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Arnoul de Ville Neufve

Regimen sanitatis en francoys

Lyon, Claude Nourry, 1514

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Avicene au cha. nomme, & garde toy de saignier le corps de complection
fort froide & es regions de grande froideur & en forte douleur, & apres
baing resolutif & apres lahbiter aux femmes & leage mondre de .xij.
ans & les vieulx tant plus que tu pourras se tu nas confiance en sa fi=
gure, cest en la sollicitude & grosseur du muscles & en la grandeur de
ses veines & replection & en la couleur rouge. Le .vij. est maladie pro
lixe, car nature seroyt en .ij. manieres debilitee cestassavoir de la
maladie prolixe & de la fleubothomie. Et icelle reigle ce doit enten
dre selon Avicene au chapitre nomme se le sang nest corrumpu, car
adonc saignier il seroit necessaire. Le .vij. est grande replection de
vin ou daultres brevaiges. ¶ Le .ix. est tropt grande replection de
viandes sur laquelle est comprinse la viande indigeste. Et la cau=
se diceulx est, car selon Avice. en la premiere la cause diceulx est,
car selon Avicene en la premiere distin. du premier les choses qui atti=
rent sont trois cestassavoir vacuum chaleur, et espesse, ou propriete
acculte dont se les veines sont evacuees de sang par la saigne attirent
la viande indigeste ou superflu, ou de boire superflu de lestoac & du
foye, lequel indigeste attire es veines& ne peult estre corrige, car la 
iii. digestion ne corrige pas la premiere ne la seconde de ce lindige=
stion est grande & ne ce pourroit convertir a restaurer & seroit cause de
maladie grande. Le .x. est foiblesse de vertu, car la fleubothomie est
forte evacuationt selon ga. en la .ii. particule des anfforismes au com
ment dicelluy canon in quo morbo. et la vertu debile ne peult por=
ter forte evacuation. Le .xi. est forte sensation de lorifice de lestomac
ou lestomac fort sensible, car celluy qui a tel estomac de legier vient
en sinopis par saignie, & avec celluy est comprins celluy qui a lestomac
debile, & celluy qui est enclin au dernier fluit de colere en lorifice de
lestomac engendre vomissement de colere. et pource ceulx qui ont
les nommees accidens ne comptent pas la fleubothomie, car par elle
les humeurs esmouvent lorifice de lestomac comme au lieu acoustu=
me, car le membre est debile & ne peult resister, & pource leur sour=
vient plusieurs paulvais accidens par la saignee, & icelle est la cause
pourquoy aulcuns sincopilent quant  on les saigne, car la colere mordi
tive fluit a lestomac & point, le cueur souffre avec lestomac a cause de

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leur colligance & ensuyt sincopissement. le .xij. est fastidium, car ce
en fastidium estoit faicte saignie les veines avacuees attireroient
les humeurs males faisant fastidium. Et iceulx .vi. accidens met avi.
au chapi. de fleubothomie. Et environ ce est a noter que oultre iceulx
accidens sont encore aulcuns aultres empeschant la fleubothomie
desquelz le premier est evacuation comme est flux de menstrues & de emor
roides, car adonc ne compete pas fleubothomie pour evacuer, jacoit
ce bien pour divertir. Le .ii. est le corps rare, car les corps rares sont
fort dissoolute, & leur souffit icelle resolution continuelle & non indigen
ce quelconque devacuation come veult Galien au .ix. de magategin.
Le .iij. est les humeurs indigestes & vicieux, car adonc est fleubo=
thomie prohibee, car elle augmenteroit lindigestion & viscosite et fe=
roit la vertu debile, & pource es maladies prolixes est saignie deffen
due, & pource veult Avicene que es maladies croniques  medecine la=
xative, soit prohibee devant le saignier, & non pas la saignie devant la
medecine laxative, jacoit quilz ayent indigence des deux, mais les hu=
meurs indigestes & crues peuvent venir par deux causes, lune par
habondance dhumeurs quil suffoquent & extinguent chaleur naturelle
laquelle suffoquee & debilitee engendre humeurs crues & indigestes,
et adonc compete saignie, & pource dit alexandre y otros au .ii. livre
au chapitre de ydropisie, fleubothomie au commencenement de yposarce
cest une espece de ydropisie quant elle vient par multitude de sang
des menstrues quant ilz ne peuvent fluir pour aulcune cause ou par
multitude de sang des emorroides. La .ii. cause des humeurs crus est
la chaleur naturelle debile comme les corps debiles de debile comple=
ction qui ont eu longues maladies, & comme gens vieulx, adonc ne
compete pas fleubothomie, car par elle la cause seroit augmentee,
car le sang ou gist la chaleur seroit extraicte & ainsi seroit la chaleur
encore plus debile & augmentee sa froideur et oultre la crudite des
humeurs donc laissier la fleubothomie pour digerer les humeurs
crues & indigestes. La quattriesme maulvaise disposition de lair com
me trop grande chaleur, outrop grande froideur, car en grande cha
leur fait grande resolution, & grande froideur fait condenser ou con=
gelle le sang et le fait inepte a fuir.

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¶ Textus.
¶ Quid debes facere quando uis fleubothomari
Uel quando minuis fueris uel quando minutus
Unctio siue potus lauachrum uel facias motus
Debent non fragili tibi singula mente teneri.
¶ Exposition.
¶ En ce texte lacteur declaire .v. choses qui doivent observer envi
ron la fleubothomie, aulcuns devant, & aultres apres. La premiere
unction laquelle se fait aulcunesfoys en la fleubothomie comme oindre
la lancette pour amoindrir la douleur, aulcunesfoys se fait apres la
seignie pour restarder la consolidation de la playe pour eventer les
humeurs des veines & avoir respiration, & pour exiler fumees maul
vaise. la .ii. est le boire & par especial du vin quiest utile pour se=
courir au sincopissementq ui survient aulcunesfoys en la saignie, et
vault aussi apres la saignie pour reparer les esperitz et engendrer
nouveau sang icelle pratique tiennent les medecins. La .iij. est le baing
qui est utile par deux ou trois jours devant & .ij. ou .iij. jours apres
la fleubothomie, & non icelluy jour devant comme se aulcun craignoyt
davoir aulcunes grosses humeurs, car le baing dissoult les humeurs
et les esmeult et pour icelle cause devant le saignier ung sirop fait
deaue de vinaigre & succre & exercice pour dissouldre & subtilier les
humeurs, pource devant quon face la saignie on face frication en=
viron les veines qui veult saignier pour subtilier les umeurs & pre=
parer pour fluyr facilement. Et aussi apres le saignier on fait frica=
tion pour resoluer aulcunesf umees & vapeurs demourees venan=
tes du fluit des humeurs, mais au jour de la saigniee ne compete pas
le baing, car ilfait lecueur lever & lubrique inepte a recepvoir le cop
de la lancette ou il gist peril. La .iiij. est ligature avec draps blancz
pour retenir le flux incontinent apres la saignie, & devant la saignie pour
attirer les humeurs au lieu de la saignie & pour engrossir les veines.
La .v. est mouvement ambulation attrempee faicte devant la saignie et
pour dissouldre & subtilier les humeurs, & apres resoluer les reliques
des humeurs de laisseez de la saignee. il est a noter communeent que
on se fait saignier a ung, mais aulcuns docteurs dient quil vault

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mieulx prendre premier ung œuf sorbile & boire petit de vin devant la
seignee a cause que quant lestomac est en jung nature retient fort le sang
pour sa nourriture, mais quant en lestomac est aulcune viande de
grant nourriture comme sont les oeufz & le vin nature delaisse plus le
gierement fluyr le sang.
¶ Textus.
¶ Exhilarat tristes iratos placat amentes
Ne sint amentes fleubothomia facit.
¶ Exposition.
¶ En ce texte lacteur met trois effectz venant de la saignie. Le pre
mier est que la saignie esjoyt lhomme triste et letifie. Le .ii. est que le
saignier appaise les gens courrouces, la cause est, car quant grande
quantite de melancolie est meslee avec le sang tristesse et melancolie
sengendre, & quant colere en grande quantite est meslee avec le sang
ire sengendre, car melancolie est cause de tristesse et colere de ire, et
iceulx deux humeurs sont evacues avec le sang par la fleubothomie
comle ilz soyent mesles avec le sang. Le .iii. est quelle prohibe & def=
fend les amoureux devenir ravis & en fureur, car elle divertist le
sang de la teste & le fait fluyr des parties exteriores. Pour plus am
ple declaration est a noter quilz sont .v. causes pour lesquelles la
saignie se fait. La premiere est pour evacuer le sang habondant en
quantite ou en qualite ensemble, car selon Avicene au chapitre nom=
me deux manieres des gens sont a saignier, lune sont les gens qui
sont enclins & disposes de cheoir en maladie comme ceulx qui ont ha=
bondance de sang en quantite, lautre maniere sont gens qui sont
actuellement cheuz en maladie par la malice de leur sang, mais les
saignies en iceulx sont differentes, car la saignie faicte pour evacuer
lhabondance du sang doit estre grande, et faicte pour le sang maul=
vais doit estre petite. Pource disoit Galien au .ix. mengaregin se le
sang du corps est malicieux et de maulvaise qualite il se doyt eva=
cuer petit a petit. et pource pechent grandement ceulx qui font
la saignie pour evacuer le sang maulvaises jusques ilz voyent yssir
le bon sang, car tout le sang ysseroit devant dehors, mais se doit fai
re petit a petit en donnant selon Galien en icelluy cas devant la sai
gnie aulcune diete, cestassavoir engendrant bon sang pour tenir le

