76r |
ction[1] divine a luy du ciel visiblement envoiee. quelles armes portez
vous & quelle enseigne fors celles que dieu vous a donnees aumoien de
quoy le bon roy clovis ne voulant estre ingrat de si grans benefi=
ces extirpa des gaules lerreur arrienne & chassa de ce pays de
poictou & de toute acquitaine les gotz & visgotz maculez de linfe
cte & detestable heresie de arrius. contemplez[2] aussi que luy & ses enfans
ont fait[3] construire & edifier eglises & monasteres donne terres et
possessions pour substanter & nourrir les chevaliers de jesucrist.
je pensois au commancement de voz renes que par imitation paternelle
feriez aussi bien ou mieulx que ceulx ausquelz avez succede dautant que
voz liberalitez sestoient extenduez jusques a[4] la perfection de la structu
re & dotation du vostre moanstere ou quel je suis a present renclose
mais ambition qui plusieurs mortelz hommes a soubmis a veliennie
& laschete a compaignee davarice, ont perverty voz cueurs & no=
bles voluntez & suscite entre vous qui estes freres oncles & nepveuz
une envie & indignation si tresgrande que par voz guerres civiles & inte
stines discors les extrangiers vous despoileront de voz royaumes
& seigneuries & perdrez soudain & pour peu de chose ce qui par si grant
travaulx & longues annees a tant couste a conquerir. regardez mes
sieurs aux grans & enormes crimes axces & violences commises
en voz terres & sur vos subgectz ausquelz devez donner secours fil
les & femmes sont violees eglises pillees bruslees & prophanees
citez destruictes chasteaux abatuz villages razez & tout mis a
lhabandon de voz soudars & minstres qui a leurs freres crestiens
sont plus cruelz que ne seroient les infidelles on ne vous devroit nom
mer roys mais tirans & dissipateurs puis que en leiu de sublever
le peuple & le tenir en liberte vous le grevez & chargez de insup=
portables[5] faix. vous deussiez reverre les prestres & gens de religion
& vous les contempnez & vilipendez vous deussiez augmenter les biens de
leglise & vous les diminuez & dissipes comme depredateurs il[6] semble que
navez foy ne loy. penses voz point que dieu est sur vous & que sil luy pla
ist cous pourra soudain adnichiler voire toutes les autres creatures |
|
[1] Les deux derniers mots soudés.
[2] conteplez.
[3] Les deux derniers mots soudés.
[4] Les deux derniers mots soudés.
[5] N inversé.
[6] Les deux derniers mots soudés. |
|
76v |
vous est il advis que les crimes & delitz commis par vous ou soubz
vostre auctorite demeurent impuniz & que nen ayez le loier tel quil
appartient sachez pour certain que lire divine est lente & longue a
vanger son injure mais cest pour la[7] longueur & continuation des
pechez compenser par gravite de peine Et pource messieurs que par
obligation naturelle & civille je suis tenue vous reco(mpenser des
groz benefices que mavez par cy davant faitz, ne voulant estre in=
grate vous ay bien voulu admonnester on nom de dieu le trespuis=
sant par ceste epistre quil vous plaise laisser & habandonner tou=
tes ces ambicions & desordonnees voluntez davoir & occuper les
terres & seigneuries lun de lautre & que vivez ladvenir concorda=
blement & fraternellement ainsi que vous estez tenuz faire Autre
ment je vous foiz savoir que peu dureront voz regnes & que brief
ves seront voz vies. Car voz pechez vous accusent davant dieu
et seront tousjours contre vous jusques ace que griefve et horible
pugnicion vous ait soubmis au lieu deternelle dannation & per=
petuel reproche, que dieu ne veille mais vous donner grace de le
recongnoistre & ne le congnoissant de lamer reverer & servir pour
avoir finablement son eternel regne. Amen. |
Commant le roy sigibert fut occis & semblablement
theodobert filz du roy chilperic et commant sainct fortu
ne vinst en france & fut evesque de poictiers chappitre. iiij. |
SAincte radegonde envoia son epistre aux roys chilpe=
ric sigibert & goutran freres semblablement a theodo=
bert & meronee enfant dudit chilperic lesquelz nen tindrent
grant compte fors le roy sigibert qui amoit singulierement ladite sain
cte & luy faisoit de grans biens & aumoien de ladite epistre delibe
ra de se reconcillier avec ses freres & nepveuz & sen mist en loy
al devoir mais ilz ny voulurent lors entendre. En ce temps sainct
fortune natif de ravenne laissa litalie & vinst en france & parce quil
estoit grant orateur en prose & metre & aussi quil vivoit sainctement
et religieusement le roy sigibert le retinst de sa maison & luy don |
|
|
77r |
