201 |
a fait toutes choes mondaines subgectes a nous en nous
donnant tous es biens. A ce quil devint povre il se doit
entendre que les povres de ce monde sont ses membres, les
quelz povres ont fain, soif, chault et froit & plusieurs au=
tres accidens et inconveniens de maladie Et les riches
qui ont les biens de deux ne leur en veulent donnier ne de=
partir. A ce que le roy nous demande a boire du premier
tonneau on peult entendre par le tonneau enfance par la=
quelle jesuchrist doit et veult estre servy. A ce que le may
vais enfant respond cest moulst il veult dire.
Je suis jeune
et ne puis faire bonnes œuvres en mon enfance veiller ne
prier dieu. A ce que il demande du deuxiesme tonneau il
sentend que dieu veult estre servy du chrestien en sa jeunesse
Et a ce quil en fait reffus se peult interpreter que le jeune
enfant dit et se excuse a dieu. Je ne puis maintenan applic
quer ma jeunesse a ton service pource que le monde se moc=
queroit de moy disant. Vela ce jeune homme qui devient
bigot et ne daigne converser avec les autres parquoy te
vueil obtemperer a leur vouloir beuvant et mangeant avec
eulx appetant choses mondaines. A ce quil demande du
troisiesme tonneau, et que le filz luy respond cest vin fort
se peult entendre. Je suis en ma force et puissance et se je
faisoye penitence nature se pourroit debiliter en moy et a=
petisseroye ma force ce qui rabaisseroit mon honneur, car je
vueil suyvre les batailles, saillir, dancer & sercir les da=
mes a leur palaisir. A ce quil demande du quatriesme ton
neau et que lenfant luy respond le vin est vieil et aigre se
peult entendre que le chrestien se excuse disant. Je suis ja
vieil & ne puis jeusner ne veiller pource que ma nature est |
|
202 |
debille et foible. Finablement a ce quil demande du cinquies
me tonneau et quon luy en fait reffus disant se sont lyes
Se entend que quant nature deffault a lhomme impossi=
ble luy est vacquer a penitence Et considere que quant il
estoit en sa force, beaulte et richesse il y cuidoit tousjours
estre, mais maintenant il est impuissant parquoy advient
souventeffois que ung tel homme tumbe en desesperan=
ce et en ce point fine sa vie Par quoy est fait incontinent
quil est mort une grande plaincte devant dieu et la court
celestielle ou sentence est donnee disant. Allez malheu=
reux au feu eternel lequel vous est appareille. |
| ¶ Des loyaulx serviteurs. |
BOn fait servir princes et gransseigneurs
Car paistre nest que en grande seigneurie
Le serviteur qui en servant varie
Quant doit prier commande quon le prie
Il nest pas dit de vertu enseigneur
Necessaire est de garder son honneur
En bien servant ester prompt et loyal
Sil a le nom destre bon gouverneur
Sans ce quil soit larron ne rapineur
Il sera cause eviter ung grant mal |
¶ Il est requis de son seigneur garder
Songneusement que tort on ne luy face
Tout aussi tost quon le regarde en face
Scavoir soubdain quil demande etquil trasse
Et lacomplir sans nullement tarder |
|
203 |
Ne le souffrir blasonner ne larder
Mais au besoing son corps en danger mettre
Trop familier ne soit au regarder
Ne trop hardy quant vient a brocarder
Danger ya soy jouer a son maistre. |
¶ Soigneusement est requis de veiller
Comme celluy qui a puce en loreille
Sans que aucun vice a son seigneur conseille
Ce qi luy fault convient quil appareille
Ne plaindre peine a courir traveiller
Sobre en manger mesmes a babiller
Mais regarder trois fois ce quil veult dire
En sa maison tout conduyre et reigler
Par bon moyen non de biens se aveugler
Sil est hastif amoderer son yre. |
¶ Ce son seigneur le transmet quelque part
Honnestement doit faireson voyage
Garder de faire a son semblable oultrage
Ne pourchasser a ses subgectz dommage
Car il ne scait quant davec luy depart
Aucunesfois faire son cas a part
Mais quil ny ait au maistre prejudice
Ne a ses subgectz peult prendre bonne part
Non pas ainsi que ung lyon ou liepart
Mais doulcement en evitant malice. |
| ¶ Bons serviteurs sont honorez prisez |
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204 |
Et les mauvais regardez a grant honte
Se orgueil les fuyt supedite et surmonte
De leur seigneur ilz tiennent peu de compte
Quant lappercoit leurs gaiges sont brisez
Se a mal parler ont engins aguisez