155

lieu du sang maulvais qui sera evacue par la saignie, & ung petit de
temps apres faire la saignie & proceder ainsi jusques a la fin, & icelle
saignie est directe & de droicte ligne, car elles est faicte pour evacuer
icelluy humeur qui se doit proprement evacuer par saignier, cestassa=
voir pour evacuer la multitude du sang. La .ii. cause est grandeur de
maladie & grandeur dapostume de grant inflammation, car selon ga. au
com. dicelluy anffo. que engeruntur il nest medecine meilleure ne plus
profitable en apostume de forte inflamation et es feivres & douleur
grant que seignie domme dit ce texte. Frigice nature. La .iii. cause pour
attirer le sang en aulte partie du corps par laquelle le sang se doit eva
cuer comme pour provoquer les menstrues & les humeurs emorroydes on
doit saingier la sopheme selon ga. & avi. pour tirer le sang vers les par=
ties basses. La .iij. cause pour tirer le sang en lieu & partie opposite du
lieu ou fluit le sang pour divertir come en grant flux de menstrues on
saigne la veine baselique pour retenir le sang de la partie opposite, et
pour celle cause en plusieurs lieu de la partie senestre on fait fleubo=
thomie en la partie dextre pour divertir la matiere & attirer en lieu con
traire. La .v. est affin que par la saignie une portion & quantite de la
matiere soit evacuee & nature plus forte sur le dormant, & pource fait
on saignie quan le corps est replet pour prohiber apostume ou aul=
tre maladie, car nature est debile & impotente de regir & gouverner la
dicte replection.
¶ Textus.
¶ Fac plagam largam mediocriter ut cito sumus
Exeat uberius liberiusque cruor.
¶ Exposition.
¶ En ce texte lacteur declaire ung enseignement de louverture
faicte en la saignie, et dit que lincision doyt estre large competem=
ment, affin que le sang gros puisse bien yssir, car quand lincision est
estroicte le sang subtil seulement fluit de hors & le sang gros demeu
re. Environ ce est a noter que aulcunesfoys en la saignie lincision
doyt estre grande, aulcunesfoys petite. Et en trois cas doyt linci=
sien estre grande. Premierement quant le sang est gros comme es
melancoliques lincision doit estre large pour mieulx yssir le sang gros
et melancoliques. Secondement quant le temps est froit a cause quil engrosse

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le sang & pourtant en yver lincision doit estre grande. Tiercement
pour la grant quantite des humeurs affin quilz puissent mieulx estre
evacuees mais lincision doit estre petite quant la vertu est debile affin
que des esperitz & de la chaleur naturelle soit moindre quantite evacuee
et aussi en temps chault pour une mesme cause & aussi quant le sang est
subtil.
¶ Textus.
¶ Sanguine substract sex horis est uigilandum
Ne somni sumus ledat sensibile corpus
Ne neruum ledas non sit tibi plage profonda
Sanguine purgatus non carpas protinus escas.
¶ Exposition.
¶ En ce texte declaire lactur .iij. choses a considere de la fleubotho=
mie. La premiere est que lhomme sanguin ne doit pas dormir incontinent
apres  la fleubothomie forsque six heures apres du moins, lacteur
rend la cause au texte affin que les fumees engendress en dormant mon
tees en la teste ne blessent le cerveau, toutesfois plusieurs raisons
ont donnees, lune de paour que lhome sainge ne dorme sur son bras fleu
bothome pour les inconveniens. Autre cause affin que les humeurs ne
fluent au membre blessez a cause de la ferve de la lancette & en viengne
apostume, car Ga. dit en la .ii. particule des anffo. en ce ca. in quo
morbo &c. se en dormant sengendre apostume dedans le corps ou aul=
cun membre soit blesse les humeurs fluent illec, Avi. rend aultre cau
se & dit que le somme apres la saignie engendre fraction de membre, la cause
selon Ga. en celluy anffo. est car le somme fait au commencement du
paroxysme est nuysant a cause que la chaleur naturelle se retourne au-
dedans & les parties exteriores demeurent refroidees & les fumees qui
ne sont pas consumees demeurent parquoy la rigueur & le tremblement est
augmente & aussi le paroxysme, semblablement les fumees engendress
par la commotion des humeurs par la fleubothomie retourent non con
sumez par le somme aux nerfz aux membres lacertans & illec refroidies
sont confaction des membres le somme sensuyt incontienent apres la sai
gniee. ¶ La .ij. est que la fleubothomie se doitg arder de faire par=
fonde incision en la veine de paour quil ne blesse nerfz ou autres des=
soubz la veine, car de la blesseure du nerf sensuyt spasme mortel ou

157

au moins perdition du membre comme du bras ou daultre membre, & de linci
sion de laltere sensuyt grant flux de sang alterial difficile a restrain
dre. La .iij. est que lhomme saignie ne doit pas prendre incontinent apres
la fleubothomie viande, mais doit attendre que les humeurs soient en
repos affin que la viande ne soit pas attiree avec le sang pour secourir
au membre blesse.
¶ Textus.
¶ Omnia de lacte uitabis rite minute
Et uitet potum fleubothomatus homo
Frigida uitabis qui sunt minuta minutis
Interdictus erit minutus nubilus homo
Spiritus exultat minutis luce per aures
Omnibus apta quies est motus ualde nociuus.
¶ Exposition.
¶ En ce texte met lacteur .v. choses deffendues a celluy qui est sai
gnie. La premiere est que lhomme saignie doit eviter le laict & choses la
cticinieuses, la raison est, car de la commotion des humeurs faicte par
la saigniee souvent surviennent aulcunes humeurs a lestomac & pour
tant se lhomme saignie prenoit du laict incontinent apres la signee le
laict se corrumproit en lestomac a cause que de luy mesmes est de facil=
le corruption. Et ainsi le laict par sa grande doulceur devant quil
fut digere pourroit estre attire des membres, mais par la fleubotho=
mie. La .ii. est que lhomme saignie se doit garder de trop boire, car a
cause que les veines sont evacues tel breuvaige superflu facilement est
attire es veines indigestes comme est souvent declaire. La .iij. est que
lhomme saignie doit eviter toutes choses froides au dehors comme de=
dans comme laict froit viandes froides, baing froit, petite vesture, froi
deur des piedz de la teste, & toutes aultres semblable a cause que la
chaleur naturelle est debilitee par la saignee & de legier seroit refroidee.
La .iiij. est que lhomme saignie ne doit pas cheminer en air tenebreux
ne obscur, car tel air fait lame triste come est declaire en ce texte. Aer
sit mundus, & tristesse est causse de sang melancolique, mais il doit che=
miner en air cler, car en tel air les esperitz vitalz animal & naturel
sont recrees & refocillees, et sensuyvent au dehors en esjoyssant de
leur semblable. La .v. est que lhomme saignie doit estre en repos at=

158

trempe & eviter traudil excessif, car adonc le travail debilite fort & es=
meult les humeurs & repos attrempe & appaise le mouvement des
humeurs.
¶ Textus.
¶ Principio minuas in acutis perpera cutis
Etatis medie multum de sanguine tolle
Sed puer atque senex tollet uterque parum
Uel tollet duplum reliquum tempus tibi simplum.
¶ Exposition.
¶ En ce texte declaire lacteur quattre choses. La premiere est que
fleubothomie doit estre faicte au commencement de la maladie fort
ague comme celles qui sont terminees au .iiij. jour, car telles maladies
sont briefves sans donner induces & pource des le commencement les
fault medeciner. La .ij. est que en leage moyen, cest depuis .xxx. ans
jusques a .xlv. ou .l. lon doit plus extraire de sang que en aultre eage,
car en icelluy eage le sang sengendre & multiplie grandement et en
icelluy eage la sustraction du sang nempesche pas laugmentation
du sang & ne se doit diminuer par la vertu du corps humain a cause
que en celluy eage la vertu ne augmente ne diminue, mais demeure
en ung estat apparamment. La .iij. est que les gens vieulx & les en=
fans ne doivent guaires estre saignies, car es enfans quantite[1] de sang
grant est requisse pour leur nourriture & augentation, & es vieil=
les gens la vertu commence a devenir debile. La .iiij. est que ne prin=
temps double quantite de sang doit estre extraicte en la saignie en
comparant aux aultres temps, la raison est, car le printemps est fort
generatif & multiplucatuf de sang selon tous docteurs de medecine.
Environ la premiere pour plus ample declaration sont a noter aul
cunes reigles environ la fleubothomie. La premiere est que au commen=
cement de la maldie fleubothomie ne doit pas estre faicte, car le
medecin est serviteur de nature selon Galien au .ii. livre du tegin.
Omnium natura operatrix medicus vero minister, mais selon Ga
lien en la .iiij. particule de anffo. en celluy comment egritudinis quibus=
cunque incipientibus. Nulle evacuation ou commencement[2] de la
maladie nest naturelle & comme nature au commencement de la
[1]   qnantite
[2]   commeacement