na gages ou pension pour son entretienement et feit ledit sainct
fortune la cronicque dudit sigibert en mettre & aussi plusieurs bel
les epistolles adroissans a saincte radegonde lors religieuse com
me jay veu en aucunes de ses euvres qui sont en la librairie de
leglise collegial sainct hilaire legrant dudit poictiers & de puis
fut evesque dudit lieu & apres son trespas aumoien[8] des grans mira
cles[9] que dieu feit par ses merites & a sa requeste & aussi pour la sain=
ctete de sa vie fut mis on cathalogue des saincts & nen parle sans
cause car cest celuy qui a escript la vie de sainct hilaire & aussi cel
le de saincte radegonde de laquelle il a peu[10] parler comme scavant parce quil
estoit de son temps. Pour retourner[11] au propos le roy sigibert qui
estoit bon de sa nature ne demandoit que paix & a la requeste de
saincte radegonde feit de beaux offres au roy chilperic & thoedo
bert son filz qui ne le voulurent accepter mais en lieu de pacifi=
cation droisserent une grosse armee contre sigibert lequel de ce ad=
verty assembla grant compaignee de alemans nomez sueves & alla
jusques pres paris faire guerre a chilperic qui envoia ambassades
de payx audavant de larmee de sigibert & feirent certain appoin=
tement que peu dura car ung an apres chilperic & goutran freres
feirent ralience ensemble pour faire guerre a sigibert leur frere
et le destruire. Aquoy il obvia car avec grant nombre de sesditz ale=
mans il leur presenta journee & envoia godegesille et ung autre
capitaine faire guerre a theodobert qui lors estoit[12] en touraine dont
il fut chasse jusques on pais dengoulmois & illec occis & son corps
inhume en la ville dengoulesme qui fut selon la cronicque dudit sigi=
bert lan de nostre salut cinq cens soixante dixhuit y onquel an chil
peric de ce adverty & que goutran son frere non obstant leur alian=
ce avoit quelque intellegence avec le roy sigibert luyr fredegonde sa
femme & leurs enfans retirerent en la ville de rouan ou sigibert
les voulut aller assallir & luy estant avec ses gendarmes en son
ost davant vitry. ladite fredegonde qui estoit la plus malicieuse fem=
me du monde lenvoia tradicieusement occire par deux hardiz foulz |
|
[8] Les deux derniers mots soudés.
[9] Les deux derniers mots soudés.
[10] Les deux derniers mots soudés.
[11] N inversé.
[12] Les deux derniers mots soudés. |
|
77v |
qui furent sur le champ mis en cent mille pieces. le corps du roy
sigibert fut ensepulture en leglise sainct medart de soissons quil
avoit parachevee de ediffier & doter il navoit que quarante ans & re
gna quatorze ans selon lesditz historiens et dit landulphe en sa cro
nicque & aussi faciculus temporum que ledit sigibert fut grant aumosni
er & homme piteux & charitable tellement que luy & sainct germain
(qui fut evesque de paris duquel nous avons dessus parle) sestudioi=
ent & qui feroit plus de aumosnes. les alemains qui estoient avec ledit
sigibert se retirerent en leur pais & sappelloient suaves ilz estoient
deslors bons francois comme sont encores leurs successeurs que nous
appellons encesquenetz qui sont dudit pays de suave. |
¶ Selon la computation dudit sainct gregoire on dernier .chappitre.
dudit quart livre ou il parle de la mort dudit sigibert. Depuis
lan de nostre salut jusques[13] au trespas de sainct. Martin arce
vesque de tours y eut quatre cens douze ans de puis le trespas
dudit sainct martin jusques a la mort[14] du roy clovis cent deux ans
depuis le trespas du roy clovis jusques a la mort de theodobert
le premier qui fut filz de theodoric & nepveu du feu roy clotaire
y eut trente sept ans et depuis la mort dudit theodobert jusques a
la mort dudit sigibert trente neuf ans qui sont en tout cinq cens qua=
tre vingtz ans & parce mourut ledit sigibert douze ans avant sain=
cte radegonde laquelle deceda lan cinq cens quatre vingtz douze com=
me nous verrons dieu aidant cy apres Et ne saccorde ladite compu
tation dudit sainct gregoire. a ladite cronique de sigibert par laquelle
appert que ledit roy sigibert deceda xiiij. ans apres son pere clotai=
re qui fut lan v.c.lxxviij et xiiii. ans avant le trespas de .saincte. radegonde |
Commant childebert filz du roy sigibert fut couronne roy es
terres de son pere en laage dun an & commant meronee filz
du roy chilperic se feit mectre a mort Chappitre. v. |
LE roy sigibert apres son trespas laisse brunechilde sa
vefve & ung sien filz nome childebert qui avoit lors ung an ou
environ lequel par le conseil de sa mere fut prins & desro |
|
[13] 2e U inversé.