Chassez seront ainsi que chiens de lastre
Servans il fault que a ce cas advisez
En regardant que cest que devisez
Peut vault celluy qui est acariastre. |
| ¶ Exemple. |
| [illustration] |
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205 |
IL fut ung empereur qui eut en sa fantasie de trou
ver ung bont et loyal serviteur & pour en recou
vrer ung ordonna et fit edit que ceulx qui voul=
droient estre a son service frapassent trois coups
a la porte de son palais affin quil fust adverty ce quilz vou=
loient, appetoient & scavoient faire. Or advint de cas for
tuit que il y eut ung povre homme pour lors appelle guido
lequel ayant la congnoissance de la loy & edit ordonne par
ledit empereur & en rememorant sa fortune dist telz motz
Je suis povre et destitue de tous biens mondains, de pa=
rente et lignee vile par quoy le plus expedient et meilleur
que je puisse faire est de servir & par mon service et labeur
acquerir biens & richesses que journellement vivre en ceste
povrete & indigence. A ce que dessus est dit se adventura ap
procher de la porte du palais et selon ledict & loy imperial=
le frappa trois coups contre ladicte porte du palais auquel son
le portier luy ouvrit la porte. Luy entre dedans se proster
na a deux genoulx devant lempereur le saluant qui le receut
amyablement et parla a luy en telle maniere. Mon amy
dy moy ce que tu demandes. Sa responce fut Estre en
vostre service si cest vostre plaisir. Lempereur luy deman
da quel service il luy pourroit faire. Sa responce fut quil
estoit experimente en six services. Le premier que il scavoit
bien garder la personne dunggrant prince, laver ses piedz
parer son lict & preparer viandes. Le second service que il
scavoit veiller quant les autres prenoient repos et dormir
et reposer quant les autres veilloient. Le tiers service que
il scavoit bien gouster vin et discerner mistions de vins
au goust. Le quatriesme quil congnoissoit & scavoit invi |
|
206 |
ter gens a quelque banquet a lhonneur de celluy qui fait le con
vy. Le cinquiesme service quil scavoit bien faire feu sans
fumee et eschauffer ceulx qui ont froit. Le sixiesme servi
ce quil scavoit bien adresser le bon chemin et serue voye
vers la terre saincte en telle facon quilz en retrouneront
en sante. Lempereur oyant ses responces luy dist. Tu es
digne de loyer, mais que tu faces ce que tu as dit par quoy
je te retiens pour lung de mes principaulxserviteurs.
Lempereur le voulut experimenter quant au premier point
qui estoit touchant la garde de son corps disant pour la
premiere annee quil auroit la garde de luy, ce que guido ac=
corda. La premiere nuyt para le lict, ly lava les pieds et
se coucha tout arme a lentree de luy ayant avecques luy
ung chien bien abbayant affin que ce quelcun venoit su=
bit quant il dormoit quil sesveillast pour labboy dudit chien
dont lempereur fut content et eu agreable ce premier ser
vice. Lan revolu lempereur le fist seneschal pour venir a
congnoistre son deuxiesme service. Guido se voyant en =
tel honneur tandis que leste dura ne cessa de assembler
biens et veiller nuyt et jour affin de faire provision pour
liver et quant liver fut venu et que les autres veilloient
pour gaigner leur vie il prenoit son repos, ainsi acomplit
son deuxiesme service Ce voyant lempereur layma tresfort
et se resjouyt davoir ung[1] tel serviteur, puis appella son es=
chancon auquel il commanda que on baillast audit guido dedans
une coupe dor du vin aigre, de tresbon vin & du moust cest
vin nouveau affin de experimenter son tiers service, ce qui fut
fait. Incontinent quil en eut gouste dit il fut bon il est bon, il se
ra bon cestadire le moust ou vin novueau sera bon, le bon vin |
|
|
207 |
est bon, et le vin aigre fut bon Ce voyant par lempereur
le vray jugement du vun mesle luy commanda aller par tout
son royaulme es villes et chasteaulx pour inviter tous ses
amys a ung banquet quil vouloit faire au jour de la nati=
vité de nostre seigneur qui se devoit festiver en brief temps
et estoit pour son quatriesme service. Guida se transporta
par les villes & chasteaulx et ne pria aucun des amys de
lempereur, mais tous ses ennemys y furent invitez tant
que le jour venu les ennemys de lempereur estoient en si
grande quantite que la salle en estoit quasi toute plaine.