159

maladie ne evacue pas semblablement aussy ne doit pas faire le
medecin, toutesfoys celle reigle a instance en troys cas. Premie=
rement en nature furieuse, car Avicene au chapitre nomme veult
que au commencement de la maladie saignie ne soyt faicte a cause
que la fleubothomie esmeult les humeurs et les subtiles & les fait
courir par tout le corps sinon que la matiere fut furieuse. Secon=
dement a instance en grande multitude de matier pourquoy Ga
lien au commencement dicelluy anfforisme. Inchoantibus mor=
bis. dost cest chose necessaire de faire fleubothomies ou de donne me
decine laxative affin que nature soit allegee, car elle est deschar=
gee par grande multitude dhumeurs. ¶ Tiercement il est instan
ce en grandeur de maladie, et fort ague et pourtant quand apostu=
me est grande et malice douloreuse, jacoit ce quil nya point grande
quantite de matiere accedente au corps et pour eviter que la postu
me ne viengne a ouverture devant quil soit madure, pour eviter
tel accident on doit saignier. ¶ La deuxiesme reigle est que la sai=
gnie ou aultre evacuation ne doit pas estre administree au jour du
mouvement de la maladie comme au jour de crisis, car par la sai=
gnie on pourroit divertir la matiere et évacuer par partie contrai=
re a nature, semblablement ne au jour du paroxysme, car selon
Galien au premier livre des anfforisme en lestat de la maladie
fleubothomie ne aultre evacuation foit estre faicte, car en icelluy
temps la moderation de la matiere se fait, & se fait mieulx en repos
que en mouvement & par le paroxisme des maladies agues interpo
sees est a comparer a lestat des maladies agues, car comme il est def=
fendu de saignier a evacuation en lestat semblable il est deffendu au
jour du paroxisme. ¶ La .iij. que laseignie est deffendue au[3] com=
mencement de la maladie quant le crisis cestadire le mouvement
subit a salu ou a mort est elongie de lestat, car selon ysaa au livre
de ses urines le sang est la racine & fondement de la chaleur natu=
relle & celluy qui le soustient en vigueur jacoit ce que le cueur soit la
fontaine gnative du sang & des esperitz, toutesfoys le sang est le
fondement de la chaleur naturelle, car de luy sont les esperitz & la
[3]   an

160

chaleur naturelle & pource celluy qui evacue le sang evacue la cha=
leur naturelle qui doit digerer & maturer la matiere de la maladie
pource elle sen prolonge & la vertu se debilite qui est chose a crain=
dre que pour longueur de la maladie & la deliberation de la vertu
naturelle ne soit succombee. La .iiij. que en corps ayant les intestins
plais de feces saignee ne doit pas estre celebree, la raison est, car
trois choses attirent, cest la chaleur a chose vuide et espesse a proprie
te & a cause que la seignee evacue des veines & attire des membres
prochains les humidites maulvaises des intestins & de lestomac par
laquelle chose leventre est prefere plus que devant et le sang plus
infect que paravant, pource les intestins doiven)t premier estre avacues
par cristeres ou suppositoire. La .v. que on ne se doit pas faire souvent
saignier, car lhomme quant il deevient antique en est enclin a ydropisie
paralisie, appoplexie, et epilence, car saigner celebre debilite cha=
leur naturelle, & est cause dengendrer multitude de fleumes qui sont
causes des maladies nommees. La .vi. que la saignie est deffendue es
femmes ayant leurs fleurs, ou pourtant enfant, car par la saignee
faicte en femmes portant enfant la vertur digestive est fort dimi=
nuee. Et le fruict en pert son nourrisement et per especial quant le
fruict est frant de six ou sept jusques a .ix. moys, car adonc il a ne=
cessite[4] de grant nourrissement et ce dit ypocras en la .v. particu.
des anfforisme. En femme ses menstrues naturellement selon la
revolution de la lune ne doit pas estre saignee, car on attireroyt le
sang menstrual corrumpu & venimeux es veines & feroit grant in=
convenient, et en divertiroit nature de sa propre operation naturelle.
¶ La septiesme reigle est que apres la colique passion saigniee ne
doit pasestre administree, car comme ainsi soit que la fleubotho=
mie esmeult les humeurs elle pourroit esmouvoir la colere et faire
fluir a lestomac & linflamer, et doit estre faicte apres vomissement
que la seignie ne face fluir les humeurs a lestomac, et apres flux
de ventre, grandes veilles, travail, mouvement, ne universelle=
ment apres chose fort eschauffant ou fort evacuante, car la fleubo=
thomie esmouvroit les humeurs et debiliteroyt la vertu plus que
devant. Il fault supporter aussi les corps qui peuvent porter la sai=
[4]   nenecessite

161

gniee. La premiere reigle est que la saigniee est bonne aux gens de=
licatz puissans et fort charnus qui usent viande fort generative de
sang. La seconde reigle est que la saigniee compete au corps ayant
habondance de sang laquelle chose est congneue par lespesseur de
lurine, car habondance de sang fait lurine espesse et de colere subtile.
La troisiesme est que ceulx qui habondent en melancolie doyvent
estre saignies, car quant grande quantite de sang de melancolie na=
turelle court avec le sang par tout le corps, adonc saigniee doit estre
administree & apres farmacie. Et est melancolie double, cest natu=
relle & non naturelle. La naturelle est les feces du sang laquelle
quant elle habonde court avec le sang & pourtant la saignee est pro=
pre a evacuation a la melancolie naturelle, & semblablement le sang
et la melancolie sont engendres dune mesme chaleur attrempee et
apres la saigniee farmacie doyt estre administree. La quattriesme
est que en iceulx ou gist crainte de ebulition des humeurs ou com=
turbation ou calefaction compete saigniee & iceulx incontinent quilz
se sentent eschauffez ou inflamez se doyvent faire saignier pour evi=
ter ladicte ebulition conturbation et supercalefaction venant par
grant habondance des humeurs, toutesfoys aulcuns par icelle rei
gle sont deceuz, car incontinent quilz appercoyent quilz sont eschauf
fez ayant crainte de ebulition des humeurs se font saignier, & quant
celle ebulition & calefaction vient par la colere, la saignie ne lap=
paise pas, mais par la saigniee est augmentee a cause quelle es=
meult les humeurs, et les fait courir par tout le corps, et pource ne
copete pas la saigniee forsque quant ladicte ebulitition survient
par habondance des humeurs laquelle chose est congneue par sueur
grande venant par especial du matin, car plusieurs sont qui jamais
ne suent forsque quant ilz ont indigence de evacuation. La cinquies
me est que les gens fors & vertueulx doyvent estre saignies, & ceulx
qui sontsanguins en complection et non de froide et seiche comple=
ction comme dit Rasis au .vii. livre dalmasor les corps disposes a
saignier sont ceulx qui ont les veines grosses & apparantes, et les
corps habondans en poil & de couleur brune ou sur le noir, & les gens
jeunes & adolescens, & les antiques en la derniere vieillesse ne doivent

162

pas estre saignies se grande necessite ne les contrainct. Et icelles rei
gles pour la plus grande partie sontp rinses hors davicene au cha=
pitre de la saigniee.
¶ Textus.
¶ Estas uer dextras antumpnus hyemsque sinistras
Quattuor hec lebra cephe. cor. epar. uacunda.
Uer. epar. estas ordo sequens reliquas.
¶ Exposition.
¶ En ce texte declaire lacteur aulcunes choses regardantes les
membres qui doyvent estre saignies. ¶ Et dit premierement que
en printemps & en este les veines de la partie dextre doyvent estre
saignies comme les veines du bras, ou de la main dextre, ou du pied
droit, mais en yver & en antompne doyvent estres saignies les vei=
nes de la main et du pied senestres, la raison peult estre, car le prin=
temps multiplie le sang, et leste la colere, et pource en printemps &
en este doyvent estre saignies les veines esquelles habondent gran
de quantite de sang et de colere, et icelles sont les veines de la par=
tie dextre, car en la partie dextre est citue le membre engendre
le sang, cestassavoir le foye, & la cistis bourse de la colere, mais an=
tompne engendre et multiplue la melancolie laquelle se assemble &
acumule en yver sans estre resoluee, et pourtant en antompne & en
yver on doit faire saignier les veines esquelles habonde la melan
colie comme sont veines de la partie senestre a cause que en partie
senestre est situee la ratelle bourse de la melancolie. ¶ Secondement
il dit que iceulx quattre membres, cestassavoir la teste, le cueur, le
pied, et le foye selon les .iiij. temps de lan doyvent estre evacuez par
saigniee chescun en son temps convenable, le cueur en printemps,
le foye en este, la teste en yver, & les piedz en antompne.
¶ Textus.
¶ Dat saluatella tibi plurima dona minuta
Purgat epar : spenem pectus : precordia uocam.
Innaturalem tollit de corde dolorem.
¶ Exposition.
¶ En ce texte declaire lacteur .vi. aydes ou bonte venant par la