[14] Les deux derniers mots soudés. |
|
78r |
be au roy chilperic par goudouault gouverneur du pais de poic=
tou & conronne roy es terres dudit sigibert son pere le jour de novel
dudit an. encontinant apres chilperic feit prendre brunchilde avec la
pluspart de ses tresors & lenvoia en exil a rouen & touhant ses filles
les feit tenir come prisonieres a meaux come il est escript on i. chappitre.
du v. livre. de la cronique. dudit .sainct. gregoire. De ce adverty meronee filz du roy
chilperic qui fut surprins de lamour de brunchilde sa tante se depar=
tit de poictiers ou il estoit alle faire guerre par le commandement de son=
dit pere & faignant aller veoir fredegonde sa mere se transporta se
cretement a rouen ou il espousa ladite brunechilde Le roy chilperic
le sceut qui en fut fort desplaisant & delibera luy faire desplaisir
aumoien de quoy se retira on monastere sainct martin de tours avec[15]
brunechilde dont il sortit par composition & se rendit a la mercy de son
pere qui de puis le contraignit prendre ung des ordres de prestre en ung
monastere du mans dont il sortit & se rendit de rechief ondit mona=
stere sainct martin de tours onquel ledit chilperic son pere lassiega &
voiant meronee quon vouloit brusler ledit monastere sil nen sortit
trouva moien devader secretement & se retira on pais de champai=
gne ou il fut par quelque temps jusque ace que son pere le feit tradicieusement
prendre a lexortation & priere de fredegonde & doubtant tumber entre
ses mains se feit mectre a mort en ung petit village ou il sejour
noit par ung sien serviteur nomme gailenus selon ledit .saint. gregoire. es. xiiii.
&. xviii chappitre. de son. v. livre. ou il dit davantage que selon le rapport daucuns
ledit meronee ne se feit occire mais le feit mectre amort secrete=
ment la cruelle royne fredegonde & ainsi la escript gaguin. en sa[16] cronicque.
Certain temps par apres tous les autres enfans de chilperic & de ladite
fredegonde son espouse moururent & ne demoura plus que clodovee
filz dudit chilperic & de audouere sa premiere femme lequel clodovee
fredegonde feit mourir en ses prisons comme il est escript on xxxix
chappitre dudit. v. livre dudit sainct gregoire. |
Commant seur disciolle qui avoit este servante de .saincte. radegonde alla
de vie a trespas & ladvision advenue a une autre religieu
se du monastere saincte croix de poictiers. Chappitre. vi. |
|
[15] Les deux derniers mots soudés.
[16] Les deux derniers mots soudés. |
|
78v |
IL est[17] escript on xxix. chappitre du vi. livre de ladicte
cronicque sainct gregoire que lan onquel lambassa
de du roy chilperic retourna despaigne qui fut lan de
nostre salut cinq cens. iiii. xxI & ci. et six ans davant
le trespas de saincte radegonde. une des religieuses du mona=
stere saincte croix de poictiers nommee disciolle qui estoit me=
re de sainct silvain lors evesque dalby. et qui avoit este servante de
saincte radegonde fut griefvement mallade au lict de la mort &
que le jour quelle trespassa environ lheure de nonne pria aux re
ligieuses qui la servoient en sa malladie se retirer de la cham
bre & leur dist quelle vouloit reposer et ne sentoit plus de[18] mal par
quoy sortirent hors. et tantost apres y retournerent. en pa presence des=
quelles disciolle extendit les mains & demanda la benediction a
quelqun quelle ne nomma en disant. O benoist sainct & serviteur
du treshault dieu donne moy ta bendiction. voicy ja la tierce foiz
de ce jourduy que tu as eu peine pour moy. helas pourquoy sou
stiens tu tant dinjures pour une si petite & pauvre femme. les
religieuses furent esbayes doyr telles parolles parce quelle ne vei
rent homme & ne savoient a qui disciolle parloit. Si linterrogerent
a quel sainct elle dirigeoit les parolles[19] . Mais elle ne leur feit
response aucune & perdit le parler, & bien tost apres fit ung hault cry.