Quant lempereur les vit il fut tout perturbe et appella
ledit guido disant. Je ne te avoye pas baille charge de in=
viter mes ennemys. A quoy guido fist responce. Tu as
tes amys touteffois que tu les veux mander. Je tay ame=
ne tes ennemys lesquelz par le moyen de lhonneur que tu
leur fais de les convyer a ton banquet devant que de partir
ilz seront tous tes amys, ce qui advint dont lempereur fut
plus resjouy que devant & dist Benoist soit nostre seigneur qui a
permis que tous ceulx qui souloient estre mes ennemis sont
au jourdhuy mes amys. En apres lempereur luy comman
da faire le cinquiesme service qui est faire du feu sans fu=
mee, ce quil fit, car en este mectoit le boys au soleil & le fai=
soit seicher en telle maniere que incontinent le feu se y prenoit
dont on se povoit chauffer sans fumee. Lempereur luy com=
manda faire le sixiesme service luy promectant donneur plu
sieurs richesses se il lacomplissoit Parquoy le voulant a=
complir fit faire edict par le commandement de lempereur que
ceulx qui vouldroient entreprendre le voyage pour aller a
la terre saincte fussent prestz et appareillez Plusieurs le |
|
208 |
suyvirent jusques au port de mer Et la venu leur monstra
ung roch sur lequel avoit ung nid doyseau leur disant que au
dit nid y avoit sept oeufz et ledit oyseau prenoit grande de=
lectacion & estoit sa nature telle que qyant la mer estoit doul
ce et transquille jamais ne partoit de son nid, mais elle se
enfloit par ventz impetueux incontinent qui en sortoit de=
hors en telle facon que ceulx qui pour lors espoient sur mer
estoient peris et noyez en la mer. Les assistans luy deman
derent comment il pourroit congnoistre si loyseau estoit en
son nid ou non, ausquelz guido fit responce que jamais ledit
oyseau ne laissoit son nid si se nestoit par ung autre oyseau
cruel qui ne taschoit que a luy casser ses oeufz & gaster son
nid. Les voyagiers luy demanderent comme il estoit possi
ble garder que ledit mauvais oyseau ne grevast celluy qui
estoit en son nid. Sa responce fut que le mauvais oyseau ne
hayoit chose au monde plus que le sang dung aigneau et quil
estoit requis en asperger ou enrouser ledit nid affin de
garder ledit mauvais oyseau den approcher, ce quilz firent
Et par ce moyen allerent et retournerent sains & sauves
en la terre saincte. Ces choses voyant lempereur et la pru
dence dudit guido luy fit biens innumerables.
|
| ¶ Fantasie et application a lhistoire precedente. |
PAr cest empereur on peult entendre et figurer
dieu noste pere createur qui a ordonne que qui
heurteroit trois coups a la porte de leglise mi=
litante, cest a dire par oraison, jeusne & aulmos
ne quil seroit agreable a dieu et par consequent auroit le sou:
verain bien qui est la vie eternelle. Par guido povre home |
|
209 |
on peult signifier tout homme yssant du ventre de sa mere,
car on napporte nulz bien en ce monde et si tost que lhome
est ne en recevant le sacrement de baptesme il promect a
dieu faire six services agreables. Par le premier qui est gar
der le corps de son seigneur tout arme se peult entendre que
qui veult estre serviteur de dieu doit estre arme des armes
de vertu affin que nulle temptacion nentre en la chambre de
son cueur pour faire quelque offence a son seigneur et est
requis avoir ung chien qui se peult entendre bonne conscience
qui murmure contre les vices & aussi quil prepare bien le
lict de son cueur par œuvres de misericorde et change les
draps, cest assavoir les vices en vertus par contriction de
cueur, laver aussi deux fois les piedz a son maistre se peult
entendre plorer ses pechez & avoir de son meffait confession
contriction & satiffaction. Le second service est que nous avons
promis veiller en bonnes œuvres quant les autres sendor=
ment a leursp echez. Par le jugement du vin aigre mesle
avec bon vin & moust se peult entendre que mort endurer et
souffrir martire & penitence a este bonne chose aux sainctz et
sainctes qui ont vescu en ce monde. Par le bon vin est enten
du que les martirs boivent doulx breuvage au ciel et par le
moust que on aura joye inestimable quant le corps et lame
seront joinctz & unis ensemble au jour du jugement. Le
quatriesme qui est inviter les hommes au banquet de son
maistre Et a ce que guido y a invite ses ennemys se doit
entendre que lhomme vertueux doit inviter
les igno=
rans & ceulx qui sont pecheurs a lenconte de dieu a bon=
nes œuvres et a delissaire leur peche. Le cinquiesme ser=
vice qui est de faire du feu sans fumee peult estre entendu |
|
210 |
que qui veult parvenir au royaulme celestiel il est requis
navoir aucune fumee de hayne ne rancune en son cueur a