163

saignie de la veine saluatelle laquelle gist sur le dos de la main en=
tre le petit doig et le medicinal. ¶ La premiere est ayde ou bonte la
quelle purge le foye. ¶ La seconde quelle mondifie la ratelle.
¶ La troys quelle clarifie la poictrine. ¶ La quattre quelle pre=
serve le membre precordial, cest lorifice de lestomac de plusieurs no
cumen. ¶ La cinq quelle oste les empeschemens de la voix. ¶ La
six quelle oste la douleur du cueur, la raison de ces aydes sont mi=
ses a cause que ladicte veine purge et evacue le sang de tous les mem
bres desusdictz comme sera apres declaire. Pour avoir plus am=
ple declaration des choses dictes est a noter que par saignier aulcu
nesfoys sont ouvertes les veines et aulcunesfoys alteres. En sai=
gnie daltere gist grant crainte a cause que le sang fluyt inpetueuse=
ment et est difficile fort a restraindre pour deux sauces, lune a cau
se de la chaleur grande et vehemente du sang venant de latere, car
les choses chauldes sont de facile mouvement. ¶ La seconde est la
mobilite de latere & pource la playe ne se peult considerer legiere=
ment comme les veines, car les playes ne se peuvent guarir sil ne
sont en repos toutesfoys icelle saigniee est prouffitable au corps en
troys manieres. ¶ premierement quant le sang subtil est fort ha=
bondant au corps. ¶ Secondement quant le sang est plaint de va=
peurs. ¶ Tiercement quant le sang est grandement chault, car le
sang subtil duquel sont engendres les esperitez resiste es alteres et
cerveau et le sang gros duquel les membres sont nourris riside es
veines, & le sang vaporeux est contenu es alteres, & lautre sang es
veines. La saignie se fait en aulcuns membres aucunesfoys au bras,
en la main, aulcunesfoys au pied, au nez, au fronc, es levres, en la
langue & es veines lacrinales. Et la main grande laquelle commen
ce aux esselles jusques a la couldee sont veines a saignier selon Ra
sis au .vii. livre dalamasor & selon Avicene au chapitre de saigniee.
¶ La premiere est appelle ciphalique, & est la veine de la teste. ¶
 La .ii. est la veine baselique ou la veine du foye. ¶ la .iii. la car
diaque ou nigra nommee par avi. & rasis maris. ¶ La .iiij. ascellaris.
¶ La .v. funis du bras en la petite main, & en la main petite est sai
les ou nommee saluatelle et ainsi du bras quil contient la main grande et

164

la petite sont .vi. veines a saignier. La cephalique evacue le sang
des parties du col jusques en amont & pource vault la saigniee de
la teste comme en migraine et en manie, en frenesie, et es aultres
maladies de matiere chaulde, & commence celle veine avoir son ori
ginement a lespaule & va au long du bras tendant a partie senestre.
La baselique evacue proprement des parties soubz le col comme
des parties pectorales & du foye, & pource est saignie es passions pe
ctorales, & du foye, & es semblables, & en pleuresie, & commence es
esselles tirant vers[5] la partie domestique du bras. La mediane est si=
tuee entre icelles deux & est composee ou a originement delles, car es
branches dicelles les deux. Et est aussi moindre quant a la evacua
tion[6] car elle evacue tant les parties superiores comme les inferiores et
pourtant est universelle en evacuant tout le corps et nest pas uni=
verselle comment dient plusieurs medecins pource quelle vient du
cueur, car elle est branche de la cephalique et baselique, et pource
quant nous voulons saignier la cephalique, et nest pas apparente
on seigne & fleubothomie la veine mediane & non pas la veine ba=
selique. Et semblablement quant le medecin veult saignie la base
lique nest pas apparente on doit seignier la mediane et non pas la
cephalique, car elle a plus grant colligance avec icelles deux que
la cephalique et baselique nont ensemble. Seiles ou saluatelle est
une veine situee entre le doig grant, & le doig medecin tirant plus
envers le doid medecin && prent origenement dit la baselique et est
ceste veine saignie es oppillations du foye en la main dextre et en
la main senestre es oppillations de la ratelle. Et celle saignie na
pas este faicte par argument ou raison demonstrative comme dit
Avicene, mais a este congneue par experience, aquelle saigniee a
trouve Galien en son songe comme il refere, car il avoyt en cure
ung malade ayant le foye oppilte & la ratelle & songea quil le fleu
bothomoit de la veine saluateila, et le lendemain le fit saignier et
fust guary. Et pour saignier celle veine il convient mettre la main
en eaue chaulde pour lengrosser & enfler, car lle est subtile & de pe=
tite apparence. La veine ascellaris est celle qui est situee soubz la
baselique et est apparente en la ligature du bras et est son jugement
[5]   gers.
[6]   evacua.

165

semblable a la veine baselique. Funis brachii, appelle funis du
bras est une veine qui est dessus la veines cephalique envers la par
tie du bras de laquelle ya ung metre. Partem sinistram & cetera.
Et veult lacteur que dicelle veine et de cephalique quelles doivent
estre dung jugement, la raison est desus declairee. Et jacoit ce que
selon Avicene & Galien la saigniee soit evacuation universelle eva
cuant tout le corps toutesfoys il nest pasequales de toutes les vei
nes, comme dessus a este declaire, et jacoit ce que les veines evacuent
de tout le corps, toutesfoys la crainte es veines neset pas equale,
car la cephalique selon Rasis au .vii. dalamasor est la plus seure,
la baselique est a doubter et la cardiace, toutesfoys moins que la
baselique, et la sephalique est est la plus seure, car environ elle nest
nerfz ne alteres, et soubz la veine cardiaca est ung nerf, et ung pe=
tit dessus est ung nerf subtil & pourtant est a doubter quil ne soit ou=
vert en saignent la veine cardiaca. La baselique est fort dangereu=
se, car desoubz elle a ung aultre altere, et environ elle a ung nerf &
ung muscle & pource est elle fort a doubter. La saluateile nest pas
perilleuse, mais est subtile, & pource quant on le doyt saignier il le
fault mettre en eaue chaulde. Au pied son troys veines, cest la vei
nes, cest la veine sciatique, la sophene, & la veine du ploy du genol,
et icelles se saignent pour tirer le sang vers les parties inferiores
comme en provocation des menstrues, & a la veine du ploy du ge=
nol selon avicene saignee provoque mieulx les menstrues que la
sophene ou la sciatique a cause quelle est plus prochaine de la mere
ou matrice, & pourtant tire plus fort de la matrice. La sophene tire
le sang des testicules & de la verge & de la mtrice. Et la veine scia
tique tire per especial des hanches, des reins, & des membres situes
vers la partie senestre. La sophene de la matrice, est des parties
environ situees vers la partie domestique jacoit ce quilz soyent bran
ches dune mesme veine au milieu du front cest une veine laquelle
veine ou saignie es passions antiques de la teste, & de la face comme
en morphee & en serpignir & es passions des yeulx toutesfoys, pre=
mierement on doit faire saignie de la veine cephalique, aussi est une
veine au nez & en icelles deux doit on lyer le co pour faire apparoir

166

Es levres sont aulcunes veines lesquelles on saignie pour garir
les apostumee & ulceres de la bouche & des gencives tousjours doit
proceder la saignie de la veine cephalique. Au palait sont .iiij. veines
lesquelles selles sont ouvertes confortent a la rume & aux douleurs
des dentez, & sont manifestes, & se doivent saignier quant la matie=
re est digeree & pourrie. Item sont aulcunes veines rn angules des
yeulx vers le fronc & font saignies passions des yeulx, mais de=
vant fault saignier la cephalique. Item sont aulcunes veines soubz la
langue lesquelles on saigne en esquinancie, mais la saignie de la ce
phalique doit preceder. Item les veines des temple sont saignies pour
la migraine & grant douleur de teste, & de cerveau diurne, & sont icel=
les nommees de ypocras & davi. veines juveniles desquelles la sai=
gnie fait lhomme devenir sterile. Item au col sont deux veines nommees
guides lesquelles se doivent saignier au commencement de lespre et par
especial quant le souffle est suffoque, & en squinancie que oste le souffle
doivent estre saignies.
¶ Textus.
¶ Si dolor est capitis ex potu limpha habibatur.
Ex potu nimio nam febris accuta creatur.
Si vertex capitis vel frons estu tribulentur
Timpora fronsque simul moderate sepe fricentur.
Morella cocta necnon calidaque lauentur.
¶ Exposition.
¶ En ce texte lacteur declair deux choses. ¶ La premiere est que
la douleur de teste vient par trop boire, & par especial de vin, ou daul=
tre breuvaige duquel on senyvre, adonc on doit boire leau froide qui par
sa froideur engrossit & empesche les fumees de monter au cerveau.
¶ la .ii. est se la teste ou le fronc sont en grande chaleur les temples
et le fronc doivent froter & apres les lever ou forventer deaue de decoction
de morelle, car elle a grant propriete de refroider le cerveau.
¶ Textus.
¶ Temporis estiui iieiunia corpora siccant
Quolibet in mense confert uomitus quoque purgat
Humores nocuos stomachi lauant ambitus omnis
Uer antompnus hyems est dominatur in anno