et en riant rendit lesprit a dieu. En leglise dudit monastere estoit
ung demoniacle quon avoit illec amene a la vraye croix pour
avoir guerison. lequel par permission divine a lheure que disciol=
le trespassa se gecta contre terre. & le diable qui estoit en son corps
commanca a parler par son organne & dire. ha, ha, ha quel dommage
nous soustenons autmoins quil eust este permis senquerir des cau
ses & puisquon eust ouste ceste de nostre puissance. si fut conjure
le diable de clairer quil entendoit par ses parolles. & il feit re=
sponce que lame de disciolle avoit este prinse par sainct michel & por=
tee en paradis & que le prince denfer ny avoit rein : dont toutes les religieu
ses[20] furent tresjoyeuses & a la priere & requeste de saincte radegonde |
|
[17] Les deux derniers mots soudés.
[18] Les deux derniers mots soudés.
[19] Les deux derniers mots soudés.
[20] Les deux derniers mots soudés. |
|
79r |
le corps de disciolle qui est saincte en paradis fut[21] ensevely en le
glise de nostre dame qui lors estoit hors des murs de ladite ville
de poictiers : et de present est a lung des coustez du tumbeau ou est le
corps de saincte radegonde et de lautre couste est le corps sain=
cte. Agnes sa servante qui fut semblablement Abbesse dudit
monastere saincte croix. Et est a conjecturer que apres ladite sain=
cte agnes richilde fut abbesse et apres ladite richilde une bonne et
devote religieuse nomme lembouere qui fut bien obeie tant que
vesquit saincte radegonde. mais apres son deces eu plusieurs
grans adversitez comme nous verrons cy apres. |
¶ Ondit an cinq cens quatre cingtz & six ainsi quil est conte
nu ondit xxix. chappitre du sixiesme livre de la cronicque dudict
sainct gregoire y eut une autre religieuse ondit manastere de la
quelle nay peu savoir le nom : qui eut vision que en allant a la
fontainne de vie ou elle avoit desir aller, trouva ung homme mer
veilleusement beau qui la conduisit. Et que lors quilz furent a
ladite fontaine leaue de laquelle resplandissoit comme fin argent
ainsi que par le commandement de cest homme vouloit boire de ladite
eaue, survint une abbesse qui luy feit laisser les vestemens quelle
portoit. & la vestit dune robbe royalle qui tant estoit chargee dor
et pierres precieuses que a peine on la povoit vestir en luy disant
ma fille ton espoux tenvoie ce don. Apres ceste vision la bonne
religieuse feit tant envers son abbesse quelle fut renclose en une
cellule, ou elle fut mise solennellement avecques hymnes & pseaul
mes par saincte radegonde les autres religieuses & leur abbesse
Et quant elle fut a lentree de sa cellule apres avoir eu prins con=
ge de toutes ses seurs quelle baisa, entra dedans & fut lentree incon
tinant close & muraillee Et ne demoura aucune ouverture fors
une petite fenestre par laquelle on luy administroit son boire &
manger qui fut deslors enavant de pain & deaue seulement. Car
dautres viandes ne voulut depuis user. par quoy apres avoir
par long temps vescu en telle austerite de vie trespassa glorieuse |
|
| [21] Les deux derniers mots soudés. |
|
79v |
| ment & fut son ame colloquee avec les autres saincts en paradis.[22] |
Commant lan que le roy chilperic deceda voulut retirer
du monastere saincte croix une sienne fille nommee
basine lors religieuse. Chappitre. vii.
|
CInq ans avant le trespas de saincte radegonde & lan
de nostre salut cinq cens. iiii.xx. & sept Theodoric filz
du roy chilperic que la royne fredegonde avait eu de=
puis le trespas de ses autres enfans mourut en la ville de pa
ris en laage dung an, dont fut fait grant[23] dueil par chilperic jacoit
ce que fredegonde fust ensainte dung autre enfant. & craignant
mourir sans hoir[24] procree de sa chair sefforca retirer du monaste
re saincte croix une sienne fille nommee basine qui sestoit ren
due religieuse & estoit professe ondit monastere. Et pource faire
envoia a poictiers aucuns de es gens qui parlerent a basine la
quelle ne voulut laisser lhabit ne lobservance de religion pour ren
trer au monde Et feit response aux messagiers du roy son pere
que leur plaisir fust dire quil ne seroit bon convenable ne loua
ble a une pucelle a dieu dediee, de retourner de rechief aux vo
luptez mondaines. ladite response fut faicte a chilperic qui leut agre
able come il est escript on xxxiiij. chappitre du vi. livre de ladite cronicque
sainct gregoire Tantost apres la royne fredegonde acoucha dun
beau filz nommme clotaire. Et lors quil eu quattre mois sur la fin
dudit an cinq cens quattre xx. & sept ainsi que le roy chilperic ve
nant de la chasse descendoit de cheval lung de ses gens & servi
teurs qui estoit seul avecques luy le mist a mort de deux coups
despee lun sougz lesselle & lautre dedans le ventre Son corps fut en
sevely en leglise sainct vincent quon appelle a present sainct germain
des prez pres & joingnant la ville de paris. De la cruelle vie du
roy Chilperic & de sa maleureuse mort il est ou long escript on
denier chappitre. du vi. livre. de ladite cronique. sainct. gregoire. & aussi en la cronicque de
gaguyn quant il partle dudit Chilperic. |
Commant le roy gontran comme tuteur de clotaire le second |
|
[22] Point haut ou point bas inversé.
