Du fait de cuysine (Maistre Chiquart)

Fragments -- texte d'après l'édition de T. Scully

Un fortifiant

Et pour donner entendement /93v/ a celluy qui fera le restaurand sy face qu'il hayt une belle et grand anmolle de voyre double et sy forte comme trouver se pourra et puis qui la lave et raince tresbien et soubtillement et estre bien lavee si la assiee sur ung trencheur de boys ou postete petite et sur celle la faces tenir bien fort a cordetes et lieures. Et puis face qu'il hait ung gros chappons de pailler tresbon ou .ii. selon la quantité qu'il vouldra fayre du restaurand et se l'esplume nectoye et lave tresbien et puis l'esgouctent tresbien de eaue et estre bien esgoutee si le haschez tresbien minuz la char et les os aussi tout ensemble puis le mectés dedans ladicte amille et dimy pitit voyre ou environ de bone eaue rose et aussi autant de belle eaue fresche et ung /94r/ pitit grannet de sel et une unce ou plus de fines perlles qui soient mises en ung tres petit saquelet fait de joliz et nect drappellet de soye forte ou de lyn et aussy de tresbonnes virtueuses vaillans et dignes pierres precieuses c'est assavoir dyamens marguerites rubis saphirs troqueyres emyraudes curaux ambres jaspios jacintos cacedoynes gamahus cristalx calcedonios maragdos sardonix sardios crisolites birilles thopazios crisopasos et amestitos et de toutes autres pierres precieuses bonnes et virtueuses touteffois de celles tant seulement desquelles le medicin ordonnera et soient mises ensemble en ung autre petit saquellet ainsi fait de drapeau linge blanc en nect et aussi fortet pourtant qu'il ne rompist point affin que lesdictes pierres ne se puissent mesler avecques ladicte char de chappons dessusdicte et encour plus /94v/ avecques .lx. ou .iiiixx. ou plus pieces de fin or ducatz et joyaux et autres pieces que soient pas dedevant tresbien lavees en .iii. ou en .iiii. eaues tiedes et tresbien essuyees et panees a ung canton d'une mappe de lin tresbelle blanche et necte et puis une chescune desdictes pieces d'or repleyt en rion affin qu'elles puissent entrer a aise par l'enche ou goullete de ladicte anmolle dessusdicte et sy les y mectés soubtillement et doulcement et qu'elles tombent sur la char dudit chappon affin qu'elles ne despiecent la dicte anmolle et puis l'estoupés tresbien affin qu'elle ne souspire riens. Et estre ce fait aussi faictes puis qu'il y ait une olle clere belle et necte assez grande en laquelle on mecte a aise ladicte anmolle et soit liee l'enche de ladicte anmolle a deux batonnet et lesditz batonnet soient liees a la /95r/ dicte olle affin que quant l'eaue de ladite olle boudra que les ondes et bourboys de ladicte eaue ne puissent faire remuer vaciller ne gecter hors de l'olle ladicte anmolle et puis emplissés la dicte olle de belle eaue fresche et puis la mectés sur beau feu de charbon et si la faictes tousjours cuire et faictes aussi qu'il y ait a cousté une autre oulle pleyne de belle eaue et qu'elle soit tousjours tresbien boullant affin que quant bouldra l'olle en quoy est ladicte anmolle que elle se replaine tousjours de la dicte eaue boullant car qui y mectroit de eaue fresche la anmolle se romperoit et seroit perdue la peyne de ce que seroit fait. Et quant ledit restaurant sera bien cuit sy face qu'il hait ung trosset de postz bonne et si l'eschauffe a pres du feu tresbien et quant elle sera assez essuite et eschauffee si hait aussi une petite mappe et aussi l'eschauffe bien et puis la mectés en pluseurs droubles sur ladicte postz chaude et puis trayés tout soubtillement ladicte ammolle de l'olle en laquelle elle est et /95v/ si la siee sur ladicte mappe et postz chaude et la laysse ylec refroydir jusques que il la puysse a son aise tenir sans se cuire. Et quant elle sera ainssi assez reffroydiee si face qu'il hait une bonne estamine nove belle et necte en laquelle l'on n'ait encor riens fait et la mectés sur ung beau plat d'or et y voyde son restaurand qu'est en ladicte anmolle et se on ne la veult voyder tost face qu'il hait ung joli et nect crochellet de boys et le fiche dedans ladicte anmolle et tire dehors ce que leans est et quant tout sera dehors si prenne ses sequellés de pelles et pierres precieuses et les pieces d'or dessudictes et puis ce que demourera estorse bien fort et appoint en ladicte estamine et estre tresbien estrainct et receu audit plact d'or si le revoyde en une belle casse d'or et puis le porte ou malade lequel le reçoive et use a l'ordonnance du medicin. /96r/   Pour bien conseiller celui qui confectionnera le