167

Tempore uernati calidus sit aer humidusque
Et nullum tempus melius sit fleubothomie
usus tunc homini ueneris confert moderatur
Corporis & motus uentrisque soluto sudor
Balnea purgentur tunc corpora cum medicinis
Estas more calet sicca noscatur in illa
Tunc quoque previpue coleram rubeam dominari
Humida frigida fercula dantur sit uenis extra
Balnea non prosunt sint rare fleubothomie
Utilis est requies sit cum moderamine potus.
¶ Exposition.
¶ En ce texte lacteur declaire plusieurs choses. La premiere est
que le souvent jeusner en este desseiche le corps a cause que leste de
sa propre complection est chault a sec il ressouit les humidites du
corps par sueurs & resolution occultes, & se la personne jeusme donc en
celluy temps il desseiche grandement son corps, car quant le corps est
prive des humidites la chaleur naturelle ressoult les humidites des
membres & desaiche fort le corps & pourtant dit ypocras en la .vij. 
particule des anffo. il convient les corps ayant la chair humide sup=
porter la fain, car la fain desseiche les corps. La .ii. que vomissent
fait en ung chescun moys est prouffitable au corps humain, car le
vomissement purge le corps des humeurs nuysibles contenuz es
veines & en tout le corps & icelle sentence met Avicene en la .iij. di=
stintion du premier li. cha. x.iij. des aydes du vomissement quant il dit
ypocras commande faire vomissement .ij. fois le moys .ij. jours conti=
nuelz pour expeller les humeurs .ij. qui furent esmeuz au premier
sans evacuer, & par icelluy vomissement selon ypocras est la sante
conservee, car il mondifie lestomac & evacue la fleume et la colere.
En oultre Avicene met plusieurs aydes du vomissement admini=
stre comme il appert. La premiere quil oste douleur deteste qui vient
de matiere humorale estant en lestomac effumant en la teste, mais
se la douleur de la test venoit de matiere estant en la teste vomis=
sement seroyt muysible. ¶ La deuxiesme ayde est quil clarifie la
veue quant lobscurite de la veue vient de matiere estant en lestomac

168

effumante aux yeulx, aultrement non. ¶ La troisiesme est quil oste
lappetit de vomir en evacuant les humeurs de lestomac qui sont
cause de vouloir vomir. ¶ La quattriesme est quelle est utile a celluy
qui a souvent la colere en lestomac venant du foye ou des intestins
corrumpant la viande. ¶ La cinquiesme est quil oste lhabomina=
tion que font les viandes unctueuses. ¶ la sixiesme est quil oste
le maulvais appetit comme de vouloir mengier choses aygres, pon
tiques, ou aceteuses, pource que le vomissement oste la cause de tou
tes icelles dispositions & quant la cause est oste leffect est oste.  
¶ La septiesme est quilz est utile a cacecie et est disposition prece=
dant ydropisie a cause quil evacue matiere dicelle cacecie & mondifie
lestomac. ¶ La huytiesme est quelle confere aux ulveres des reins
et de la vescie en divertissent les matieres courentes vers iceulx mem
bres. ¶ La neufviesme est quilz confere aux gens lepreux & par espe
cial quant ledit vomissement est fait & acomplu de forte medecine vo
mitive comme est blanc ellebore distans & de difficile eradication des=
quelles est la ladrerie engendree, ainsy le vomissement corrige la
premiere digestion, cest lestomac par laquelle les aultres digestions
comme du foye & les veines en sont vigerees & la lepre vient par faul=
te de vertu digestive .ii. ou .iii. ¶ La .x. est que le vomissement est uti
le pour faire avoir bonne couleur en divertissant les humeurs du
cueur. ¶ La .xi. est quil confere a epilence venant de lestomac en
evacuant les humeurs de lestomac ensuivant au cerveau engendrent
epilence. ¶ La .xii. est quilz est utile a la jaunisse & par especial a cel
le qui vient par oppillation de cestis fellis, car par grant mouve=
ment qui fait en vomissement la matiere oppillante se meult de son
lieu, parquoy la jaunisse est guarie, semblablement par vomissement
est avacuee la matiere fleumatique qui est cause dicelle oppillation
¶ La .xiij. est quil confere a gens antiques en evacuant la matiere
antecedente estant en lestomac qui nourrit[7] la matiere de la disposi=
tion asmatique, & semblablement eschauffe le pomon, & les par=
ties pectorales, lequel eschauffement é cahleur consume les super
fluitez faisantes asme. Asma est difficulte dalaine & de souffle.
¶ La .xviiij. chose quil confere a tremeur de cueur & a paralisie en eva
[7]   nourrir

169

cuant la matiere faisant icelles maladies. Et jacoit ce que le vomis
sement convenablement administre ayt plusieurs aydes, toutesfoys
le vomissement superflu fait au corps plusieurs nocumens, car il de
bilite lestomac, & le ressoult & dispose a recevoir les superfluitez du
corps & nuyt la poictrine et la veue et les dentz aux maladies anti=
ques de la teste comme declaire Avicene en la .iiij. distintion du pre
mier livre chapitre .xiiij. Au tiers metre dit lacteur quil sont quat=
tre temps en lan, cest printemps, este, antompne, et yver, et est cho
se manifeste, et entre iceulx le printemps est chault & humide en le
comparant aux aultres temps jacoit ce quil soit attrempe soymes=
me comme dit ga. au livre des complections, & sensuit que en celluy temps,
cestassavoir le printemps est le plus convenable pour la saignie, car
ilz multiplie plus les humeurs que tous les aultres temps. Et pour
ce en icelluy temps doit plus hardiment habiter & lachier le ventre
et baignier pour diminuer la complection du corps fait en yver, et
le temps plus convenable a prendre medecine laxative. ¶ La .iiij.
est que leste eschauffe et deseiche le corps, et pourtant multiplie la
colere rouge laquelle est chaulde et seiche, et semblablement a cau=
se de sa complection on doit mengier en este viandes froides et hu=
mides pour obvier et oster la distemperance de la chaleur et selche=
resse du corps engendree par la coplection de leste, et doyt lhom=
me se abstenir de habiter a cause quil est exsiccatif, et aussi se doit ab
stenir de baignier pour une mesme cause, et eviter le saignier tant
quilz est possible se grant necessite ne constrainct a la saigniee, & doit
lhomme estre en repos ou de petit travail car le repos rent le corps
humide et le mouvement desseiche, et doit lhomme en icelluy temps
user attrempeement breuvaiges et par especial froitz, car du boire
superflu froit aulcunesfoys sensuyt subite refrigeraction de corps
& paralesie ou mort subite a cause que tous les conduitz sont ouvers
de laquelle mort subite & de tous aultresmaulvais accidens nous
vueille garder la saincte trinite. Amen.
¶ Finit le regime de sante. Sensuyt le remede de la peste.

170

¶ Remede contre lepydimie.
A Lhonneur et louenge de la tressaincte, et indivisee trini=
te, de la glorieuse et tressacree mere de dieu, et detoute la
court celestielle. Pour la conservation de ceulx qui ont
sante et reformation des maladies je veulx soubz la cor
rection de mes anciens maistres et docteurs aulcunes choses trai=
ctier a la chose publique prouffitable et contre la pestilence que sou
vent les corps humains invadent le contraire, lesquelles choses je
traicteray par ordre selon ma petite puissance en la maniere qui sen
suyt. Et premierement.
¶ Des signes prenosticables dicelle pestilence. Chapitre .i.
¶ Des causes dicelle. Chapitre .ii.
¶ Des remedes alencontre. Chapitre .iij.
¶ De la confortation du cueur et des principaulx membres. Chapitre. .iiij.
¶ De fleubothomie. Chapitre .v.
¶ Des signes prenosticables de
pestilence. chapitre premier.
LEs signes par lesquelz on peult prenostiquer parler et con=
gnoistre de la maladie pestilencieuse sont par ce present œuvre
assignes .vii. tantseulement. Le premier signe est quant en ung mes=
me temps deste le vent se change & mue par plusieursfoys tout ainsy
que se au matin il appert pluvieux et apres obscur et nubileux. Et
principalement procede du vent meridional, cestadire de midy.
¶ Le .ii. signe est quant souventesfoys au temps de este les jours se
apparoissent & se monstrent otalement obscurs en telle maniere que
se plouvoir il deust, et nonobstant il ne pleust pas, laquelle dispo=
sition est a craindre, et signe grant pestilence quant le temps demeu
re longuement en tel estat. Le troisiesme quant nous voyons sur la
terre au temps deste habondance de mouches, ce signe denote linfe=
ction de lair. Le quatriesme signe est quant les estoilles apparois=
sent au regart humain cheoir & partir de leurs lieux, et ce signe de=
note lair infect & charge de vapeurs & venimeuses. Le cinquiesme si=
gne est quant le regart humain juge a son advis que les cometes vo=