[23] Les deux derniers mots soudés.
[24] Les deux derniers mots soudés. |
|
80r |
fut regent en france & feit guerre au poictevins & turange=
aux. & commant ung nomme goudouault supposa conre veri
te estre filz du roy clotaire le premier. Chappitre. viii. |
|
INcontinant apres le trespas du roy chilperic fredegon=
de se retira en la ville de paris avec plusieurs grans
tresors & se ralia du roy goutran qui print la tutelle de
son filz clotaire & la regence de son royaume. Et en ce tiltre & qua
lite envoia prendre possession de plusieurs villes citez & chasteaux
& mesmement de tours & poictiers. ou il y eut grosse tuerie. Car
les turangeaux & poictevins qui tenoient le party du roy childebert
se defendirent & diceulx fut occis grant nombre & plusieurs mai=
sons mises a feu & sang come il est escript on vij. livre de la cronicque.
dudit sainct gregoire. Saincte radegonde qui lors estoi dancien aage ny
peut donner provision car les habitans & levesque de poictiers nom
me maroneus duquel nous avons dessus parle ne la voulurent croi
re. Touteffoiz tant feit par doulces lettres & admonitions quelle pa=
cifia quelque peu de temps le roy goutran. & jusques a ce que les
poictevins par le conseil dudit evesque maroneus (qui estoit homme de
hault cueur & grant courage) eulx revoleterent contre goutran. Le
quel a ceste cause envoia audit poictiers grant quantite de gensdar
mes qui mectoient tout a feu & a sang. Quoy voiant les poicte=
vins laisserent le conseil de levesque maroneus & feirent ouverture de
leur ville a larmee du roy goutran moieen ce que leur rebelion fut
remise & pardonnee & non audit evesque maroneus que les gesdarmes
voulurent occire. mais il se saulva par grans dons quil[25] leur feit des
vaisseaux dor de son eglise quil leur eslargit et dispersa |
gregorius. |
En ce temps se esleva ung nomme goudouault homme incon=
gneu qui contre verite se disoit estre filz du feu roy clotaire pre=
mier de ce nom. Et soubz umbre de ce prinst aliance avecques plu
sieurs[26] princes & seigneurs qui estoient en la malveillance du roy gon
tran. contre lequel ledit goudouault feitp lusieurs surprinses on pais
dauvergne qui tousjours estoit rebelle au roy de paris. Et feit
tant quil sapprocha de la ville de poictiers. |
|
|
[25] Les deux derniers mots soudés.
[26] Les deux derniers mots soudés. |
|
80v |
Laquelle il voulut prendre. Mais les poictevins le chasserent
rudement occirent & prindrent plusieurs de ses gens comme il est
escript on xxviij. chappitre du viij. livre de ladite cronicque sainct
gregoire. Bien peu de[7] temps dura ledit goudouault car par
la trahison de deux ou[28] trois evesques qui le soustenoient en ceste
faulse querelle fut prins & mis amort & semblablement ceulx qui
lavoient trahy & livre par les gens du roy goutran comme il
est contenu on xxviiij. chappitre dudit livre. Et par ce qui est es=
cript sy dessus povons veoir & congnoistre que ce nest chose nou
velle[29] si les evesques ont le maniment des royaumes et choses
temporelles. |
Commant saincte radegonde alla de vie a
trespas en son monastere de poictiers et en
mesme heure sainct junian deceda. Chappitre. IX |
NOus avons sommairement veu cy davant de ce qui
fut fait en france mesmement en poictou durant le vi
vant de saincte radegonde. Laquelle des ce quelle fut
recluse neut aucune communication[30] avec ses princes ne autres
hommes et vesquit en lobservance de sa religion par grant auste
rite pennalite & an la forme & maniere quil a este dit on quart
livre. Et elle advertie du jour de son trespas quelle avoit sceu
par la vision dont a este parle au premier chappitre de ce quart
livre et quelque peu de temps avant quelle fut mallade de la mal=
ladie dont elle deceda voulant pourveoir a son monastere se
transporta vers son abbesse et la pria & upplia treshumblement[31]
assembler les religieuses on chappitre du monastere pour leur
dire queque chose quel avoit sur le cueur. Ce que feit ladite abbesse
Et en la presence de toutes dist les parolles qui sensuivent. Mes
seurs en dieu vous congnoissez toutes ma vieillesse & que chose
naturelle est de mourir une foiz jay par la grace de dieu tant
fait envers les roy & princes que vous avez monastere prope &
biens suffisans pour vivre & en vivant servir dieu jour et nuyt |
|
[27] Les deux derniers mots soudés.