lencontre de son prochain. Le sixiesme service cest quil fault
enseigner la voye de la terre saincte qui se peult entendre
vers le ciel Et qui y veult pretendre il fault passer par la
mer qui se peult entendre ce monde. Par le roch qui est au meil
lieu de la mer se peult entendre
le corps humain, et par le nid
le cueur de lhomme, par loyseau le sainct esprit qui y reside par
vertu de baptesme, par les sept oeufz les sept dons du sainct
esprit, lequel pourveu quil reside continuellement dedans le
nid, cest assavoir dedans lecueur on pourra facillement pas
ser a la terre saincte que prenons pour la vie eternelle Et
qui veult avoir tousjours le sainct esprit en son cueur le
doit asperger du sang de laigneau, cest assavoir davoir
continuelle memoire et recordation en nostre cueur de la
passion de jesus, & se ainsi le faisons loyseau contraire, cest
assavoir le dyable denfer ne nous pourra garder de parve=
nir a la terre saincte qui est la gloire de paradis. |
| ¶ De parfection de vie. |
CElluy requier avoir pugnicion
Qui rompt la loy par le prince establie
Car il la fait a bonne intencion
Au subgect nest bailler correction
A son seigneur, puissance a ennoblie
Ung estourdy qui cest loy oublie
Cuide que nul ne congnoisse son cas
Se contre droit quelque chose publie
Force luy est en la fin quil supplie
Aucunesfois nest requeste acomplie |
|
211 |
| Tousjours nest creu le conseil dadvocas. |
¶ Celluy saige est qui veult temporiser
Comme le temps peult venir le fault prendre
De soy cuider haulser, auctoriser
Par trop parler autruy scandaliser
Qui na pal fait, on en est a reprendre
Aucuneffois on veult trop entreprendre
Mais on se brusle en prenant chault trepie
On dit tel prent a qui fault le sien vendre
Mais quant il veult a bonne fin pretendre
Ung tel en parle et ne le scait entendre
On en scait pas ce que lasne a au pre. |
¶ Labourer fault qui veult vivre et manger
Ou autrement on nest digne de vivre
Par trop de biens souhaiter de legier
Plusieurs se sont mis en tresgrant danger
Si est requis conseil des bons ensuyvre
Dieu a baille a moyse certain livre
Ou sont escriptz tous ses commandemens
Observons les puis que en noz mains les livre
Car qui les rompt vault pire que ung homme yvre
Et a le cueur plus venimeux que cuyvre
Ou leaue croupit, ou que agus serremes. |
¶ Mais qui nous meult des choses enquerir
Que aucunement ne pevent aider ne nuyre
Nous ny povons nul honneur acquerir |
|
212 |
Se leaue cuidons amont faire courir
Cest tout abus, ne soleil de nuyt luyre
Le fol aussi vouloir le saige instruire
Ny a propos cest par trop entrepris
Laissons seigneurs en leur triumphe bruyre
Dames aussi resjouyr et deduyre
Pensons de nous bien reigler et conduyre
Ainsi de nul nous en serons repris. |
| ¶ Exemple. |
| [illustration] |
|
213 |
IL fut ung empreur qui eut en fantasie par le
conseil dung nigromancien ordonner telle loy
que uqi ne celebreroit tous les ans le jour de
la nativite de son filz, cestassavoir cesser de
toutes œuvres mecaniques le propre jour quil fut ne il
seroit mis a mort. Or est il ainsi que lempereur doubtoit
que aucun secretement ne fist contre son commandement et
ce voyant par ledit nygromancien fist une statue par art
magique qui disoit et reveloit a lempereur tous les maulx
et secretz pechez que on commettoit le jour quon devoit
festiver ladicte solennite. Et ainsi par laccusacion de ceste
statue plusieurs estoient condamnez a mourir. En ce
temps estoit en la cite ung forgeron nomme focus qui be
songna ce jour ainsi quil avoit fait les autres jours Et
quant il fut couche en son lict luy print une fantasie con=
siderant que plusieurs estoient accusez par ladicte statue
et puis mis a mort, par quoy se leva le plus matin quil
luy fut possible, alla devers ladicte statue et luy dist telles
parolles. O statue statue plusieurs meurent par toy a
cause de ton accusacion, je fais veu a mon dieu que si tu
me accuses je te romperay la teste, et incontinent ledit fo=
cus sen alla en sa maison faire sa besongne. Advint que lem
pereur ainsi quil avoit de coustume envoya devers ladi=
cte statue pour scavoir se quelcun avoit rompu son ordon=
nance. Les messagiers arriverent devers elle luy deman
dant sil y avoit homme qui eust contempne la loy establie
par lepereur ausquelz ladicte statue fist responce. Re=
gardez lescript qui est en mon front et puis en allez faire
le recit a vostre maistre. Les messagiers regarderent sur |
|
214 |
le front de ladicte statue et apperceurent manifestement
trois escripteaulx Au premier estoit escript. Tempora
mutantur Homines deteriorantur Qui voluerit verita=
tem dicere capit fractum habebit. Le premier escript est.