171

lent, et ainsi que le philosophe declaire en metheores. Lapparition
dune ocmete souvent porte signes merveilleux, et par les experien
ces souventesfoys veues telles apparition denote mort tresfurieu=
se, ravissement de citez, dandier & peril de mar, obfucation de soleil,
mutatio de royaulme, torment et affliction au peuple par peste
et par famine. ¶ Le sixiesme signe est habondance de fouldres & ton
noirres, et principalement quant il procedent de la partie meridio=
nale. ¶ Le septiesme signe est quant plusieurs ventositez sourdent
et procedent des parties meridionales, car elles sont venimeuses
et immundes, & engendrent puanteur dangereuse de laquelle peult
sortir une pestilence a corps humain contagieuse, laquelle griefve
la creature en telle maniere que nul medein ny peult remedier fors
seulement la misericorde de dieu.
¶ Des causes de pestilence. Chapitre .ij.
LEs causes de pestilence sont divisees en trois, car aulcunes=
fois elles procede de la racine dembas, aulcunesfoys de la
racine denhault, & aulcunesfoys des deux ensemble. Pestilence peult
estre cause de la racine dembas come nous povons veoir quant nous
avons aupres de nostre chambre latrines ou aultrs choses particulie=
res parquoy lair peult estre corrumpu & infect, & telle pestilence est
dicte particulier & peult advenir de jour en jour, et dicelle procede
une fievre pestilencieuse de laquelle plusieurs medecins sont souvent
deceuz non congnoissans telle fievre estre pestilencieuse, aulcunes=
fois procede par la corrumption des charongnes mortes, laquelle sou=
vent adient aux lieux corrumpuz. Et cest est aulcunesfois univer
selle & aulcunesfois particuliere. ¶ De la raicine denhault advient
souvent ceste pestilence par la vertu des corps celestres, desquelz
est corrumpu lesperit vital en la creature humaine. Et de ce la par
le Avicene en son quattre livre disant que la forme du ciel & par lin
fluence des corps celestes sont souvent & de legier les corps dem=
bas corrumpis & infectz, car limpression celeste corrumpt lair, et par
telle corruption est en lhomme corrumpu lesperit de vie. ¶ De la ra=
cine superiore et inferiore, cestadire tant par linfluence des corps
denhault que dembas est aulcunesfoys causee pestilence quant

172

par lympression celeste lair est corrumpu en telle maniere que par
putrefaction des charongnes est en lhomme maladie causee, & aul=
cunesfous telle maladie est fievre, & aulcunesfoys en plusieurs est
apostume, car lair est aspire et attraict et souvent venimeux et cor=
rumpu qui griefve et blesse fort le cueur parquoy nature est en plu=
sieurs manieres debilitee et grevee, de laquelle lesion ne se peuvent
les medecins apercevoir, car souvent apparent bonnes urines et
bonnes digestions au patient que nonobstant ce il tend a la mort,
et pourtant plusieurs medecins considerans & ayant regart seule=
ment a lurine de leurs patiens superficiellement en parlant & sont
deceuz, parquoy il est necessite ue le patient pourvoye de medecin
bon et expert. Et ainsy appert des causes de la peste. ¶ Jouxte les
choses cy apres declairees on peult demande deux questions.
¶ La premiere pourquoy de ceste maladie lung meurt et lautre
non, et en une mesme ville, et en une mayson meurent les ungz et
les aultres non. La deuxiesme si telles maladies pestilencieuses
sont contagieuses. A la premier question je dis que cella peult ad=
venir pour deux raisons, la premiere est de la partie de laction des
corps celestes lesquelz regardent plus ung lieu que lautre, la deux
vient de la partie du patient, car comme ainsi que tous humains ne soient
pas equalemnt complectionnez ling peult estre capable dune ma=
ladie dont lautre ne lest pas. Il est a noter que ceulx qui plus sont di=
sposez a telle maladie ont les corps chaultz qui ont conduictz lar=
ges et porrosies ouvers remplis de plusieurs humeurs et les corps
desquelz grant resolution est faicte comme sont les hommes quil mal
usent & trop frequentent loeuvre de nature, ceulx qui usent de baingz
ceulx qui par grant labeur ou par ire vehemente sechauffent, tel=
les manieres de gens ont les corps plus que les aultres a telle pestil
lencieuse maladie disposez. ¶ A la .ii. question je ditz que telle ma=
ladie est contagieuse, car des corps infaictz yssent humeurs, et def=
fluent fumees venimeuses corrumpant et causant infections de
lair & pourtant il est necessite de fuyr ceulx qui de telle maladie sont
ataintz. En temps pestilencieux fault fuyr grans compaignies de
peuple, car en grant multitude en peult avoir ung infect par lequel

173

plusieurs aultres seroyent corrumpuz, et pour ceste raison les sai=
ges & expertz medecins en visitant les patiens se tiennent loing di
ceulx en tenant leurs faces vers la porte, ou aulcune fenestre de la
maison, ainsi doivent faire les serviteurs en gardant les malades.
Il est a noter que chose onne & utile pour la sante du mlade est
par aulcuns jours changier dechambre ou souvent avoir fenestres
de sa chambre ouvertes vers la bise, ou vers orient, et tenir les fe=
nestres devers midy closes, car le vent meridional en soy a deux
causes de putrefaction. ¶ La premiere est quil debilite les corps
tant sains que malades. ¶ La seconde comme il est escript au .iii. livre
de anfforisme. Le vent austral enfle, engrossit, griefve loye & bles
se le cueur, car il euvre les conduitz porrositez de lhomme, et entre
jusques au cueur, pourquoy est bon a lhomme sain en temps de pe
ste quant le vent meridional vente soy venir en la mayson tout le
jour, & qui par necessite seroit contraint daller hors ne parler jusques
le soleil soit hault & dessus nous luysant.
¶ Des remendes contre ladicte pe=
stilence. Chapitre troisiesme.
APres ce que nous avons veu les causes de pestilence, il con=
vient dire et declairer aulcuns remedes et conservations con
tre icelle. Pour laquelle est a noter selon ledit du supernaturel et
souverain medecin disant & parlant par Hieremie que pour excellen
te & seure medecine lhomme doit delaisser son peche, fuyr mal, & bien
faire & en grant humilite & repentence ses pechez confesser, car en
temps est pestilencieux confession & penitence sont a estre preferez de=
vant toute aultre medecine. Et pour remarde & conservation du corps
humain la souveraine chose est fuyr & delaisser les lieux infectz, et
personnes infaictes. Mais pource que plusieurs sont qui ne peu=
vent pas a leur prouffit muer les lieux de leur habitation & demou=
rance, je leur conseille de fuyr toutes choses qui peuvent produire
putrefactions, & consequamment se abstenir de frequentation de fem
mes. On se doit aussi garder du vent qui vient de devers midy, car
il est de sa nature cause de plusieurs infections & putrefaccions dan
gereuses, et pour ceste cause est dit devant que les fenestres de la

174

maison de la partie donc celluy vent procede doyvent estre closes
jusques a heure de prime, et ouvertes devers septentrion, pourtant
avons-nous dessus dit que toutes infections sont a fuyr comme cha
rongnes pourries & infection deaues, laquelle est tresdangereuse.
Il advient aucunesfoys quon garde pour lusaige de la maison les
eaues troys ou quattre jours qui peult engendrer es corps diceulx
qui en usent dangereuse infection. Aulcunesfoys aussi en plusieurs
maysons vieilles sont goutieres ou conduictz soubz terre ou les ea=
ues de la mayson sejournent et  sarrestent et la causent telle infe=
ction que les habitans meurent, & ceulx de la prochaine habitation
demeurent sains et en bon point. On dit aussi fuyr le lieu ou en vent
les choulx ou les porees car les choulx pourriz et infectz de leur na
ture engendrent infection et odeur poult contraire. Et tout ainsy
que les odeurs aromatiques confortent le cueur, ainsy par contrai=
re les odeurs infectz le grevent et debilitent, parquoy il est necessai=
re pour obvier a telle infection quelle nentre en maison ne en cham
bre ou on repose de tenir sa mayson garnie de feu a clere flame, et
des fumees daulcunes herbes, cestassavoir lauribassee, iumperii,
uberi, organi quon treuve cheuz les appoticaires, absinchi, ysopi,
rute, et alcimesie, et ligni aloes mieulx vauldroyt, mais il est tres=
chier. Et soit telle fumee aspiree dedans le corps par la bouche et
par les narines, car elle ratifie affermist et confrte le cueur et les
narines et les entrailles dedans la personne, et pour icelle cause ou
doit semblablement  fuyr trop grande replection, car les corps fort
replez de maulvises humeurs sont de legier corrumpuz et infectz
pource dit Aviceneau canon .iiij. que ceulx qui trop grant replection
appetent abregent leurs jours et la periode et fin de leur vie. Lhom=
me doit aussy eviter baing et estuves en grant compaignie, car ung
petit morceau, une maulvaise aleine peult tout le corps destruire et
infecter. Et finablement tout multitude de peuple doit estre fuye,
car ainsy que devant est dit une seulle aleine peult plusieurs infe=
cter, mais pourtant quil est fort difficile aa plusieurs de soy abstenir
de frequentation de gens. Ceulx qui faire ne le peuvent usent des
medecines qui sensuyvent. ¶ Premierement quant la personne se le