[28] U inversé.
[29] U inversé.
[30] U inversé.
[31] treshumblment. |
|
81r |
ainsi que vous avez tresbien commance et continue jusques apresent
& croy que la pluspart de vous sont contantes de cest estat mais aucu
nes en ont murmure & se sont reppenties davoir bien fait dieu par
sa grace les vueille amander & donner vouloir de par achever leur
vie en la vocation quelles ont liberallement prise je vous declaire
mes surs & mayes que peu vivray avecques vous et que vieillesse
me contraindra en brief vous laisser dont aucunes se resjoyront
mais tresmal leur en aviendra car par legerete de pensee y aura
grosse division entre vous si ne humiliez vos superbes courages je
parle aux orguilleuses qui regretent les richesses mondaines les pri
ant & aussi toute la compaignie que vous humiliez[32] voz cueurs envers dieu[33]
& le priez devotement quil vous garde de discorde mes seurs & bien
amees compaignes vous savez les previleges a vous donnez par
les evesques de france contenuz par une mienne epistolle qui est signee
et autentiquee de plusieurs evesques je vous suplie que acom=
plissez le contenu en icelle & que ladite epistolle soit gardee pour per
petuel memoire on tresor de vostre eglise. Car elle vous sera
tresnecessaire pour presenter a aucuns perturbateurs qui en ladvenir
vous troubleront et brouilleront[34] en voz privilleges je vous prie davan
tage que vous soiez obeissantes a vostre abbesse que vous aiez amour
et dilection lune a lautre & que pour lamour de nostre espoux jesu
crist vous envoiz les molestes corporez de religion bien observee,
vous avez vostre reigle par escript gardez vous bien de lenfrain
dre. Labbesse & toutes les religieuses quequessoit la plusgrant part
quant elles ouyrent[35] ainsi parler saincte radegonde qui fort estoit ga
stee tant oar vieillesse car elle avoit soixante dixsept ans ou plus
que pour les grans tormans quelle avoit a son corps donnez &
que la voix luy trembloit et semblablement tous ses membres
commancerent aplorer, & ne sceurent que luy respondre fors la re
mercier des grans biens quelle leur avoit faiz & luy feirent pro
messe de faire acomplir tout ce quelle leur avoit dit. |
| ¶ Et a tant se despartirent du chappitre et checune se retira |
|
[32] huimliez.
[33] Les trois derniers mots soudés.
[34] brouillont.
[35] Les deux derniers mots soudés. |
|
81v |
a sa cellule deux ou troys jours apres saincte radegonde tumba
au lict mallade & congnoissant que sa malladie estoit le deffine
ment de sa vie temporelle se feit savoir a labbesse et a toutes les
religieuses qui la furent visiter et consoller et feirent de grans
diligences de luy preparer remedes a medicines dont elle ne vou
lut prendre car bien savoit que leure de son[36] trespas estoit venue &
quant toutes furent ensemble en la chambre[37] ou ladite saincte estoit
couchee non sur ung moul lict mais sur la cendre apres avoir re=
ceu les sacremens de confession communion & extreme unction leurs
dist trente cinq ans a ou environ que par la grace & volunte de
dieu jay[38] prins habit de religion & vingt cinq ans a que jay demou
re recluse avecques mes trescheres & bien amees seurs sans di=
vision aucune dont je remercie dieu Touteffoiz je scay que par hu
maine fragillite on commect souvent des faultes quon ne cuide
faire. A ceste cause vous prie savoir est vous mon abbesse tres=
humblement & vous mes seurs ses filles que pour la reverence de
nostre redempteur jhesus qui pria pour ses persecuteurs en la
croix quil vous plaise me pardonner les offences que je vous
puis par ignorance ou autrement avoir faictes. Et
vous prie aussi et conjure en la vertuz diceulx nostre saulveur
que vous gardez la reigle a vous envoiee par saincte cesare
tout ainsi que par la grace de dieu vous avez commance faire &
que ne vueillez contrevenir a lepistolle de voz previleges que[39] je
laisse on coffre du tresor de vostre monastere. Et affin que
ne tumbez on vice de ingratitude et que ne perdez le merite de
prendre et recevoir aulmosnes Vous suplie davantage que priez
pour la redemption des ames du feu roy clotaire et de sigibert
son filz, et pour le salut et prosperite de ses autres enfans en=
cores vivans & de tous voz autres bienffacteurs sans me mec
tre en oubliance.