fortifiant : qu'il face en sorte d'avoir une belle et grande bouteille ventrue en verre épais aussi résistante qu'il pourra en trouver. Puis qu'il la lave et la rince très bien et minutieusement. Une fois qu'elle est bien lavée, qu'il la dépose sur un tranchoir en bois ou sur un petit tréteau. Qu'il l'attache bien seré là-dessus avec des cordelettes et des liens. Puis qu'il face en sorte d'avoir un bon gros chapon de grain, ou 2 selon la quantité de fortifiant qu'il voudra faire. Qu'il les plume, le nettoie et le lave très bien. Puis qu'il égoutte parfaitement. Une fois bien qu'il est bien égoutté, hachez-le bien finement, la chaire comme les os, tout ensemble. Puis mettez-le dans votre bouteille avec une petite moitié ou à peu près de bonne eau rose, la même quantité de belle eau fraîche, une petite pincée de sel, une once ou plus de perles fines qui soient retenues dans une très petit sachet fait d'un joli petit morceau de toile de soie ou de lin propre et résistante, ainsi que de très belles pierres précieuses pleines de vertus, de valeur et qualités, c'est-à-dire des diamants, des perles fines, des rubis, des saphirs, des turquoises, des émeraudes, des coraux, des ambres, des jaspes, des jacints, des calcédoines, des émeraudes, des sardonyx, des sardoines, des chrysolithes, des béryls, des topazes, des chrysoprases, des améthistes et toutes les autres belles pierres précieuses pleines de vertus, seules toutefois celles que le médecin prescrira. Qu'elles soient mises ensemble dans un autre petit sachet également fait de toile de lin blanche et propre, assez résistant pour ne pas se rompre, afin que vos pierres ne se mélangent pas avec votre viande de chapon. Et puis encore : avec 60 ou 80 ou plus de pieces d'un ducat en or fin, des joyaux et d'autres pièces qui n'y soient pas déjà, bien lavées avec 3 ou 4 eaux tièdes, essuyées avec le coin d'un très belle nappe de lin blanche et propre. Puis que chacune de vos pièces d'or soit repliée en rond de manière qu'elles puissent entrer facilement par l'étranglement ou le goulot de votre bouteille. Mettez-les y délicatement et doucement, qu'elles ne tombent pas sur la chair de votre chapon, qu'elles ne brisent pas votre bouteille. Puis bouchez-la bien qu'elle ne laisse aucunement échapper d'air. Puis, cela fait, faites en sorte d'avoir une assez grande marmite belle, claire et propre, dans laquelle on puisse mettre facilement sa bouteille. Que le goulot de votre bouteille soit fixée à deux bâtonnets. Que ces bâtonnets soient attachés à la marmite de telle manière que, quand l'eau de votre marmite bouillira, les remous et les bouillons de votre eau ne puisse pas faire bouger, vaciller ou basculer votre bouteille dans votre marmite. Puis remplissez votre marmite de belle eau fraîche. Puis mettez-la sur un beau feu de charbons. Faites-la cuire sans interruption. Faites aussi en sorte d'avoir à côté une autre marmite pleine de belle eaue, qu'elle soit toujours bien bouillante, de sorte que, quand l'eau de la marmite dans laquelle se trouve votrre bouteille bouillira, elle puisse toujours être emplie à nouveau de votre eau bouillant, car si on y mettait de l'eau fraîche, la bouteille éclaterait et tout le temps que l'on y aurait consacré serait perdu. Quand votre fortifiant sera bien cuit, qu'il face en sorte d'avoir un bout d'une bonne planche, qu'il la mette parfaitement chauffer près du feu. Quand elle sera bien sèche et chaude, qu'il ait aussi une petite nappe, qu'il la mette également bien chauffer. Puis mettez-la en plusieurs épaisseurs sur votre planche chaude. Puis retirez délicatement votre bouteille de la marmite dans laquelle est se trouve. Qu'il la dépose sur cette nappe et cette planche chaudes. Qu'il la laisse refroidir là jusqu'à ce qu'il puisse la tenir aisément sans se brûler. Quand elle sera suffisamment refroidie, qu'il face en sorte d'avoir une bonne et belle étamine neuve et propre dans laquelle on n'ait encore rien tamisé. Mettez-la sur un beau plat en or. Qu'on y déverse le fortifiant qui est dans sa bouteille. Qu'il en extraie ce qui se trouve à l'intérieur. Quand tout sera extrait, qu'il prenne les sachets de perles et de pierres précieuses, les pièces d'or dont il est question ci-dessus. Puis qu'il essore parfaitement et convenablement ce qui restera dans l'étamine. Une fois que ce sera bien essoré et recueilli dans ce plat en or, qu'il le transvase dans une belle assiete en or. Puis qu'il le porte au malade. Que celui-ci le prenne et en consomme suivant la prescription du médecin.