175

vera au matin mengeusse une petit de rue lavee en eaue nette avec
ung petit de sel et une ou deux grosses noix bien ettoyees, et sil ne
peult avoir lesdictes choses preigne une rostye moillee en vinaigre
et principalement en temps nebuleux, & vault mieulx en temps de
peste demourer en la mayson que aller hors, car il nest pas chose
saine aller parmy la ville. Soit aussy la mauson arrousee de vinai
gre de roses et fueille de vigne principalement en este. Bonne cho=
se est laver ss mains deaue et vinaigre et apres odorer les mains.
Il est bon yver et este odorer choses aigres laquelle chose jay approu
ve a montpellier, car comme fut ainsi que par cause de ma pouvre=
te je naye pu eviter la communite de gens mais aloye de mayson
en mauson pour guarir les patiens javoye une esponge ou du pain
moullie en vinaigre lquelle chose je tenoue au pres de ma bouche
et de mon nez, car toutes choses aigres remplissent les conduitz et
deffendent choses venimeuses de entrer dedans & par ce moyen jay
evade la peste nonobstant que mes compaignons ne esperoyent pas
que vif eschapeese, mais tous ceux remedes faisoie.
¶ De la confirmation du cueur & des prin=
cipaulx membres.  Chapitre .iiij.
LEs confortemens du cueur son saffran carnifer, plantain,
avec aultres herbes qui ratiffient & consolident lesperit inte
iore. Ces choses valent principalement en vulgaire communite
ou advient souvent quelong est infaict de lautre parquoy fault fuyr
les aleines. Sachiez que les yeulx par linfection de lair viennent de
legier obscurs son ne porte dessus luy les choses dictes. Chose saine
est laver souvent le jour ss mains, bouche, face, et yeulx deaue ro=
se et vinaigre, & qui ne trouve ces choses preigne vinaigre, et si est
tel remede laxatif utile pour le ventre, et se naturellement tel=
le laxation faire ne se peult soyt fait artificiellement par ung su=
positoire, et a ce faire valent moult bonne pilulles pestilencielles
quon trouve vers les appoticaires.  Soit aussi la mayson entre=
tenue de feu, car le feu grandement empesche limpression celeste
et clarifie lair.  Au regard des viandes je dis que en especial le
triacle est fort utile tant aux sains comme il est aux malades, et

176

pourtant il est bon de en user deux foys le jour avec vin cler, ou avec
eaue rose, ou cervoise a la montance de deux cuilliers et doyt estre
ledict triacle du tout au vaisseau bien destrempe. Et apres ce que la
personne beuvra cela prins il se doit bien abstenir de toutes aultres
viandes jusques au midy, affin que ledict triacle puisse dedans le
corps excercer ses operations. Bonne chose est une foys le jour user
de bonnes viandes & vin pur non pas trop, il sengenderoit putre=
faction de humeurs. Viande qui causent chaleur sont a fuyr, com=
me poyvre & aulx, nonobstant que le poyvre purge le cerveau de
fleume & les especiaux membres de superlues humeurs visqueu=
ses, non pourtant a locasion de la chaleur qui engendre putrefa=
ction plus en plaist lamertume que saveur. Les aulx aussi nonob=
stant quilz purgent les fleumes & mettent hors les maulvaises hu=
meurs & si esmeuvent lappetit, & reboutent lair non pourtant pour
ce quilz perturbent les yeulx & eschauffent  lateste de celluz qui sou=
vent en use il ne semble pas sain ne plaisant a user. Et pourtant que
pestilence par cause de chaleur est souvent augmentee, toutes vian
des de facile digestion sont plus saines, et au matin bon de prendre
viandes boullies, & au soir rosties, broueetz & chaudeaux silz ne sont
mistionnez de aigre sont plus prouffitables, car en temps de peste
les viandes aigres sont plus utiles au corps que toute aultre me=
decine. Tous fruictz sont nuysibles sil ne sont aigres comme ceri=
ses, pomme grenate, ou lieu de medecine ung petit de pommes ou
de poires, car tous fruictz engendrent putrefaction. Les espices com
munement prouffitables en temps de peste sont cynamomme, gigem
bre ciminum flores, muscatorum, & saffran, de telles espices peult on
faire saulce pour gens riches. Les pouvres prengnent pour leur
saulse rue, saulge, nuces gallicas, & percil, & tout broye et destrempe
de vinaigre, & silz sont de moyen estat ilz doyvent prendre saffran
et cymium & mettre parmy aigre, car tele saulse vault moult, et
deffend toute putrefaction, & avec ce soy tenir joyeulx sans melan=
colie. Pourtant ne doit nul en temps de peste craindre la mort, mais
doit vivre chescun en esperance de longuement vivre. ¶ De fleubothomie.

177

FLubothomie peult une foys le moys estre faicte se voyage
ou aultre chose ne le deffend comme a pelerins, ou a aulcuns
debiles de nature, ou malades de flux de ventre. Et se fleubotho=
mie faicte en la baselique dextre ou en la senestre devant que la per
sonne prengne refection corporelle deviande, et apres lincision la
personne doit estre & se tenir joyeusement et boire bon vin ou cervoi
se sans faire exces, & se tenir de dormir le jour que la baselique est is=
scisee. Et se aulcun se sentoit ja greve dapostume, ou infect il doyt
fuyr le dormir, querant compaignie joyeuse, ou cheminer, car en
dormant la chaleur intrinque appelle  & attraict a soy le venin au
cueur, et aux principaulx membres en telle maniere que a peine peult
on par herbes ou aultresmedecines restaurer ne mettre en ce pre=
mier estat le corps de la personne, laquelle chose ne aviendroyt pas
si se nestoit par cause de dormir. Et qui vouldroyt faite telle que=
stion, cestassavoir la personne est prinse de dormir naturel sil doyt
dormir ou non. A celle question je respons que se lhomme apres la
refection en temps pestillencieulx vouloit ou appetoit dormir il le
doit differer en cheminant par aulcune espace en aulcun lieu plai=
sant comme champs ou jardins. Et apres pourra naturellement
dormir ar lespace deune grant heure. Et a ce propos dit Avicene
que quant lhomme veult ainsy dormir il doit boire aulcun bon vin
ou aultre breuvaige car lhomme en dormant peult attirer plusieurs
maulvaises humeurs lesquelles sont repellees par le bon breuvai=
ges estant tau corps de la personne, mais aulcun peult mouvoir ung
doubte tel, cestassavoir comme la personne peult sentir & apparce=
voir quant il est touchie ou attaint de pestilence. A laquelle que=
stion je respons que lhomme qui est infect pour celluy jour ne men=
gera que bien petit, car il est replet de maulvaises humeurs, & bien
tost apres quil a prins sa refection il desire le dormir et soubez une
espece de froit il sent chaleur vehemente avec ce la teste deult en la
partie de devant ; lesquelles choses peuvent estre revoquees par soy
mouvoir ou cheminer par aulcune espace, car chevauchier ou fort
travaillier par chemin ne peult lhomme pour la pesanteur du corps,
mais appete en chescune heure dormir, car le venin intrinseque qui