Mes seurs & amies jay longuement este en ce mortel & misera
ble monde ou par laide de dieu jay passe de grans perilz & dange |
|
[36] fon.
[37] Les deux derniers mots soudés.
[38] Les deux derniers mots soudés.
[39] Les deux derniers mots soudés. |
|
82r |
reux passages & mesmement[40] durant le temps que[41] je me suis avec les
mondains tenue. dieu ne veult plus me laisser en ceste misere
ains me veult appeler avec luy. Et a ceste cause prens conge
de vous car plus ne vous tiendre compaignee corporelle. Tou=
teffoiz vous prie que soiez tousjours avec moy spirituellement
et par memoire etquant lame sera de mon corps separee je vous
prie faire savoir mon tespas au bon abbe junian car ainsi luy
ay promis & surce messeurs & amies vous recommande a dieu |
¶ Incontinant que saincte radegonde eut mis fin a ses amou
reuses parolles apres avoir dit in manus tuas domine commando
spiritum meum sans tirer piedz ne mains rendit adieu son ame |
¶ Qui fut le. viii. jour du moys daoust Lan. xiiij. du roy chil=
debert qui tenoit son principal siege a poictiers et aucuneffoiz
a tours selon la cronicque dudit sainct gregoire on second chappitre.
du ix. livre et lan de nostre salut cinq cens quatre vingts et .xii
Laquelle computation sacorde avec celle de la cronicque sigibert
dont mention est faicte cy dessus on tiers chappitre. de ce livre. |
¶ Labbesse et les religieuses qui avient entendu les gracieu=
ses remonstrances de saincte radegonde ne pensoient quelle fust
si pres de son trespas aumoien de quoy quant la voient ainsi doul
cement trespasser feirent toutes ensemble[42] ung si hault & mer
veilleux cry quon les ouyt de dehors du monastere. Et en plorant
et souspirant disoient par piteux & lamentables regretz. |
O bon & suverain dieu par quoy nous as tu prins & tollu nostre
mere nostre norrisse nostrre maistresse nostre confort nostre sup
port nostre consolation nostre apuy nostre esperance nostre fiance
nostre gloire nostre honneur nostre bien nostre defense & nostre
secours. O souveraine deite quelle grant offense avons
nous contre toy commise pour nous pugnir si rigoreusement
quel peche avons nous fait pour estre flagellees de si dure perse
cution. Helas quelle faulte avons nous perpetree pour estre
corrigees par la perte de la plusparfaicte. Dame du monde |
|
[40] mesment.
[41] Les deux derniers mots soudés.
[42] N inversé. |
|
82v |
sainct fortune baudoy=
ne |
doulx et amoureux jesus qui nous confortera qui nous consolera[43]
qui nous conduira : qui nous enseignera : qui nous nourira et en=
tretiendra. car par la griefve execution de ceste dure mort nous
avons perdu celle qui oncques ne nous laissa sans nourriture
sans doctrine sans bon exemple, & sans conduicte. dieu souverain
que navez vous permis si peche avons contre vostre divine maje
ste que toutes soions peries & mortes, et non celle qui en povoit
droisser dautres plus parfaictes & meilleures que nous helas saul
veur & redempteur jesus plusgrant maleur & perte ne nous povoit
advenir. Les doleances & lamentations desites religieuses & aussi
de leur abbesse furent pitiables & aouyr & leurs contenances ex
tranges a veoir. car comme a escript sainct fortune & semblable
ment ladite baudoyne. les aucunes se frappoient lestomac de poings :
& pierres comme femmes estans en desespoir. & les autres estoi=
ent de douleur si navrees que mot ne povoient dire ne proferer.