Tempora mutantur, cest a dire le temps se change. Le se
cond. Homines deteriorantur, les hommes empirent Le
tiers. Qui voluerit veritatem dicere caput fractum ha
bebit, cest a dire Celluy qui vouldra dire verite aura la
teste rompue. Incontient les messagiers firent le raport
a lempereur des escriptz preditz. Lempereur envoya que
rir ses chevaliers a qui il commanda estre armez et aller
devers ladicte statue senquerir qui estoit celluy qui avoit
contredit son edit, mesmes qui avoit menasse ladicte sta=
tue et que se il estoit trouve quil fust amene piedz et poings
liez par devers luy. Les chevaliers firent lecommande
ment de leur prince et seigneur Et quant ilz furent de=
vant la statue, ladvertirent comme lepereur vouloit quelle
leur monstrast ou advertist celluy qui par oultrecuidance
avoit contempne la loy & aussi qui la menassoit et que lem
pereur estoit delibere en faire cruelle pugnition La statue
leur dist. Prenez le forgeron focus, car cest celluy qui nuyt
et jour offence la loy et me menasse. Incontient ledit fo
cus fut prins & mene devant lempereur qui assez benigne
ment le radargua en disant. Mon amy pour quoy est ce que
tu viole la loy par moy ordonnee. La responce de focus fut tel
le. Moseigneur je ne puis garder la loy pource quil me convient a=
voir tous les jours huit deniers qe que je ne puis sans grande pei
ne, lempereur luy demanda pour quoy, focus sexcusa disant que par
chascun jour lui falloit rendre .ii. deniers qui avoit empruntez en |
|
215 |
sa jeunesse, aussi quil en prestoit deux autres, en perdoit deux
et en despendoit deux. Lempereur voulut estre informe
plus clerement touchant ce cas par quoy focus luy dist.
Monseigneur je suis tenu donner pour chascun jour deux
deniers a mon pere pour ce que durant ma jeunsse mon
pere les despendoit pour moy. Or est mon pere devenu
povre et vieil si ne le vueil laisser en necessite Mais luy
subvenir en son affaire congnoissant le bien quil ma fait
de me eslever jusques a ce que jaye eu puissance de gaigneur
ma vie. Les deux autres deniers je les preste a mon filz
que jentretiens a lestude affin que se daventure je deviens
vieil & povre comme mon pere mon filz face envers moy
ainsi que je fais a mon pere. Les deux autres de
niers je les pers Car pour entretenir & nourrir ma fem
me force mest les bailler et toutesfois elle est tousjours
dopinion contraire a la mienne, elle est plaine de sa propre
voulente, caulte & subtille envers moy par quoy je pers
ce que je luy baille. Les deux autres deniers jen metz une
partie en vestemens et lautre partie je les employe a boi=
re & manger, si ne scauroie faire plus chichement que je fais
Ainsi suis contraint besongner par chascun jour ou estre
en necessite. Lempereur fut content de ses excusations
et luy pardonna son meffait permettant quil besongnast
quant bon luy sembleroit loyallement ainsi qui avoit a=
coustume, mai peu de temps apres ledit imperateur se
acquita du tribut naturel. Adint que pour la prudence
dudit focus il fut esleu par les saiges a gouverner lem=
pire ou il se monstra vertueux et apres sa mort on mit sa
statue avec les autres statues des imperateurs et sur |
|
216 |
| le chief dicelle huit deniers pour perpetuelle memoire. |
| ¶ Exposition. |
PAr cest empereur povons fantasier le roy cele
ste qui a fait une loy qui violleroit le sab=
bat, cest pour le jourduy le jour du dimanche et
autres festes comme leglise la ordonne il mour
roit de mort, mais pour le temps de maintenant plusieurs
y a qui commettent plus de pechez aux jours solennelz
que a ceulx ou il est permis labourer et ouvrer. Telles
gens sont comparez au poisson de mer, car quant il fait
quelque frimas ou petite pluye et il seslieve ou saulte sur