178

est dedans le corps perturbe  lesperit vital tellement quil ne quiert
que repos, et par les signes dessusdictz peult lhomme apparcevoir
quant il est infect de peste, et qui croire ne le vouldra attende lespa=
ce de demy jour et il trouvera par experience que tantost sentira apos
tumes soubz les bras, autour des oreilles, ou au parties dembas
vers les espaules, au col, ou au dessus des reins. Cest donc le sou=
verain remede en temps de peste est fuir le dormir, car quant lespe=
rit repose le venin lespart par les membres, lesquelles choses  jay
de moymesmes experimentees & esprouvess, et pourtant quant lhom
me se sent frappe de peste il doit celluy jour faire evacuation et ax=
traction de sang en grande habondance car la petite diminution de
sang esmeut et excite le venin, et qui ne vouldroit faire de plusieurs
veines incision on doit par une faire evacuation pour la cause des=
susdicte, et lhomme qui de  sang fait evacuation soit sain ou malade
il doit fuyr le dormir pour les raisons dessusdictes, et sil a aulcune
apostume il se doit faire inciser la veine de la partie du corps ou el=
le tient et non pas de lopposite partie pour cause apres assignee.
Pourtat se lapostume tient soubz le dextre bras soit faicte incision
en la veine du milieu du bras ou tient la maladie, et selle tient au se
nestre soit fait pareillement et se la postume tient embas vers les
parties honteuses soit fait fleubothomie au pied dicelluy coste vers
le gros orteil. Se la postume tient au col soit fait en la main dudict
coste jouxte le poulce et jouxte le petit doig. Mais se lapostume a=
paroist au pres des oreilles de cephanica en la partie ou est le mal
soit faicte fleubothomie de la veine qui est entre le poulce et le doig
dempres pour le cerveau ou de la veine qui est jouxte le petit doig
quon nomme basilica. Se lapostume apparoit aux espaulles soyt
diminue sang par ventositez. Et premier de la veine mediane selle
apparoist au dossoit diminuee sur predica magna, et soyent ces cho
ses se lhomme na dormy devant la congnoissance de lapostume,
mais se lapostume est sentue apres dormir dominuation de sang doit
estre faicte en croisee, cestassavoir se lapostume apparoyt au bras
dextre soit fleubothomie faicte au bras senestre de la veine du foye
ou de la baselique ou mediane, et se lapostume se apparoit au bras

179

senestre soit fait comme au dexte, et consequemment de tous les
aultres membres tousjours en lopposite parte. Et se le patient apres
telle diminution de sanf soit debilite, il peult dormir apres myjour
mais a myjour il doit estre en cotinuel mouvement soit en chemi=
nant ou chevauchant modereement, et se lapostume croist lhomme
ne doit riens craindre, car telle apostume est cause de la sante, et af=
fin que telle apostume soit plustost meure et rompue faictes la me=
decine qui sensuyt. Broyez fueilles de seur et ung peu de moustar=
de, et soit faicte emplaster pour bouter sur lapostume. Aulcuns cy=
rurgiens y veulent adjouster du triacle, laquelle chose je deffens sur
tout, car la nature du triacle est derepeller le venin, et pource se=
roit cause de le faire entrer dedans le corps, pource seroit meilleu=
re chose que le patient en beust pour le venin contraindre a saillir hors.
¶ Autre rmede pour apostume meurir. Prenez de lherbe qui sap
pelle selon les medecins barba jovis, sepilum plataginem et mo=
dicum de siligine, et broyez tout ensemble tant que leaue en saille,
puis destrempes du laict de femme et donnez a boire au patient a
cueur jung et devant dormir, car adonc exercera la medecine son opa
ration plus vertueusement.
¶ Item celluy a qui apparoistra laspotume preigne avelaynes, fi=
gues, et rue, et de ce face emplastre, puis mette sur lapostume. Et
a tant suffit.
¶ Qui seon les choses dussudictes se vouldra
gouverner il pourra evader les dangiers de la
pestilence alayde de dieu
¶ Cy commence le chapitre pour[8] congnoi=
stre les urines, selon lopinion des medecins
tresexpers en lart de medecine.
[8]   pomr

180

SE tu veulx congnoistre les urines du corps humain il
te fault premierement regarder se lurine a grant escu=
me par-dessus. Et au fond tu verras ung sercle et adonc
doit savoir que sont ventositez aux entraillez et aux
reins. ¶ Item quant tu verras urine plaine comme de spin elle signi
fie douleur en tout le corps, et se cest au fond de lurine elle signifie
douleur aux reins. ¶ item quant tu verras urine grande et clere
comme eaue elle signifie virginite dune pucelle. ¶ Item quant tu
verras en lurine de petites flammettes[9] , et petites estincelles com
me il appert en la ray du soleil luysant parmy la mayson signifie
maulvaises humeurs en lhomme, et en la femme engrossement, et
maulvaisement se icelles petites estincelles ou flammettes sont rou
ges. ¶ Item quant tu verras urine rouge laquelle aura couleur
de vin rouge et au fond apostume signifie que le malade souffrira
mal en tout le corps et grant douleur. ¶ Item quant tu verras uri
ne descoulouree, et au milieu obscure signifie que fleume habonde
en luy sans fievre, et doit avoir le ventre enfle, douleurs de reins,
de costez, et en la teste, et se telle urine est de femme elle doy souf
frir douleur au nombril au reins et aux genoilx, et doit avoir piedz
et mains froitz. Et a telz pourras survenir en telle maniere & leur
donner a boire de von vin destrempe avec eaue chaulde, et en icelle
eaue soit mise saulge cuyte, et leur en donnez demy once au matin,
et luy faictes baing de poulliot royal, et de camamille, et des fueil=
les de laurier, et iceulx homme ou femme fault estre par grant pie
ce ou baing et oignes les reins et le ventre dicelles avec huylle de
laurier.
¶ Cy finist le chapitre pour congnoi=
stre les urines.
¶ Remede tresutile pour ceulx qui ont la maldie appel=
lee en hebreu malfranzos, et en latin variole croniqua, et
en francoys la grosse verolle.
[9]   flammetttes

181

¶ Remede pour la grosse verolle.
JE trouve que ceste maladie a regne en lan de la crea=
tion du monde deux mille. CCC. xxx. et .vi. Et
maintenant je dis que la conjunction de deux infortu
nes de saturne & de mars esquelz elle avoir son cours
et la conjunction et maulvais regard desdictes planet
tes si fut en son commencement .mil quatre cens. lxxxxvi. le .vi.
de janvier en la tierce face appelle piscis, laquelle infortune & maul
vais redard desdictes planettes imprimist dedans le corps humain
dispose a corruption ceste maladie devat dicte, car saturne est cau=
se de la passion du mal des jmabes et aultres membres. Et mars
est cause dengendrement ainsi quil est dist. In libro qui inicium sa=
piencie est nomme chapitre .iiij. de la nature et signification des pla=
nettes. Pource je dis que leffect de ladicte conjunction est cause de
ceste maladie laquelle est passee et ne reviendra plus, car lan mil.
CCC. lxxxxviij. les dessudictes planettes se conjoindroient en
tout leur signe contraire en quoy estoient, pourquoy le premier est
apparu, & sil advient que aucuns ayent ladicte maladie de nouveau
ce nest pas par linfluence de la constellation, ne par linfluence de
maulvais regard de ladicte conjoinction, mais cest a loccasion que
la maladie de sa nature est contagieuse. Et ceulx qui font et tiennent
bon regime en  seront gueris en brief temps, car ceste passion est cro
nique de longtemps et etandue de la nature de saturne, et les pu=
stulles, roignes, vessies, et goutres interieuses et exterieuses les=
quelles sont de nature de mars seront en brief gueris, toutesfoys
selon ceste matieres quattre choses sont a considerer. ¶ Premiere=
ment que les malades ne doyvent pas user de grant sobriete de boi
re ne de mengier, car de soy abstenir fait les malades trop debilitez
de nature, affoiblissent les corps, mais il fault mengier viandres de
legiere digestion, & boire bon vin doulx avec eaue de pluye. ¶ Se=
condement se doyvent purger une foys ou deux la sepamine avec
pilulle convenables a purgier[10] le chief, pource que de la tesete proce=
de ceste maladie qui est maladie saturnique. ¶ Le tiers est pour
oster la maladie et douleur des membres. Il se convient oindre dhuyl
[10]   puegier

182

le de terbentine mesle avec huylle damandes doulces. ¶ Le quart
prendre chescun matin du laict de femme et le succer, car il est plus
convenable ou prendre laict danesse, ou de chievre, et que lesdictes
bestes soyent nourriez selon lusaige de medecine, la maniere de le
prendre est la mamelle, et la raison en telle, car en ceste maladie pr
nsente y a troys choses, cestassavoir ulceration saignee et consum=
ption. Cleration doit estre solidee. saignee doit estre mondifiee.
Et la consumption doit estre nourrie et restauree. Et maintenant
dieu tout puissant a cree une tressouveraine medecine ou sont ces
troys choses, cestassavoir le laict en quoy est nature mondifiee et
astergee, et le fromaige procede du laict consolide, et le beurre qui
est dedans ledict laict nourrit  et repare ladicte consolidation. Pour
quoy je infere et ditz que ceulx qui en useront du matin a jung sen
trouveront bien et plustost seront gueris et viendront a sante au
plaisir de nostre seigneur Jesucrist auquel je prie quil vueille don=
ner sante et guerison a ceulx qui ont ladicte maladie, et quil en vueil
le preserver garder et deffendre ceulx qui ne lont pas eue, et a cha=
scun diceulx donnee pour heritaige le royaule de paradis, auquel
nous vueille conduire sa tressacree et glorieuse mere. Amen.
¶ Cy finist regimen sanitatis en francoys.
Le remede contre la peste. Ung petit traicte
urines. Et un remede contre la grosse ve=
rolle. Imprime a lyon par Claude nourry
le .xi. jour de may. Lan mil cinq cens & .xiiij.[11]
[11] La dernière page imprimée ne porte qu'une illustration.