisoit luy en accorder la per-
mission, nous requerant tres-humble-
ment nos Lettres sur ce necessaires ; &
voulant le traiter favorablement. A CES
CAUSES Nous avons permis & accordé,
permetton & accordons par ces presentes
audit Dufour, de faire imprimer ledit
Livre par tel Libraire ou Imprimeur, &
en tel volume, tomes, marges, caracte-
res, & autant de fois que bon luy sem-
blera pendant le tems de six années con-
secutives, à commencer du jour que le-
dit Livre sera achevé d'imprimer pour la
premiere fois. Iceluy vendre & debiter
par tout nôtre Royaume, Païs & terres de
Nôtre obeïssance : Faisons deffences à tous |
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xviii |
Libraires, Imprimeurs & autres, d'impri-
mer, faire imprimer, vendre & distribuer
ledit Livre sous quelque pretexte que ce
soit, même d'impression étrangere, sans le
consentement dudit exposant, sur peine de
confiscation des exemplaires contre faits,
amande Arbitraire, dépens dommages &
interets ; àa la charde de faire imprimer ledit
Livre sur de bon papier & en beaux caracte-
res, conformement aux Reglemens, & d'en
mettre deux Exemplaires en Nôtre Biblio-
theque publique, un en Nôtre Cabinet des
Livres de Nôtre Château du Louvre, & un
en celle de Nôtre tres-cher & feal Chevalier
Chancelier de France le Sieur le Tellier,
avant de l'exposer en vente, à peine de nul-
lité des presentes ; du contenu desquelles
Nous mandons & enjoignons faire jouïr &
user ledit exposant, pleinement & paisible-
ment, cessant & faisant cesser tous trou-
bles & empêchemens au contraire, Vou-
lons qu'en mettant au commencement ou
à la fin dudit Livre l'extrait des presentes,
elles soient tenuës pour duëment signifées,
& qu'aux Copies collationnées par l'un de
nos amez & feaux Conseillers Secretaires,
Foy soit ajoûtée comme au present Origi-
nal. Mandons au premier Nôtre Huissier
ou Sergent sur ce requis, de faire pour l'e-
xecution des presentes, toutes significations,
deffenses, & autres Actes necessaires, sans
demander autre permission, car tel est Nôtre
plaisir. Donné à Paris le vingt-siciéme jour |
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xix |
de May, l'an de grace mille six cens qua-
tre-vingts quatre, & de Nôtre regne le
quarante-uniéme. Par le Roy en son
Conseil. |
| JUNQUIERES. |
Registré sur le livre de la Communauté
des Libraires & Imprimeurs de Paris, le
vingt-uniéme de Juin mille six cens
quatre vingt-quatre, suivant l'Arrest du
Parlement du 8. Avril 1653. Et celuy du
Conseil privé du Roy du 27. Fevrier 1665. à
conditions de faire vendre les livres par les
mains & au nom d'un Libraire ou Impri-
meur, & d'en fournir un Exemplaire pour
nôtre Communauté. |
| C. ANGOT, Syndic. |
Cedé, & transporté les droits que me
donne le susdit Privilege, à Messieurs GI-
RIN & RIVIERE, suivant les con-
ventions faites entre Nous. A Lyon le 7.
de Sptembre 1684. |
| DUFOUR. |
Achevé d'imprimer pour la premier fois
le 30. Septembre 1684. |
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xx |
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Attestation pour le Livre,
ou Traitez nouveaux & curieux
du Café, du Thé & du Choco-
late, par le Sieur Dufour,
faite par ordre de Monseigneur
le Chancelier. |
QUelque Aprobation qu'on don-
ne tous les jours au Café, il y a
neanmoins des Medecins qui en
croient l'usage pernicieux ; les soins
que Mr Dufour a pris d'en expliquer
les proprietez, l'analyse qu'il a fait
faire de cette fêve, é les raisons qu'il
rend des effets differens qu'elle produit
sont tres-capables de detromper les
plus prevenus & d'instruire ceux qui
continuent à demander si le Café
échaufe ou s'il rafraichit : on trouvera
tous ces éclaircissemens dans son Li-
vre, où rien ne nous paroit qui ne
soit utile, fort curieur & tres-propre
pour persuader tout le monde, qu'il
faut être docile dans les choses qu'on
ne sçait pas. A Lyon le 10. de May
1684. FALCONERT Fils. |
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