leaue et est frape dielle pluye il est quasi hors mort & hors
dalaine jusques a ce quil se soit rassasie et ait reprins sa ver
tu et plaisance dedans leaue de la mer. Semblablement
les mondains qui sont en la mer de ce monde quant ilz sor=
tent ou saillent dehors de leurs besongnes pour aller a le
glise ouyr quelque messe ou seron il leur semble que ilz
ne sont pas bien a leur aise, mais en grande misere jusques
a ce quilz soient rassasiez des choses mondaines. Par le
magicien qui a fait la statue povons entendre le sainct es=
perit qui parle par la bouche des prescheurs pour nous
annoncer les vertus et reprendre noz pechez. A ce quil y a
escript sur la statue Le temps se change nous le povons
figurer par la primitive eglise, car ilz estoient plus promps
de vacquer a prieres et oraisons quilz ne sont au jourduy
La terre produisoit son fruict plus habondamment & les
elemens changent souvent de proprietez pour les pechez
des hommes. Le second est Les hommes empirent com |
|
217 |
me nous voyons clerement. Au temps ancien les gens
estoient plus devotz, aulmosniers & charitables quilz ne
sont pour le jourduy. Au tiers escript qui est Qui voul
dra dire verite il aura la teste rompue. Pour le jourduy
si ung prescheur veult desclairer les pechez des riches
et puissans il y aura plusieurs murmurateurs a lencon=
tre de luy et sera menace selon le dit de ysaye qui dit en
son trente ungiesme chapitre. Loquimini verba placen=
dita Cest a dire dictes motz plaisans et agreables, & pour
ceste cause dit lapostre. Il sera ung temps que verite
ne sera point soustenur pour la maison disrael. Par fo=
cus le forgeron povons entendre ung hcascun bon chre=
stien qui continuellement labeure en bonnes œuvres et
operations charitables et doit donner par chascun jour
deux deniers a son pere celeste Cest a dire amour et hon
neur. Amour pour ce quil nous a tant aymez quil a per=
mis son seul filz descendre du Ciel et pour noz pechez
souffrir villaine mort. Honneur pour ce que toutes cho
ses procedent de luy et sans luy nous en povons faire au
cun bein. Les deux deniers qu prestons a nostre filz est
celluy dont parle ysaye disant. Le petit enfant est ne
pour nous par quoy luy devons bailler deux deniers
pour chascun jour tandis que sommes en ceste mortelle
vie cest bonne voulente et bonne operation. Quant nous
serons povres au jour du jugement & que nous appa=
roistrons comme nuds il nous rendra les deux deniers
en la vie eternelle, comme il est escript. Vous prendrez
cent fois au double et aurez la vie eternelle. A ce que
nous perdons deux deniers que nous baillons a nostre |
|
218 |
femme on peult entendre nostre malheureuse chair laquelle
est chascun jour contraire a nostre esprit & se pevent enten
dre les deux deniers que luy daillons mauvaise & folle
voulente et mauvaise opperacion. Nous perdons ces
deux deniers cest a dire que nous serons pugnis de noz
meffaitz en ce monde cy ou en lautre. A ce que nous des=
pendons deux deniers sur nous mesmes chascun jour il
sentend que nous aymons dieu et nostre prochain comme
nous mesmes Si est requis exposer saignement les biens
quon acquiert qui veult parvenir a la joye eternelle. |
| ¶ Lacteur |
¶ Prenez en gre princes, seigneurs, prelatz
Joyeusement les fantasies predictes
En les faisant lacteur aprins soulas
Redaguez doulcement les redictes
Raison par tout dire ce mot nest las
En esperant a ses choses conduictes.
Gloire et honneur sont a gens congnoissans
Rememorans les œuvres quon a faictes
Il est requis avoir port des puissans
Nestre rebelle aux povres languissans
Grant ouvrier est qui fait choses parfaictes
Or je supplie a rethoriques testes
Remettre au neant faultes il est facille
En composant chascun nest pas virgille. |
| ¶ Raison par tout. |
| Finis. |
|