Le peuple de la ville de poictiers pauvres & riches hommes &
femmes clercs & laiz Lequelz trois ou quatre jours avant
avoient tousjours este en prieres & oraisons pour la sante & pros=
perite de saincte radegonde en faisant processions jusnes et au
tres sacrifices a dieu furent advertiz de son trespas duquel ne
feirent moindre deul que lesdit religieuses Et comme raconte ladite
baudoyne lors quon faisoit toutes ses complainctes certains pau=
vres hommes de bonne vie qui tiroient la pierre des haulx rochiers
estans pres les murailles de ladite ville de poictiers la riviere du
clain entre deux pour lediffice de leglise nostre dame que ladi
cte saincte faisoit faire par commandement et ordonnance dudit roy
clotaire ou fut son corps ensevely, eulx estans a la summite desditz
rochiers oyrent[44] en lair la voix dung ange qui disoit, que faictes
vous, laissez lame de ceste saincte dame en con corps, car encores
est necesaire pour le peuple & certaine grant quantite dautres
anges respondirent. elle est ja hors du corps nous la tenons & portons
en leternelle gloire laquelle par ses sainctes[45] euvres elle[46] a congrue |
|
[43] Les deux derniers mots soudés.
[44] Les deux derniers mots soudés.
[45] Les deux derniers mots soudés.
[46] Les deux derniers mots soudés. |
|
83r |
ment meritee et commancerent tous ensemble ung si tresdoulx
et amoureux chant que les pauvres macons pensoient estre en
paradis En ce mesme jour et heure que saincte radegonde tres
passa aussi feit le bon et sainct abbe junian duquel nous avons
dessus parle en son abbaie pres javarsay qui est de present en ruyne
mais avant que deceder en acomplissant la promesse que luy & ladite sain
cte avoient fait lun alautre de faire savoir leure de leur trespas
commanda a ses religieux que incontinent apres qui seroit decede
qu'on le mandast a saincte radegonde ce qui fut fait par messa=
gier expres Et autant en feirent lesdites abbesse et religieuses dudit
monastere saincte croix qui en avoient semblablement este char=
gees par ladite saincte[47] Et se rencontrerent les deux messagiers
qui bien se congnoissoient amoictie de chemin en ung lieu ou de
puis fut fonde ung prieure conventuel en lhonneur de ladite sain
cte appelle la troussaie en la parroisse de ceaux pres comhe a six[48]
lieues dudit poictiers si declairerent lun a lautre la cuase de leur
message puis retornerent dont ilz estoient venuz et fut le corps
dudit sainct junian miraculeusement ensevely en leglise de maire
ou de present ya chambre abbacial ainsi quil est au long tenu par
sa legende & depuis le corps a este translate en labbaie de nouail=
le qui est pres de poictiers du temps du roy loys de onaire filz
de charlemagne comme jay escript es epitaphes & annalles des[49]
roys francoys |
Commant saincte radegonde fut ensevelie en leglise de
nostre dame fondee par le roy clotaire ou de present son
corps repose & est appelle leglise saincte. radegonde. chappitre. x. |
LEs religieuses et abbesse dudit monastere saincte
croix apres leurs grans pleurs & lamentations fei
rent diligence de faire inhumer & ensepulturer hon
norablement le corps de saincte radegonde ainsi que
a son estat appartenoit tant a cause de ce quelle estoit descendue
de lignee royalle et avoit este royne de france que pour sa saincte |
|
[47] Les deux derniers mots soudés.
[48] Les deux derniers mots soudés.
[49] Les deux derniers mots soudés. |
|
83v |
te & grande vertuz et parce que maroneus lors evesque de poictiers
duquel nous avons dessus parle[50] nestoit lors en son diocese on feit
prontement savoir le trespas de ladite saincte audit sainct gregoi=
re lors arcevesque de tours lequel incontinant & sans demeure[51]
se tra(nsporta audit poictiers. Et ainsi que luy mesme a ecript bi
en elegamment on cent sixiesme chappitre du livre quil a compil=
le des confesseurs trouva ondit monastere saincte croix le corps
de ladite saincte en ung coffre & cercueil pource ordonne ou elle estoit
vestue de son habit de religion & par dessus de ung manteau de
veloux pers couvert de fleurs[52] de liz dor la couronne sur la te=
ste et le ceptre soubz ses piedz les mains joinctes & la face des=
couverte qui estoit blanche comme ung liz et les joues vermeil
les comme une roze de sorte que bien sembloit encores estre plaine
de vie autour de son corps estoient ledites abbesse & religieuses jus=
ques au nombre de deux cens toutes filles de princes et grans
seigneurs et si en avoit partie du sang royal de la maison de fran
ce. Et apres que ladite abbesse eut declaire audit arcevesque non sans
grant habundance de larmes la forme du deces de ladite saincte
avec une partie de sa saincte vie & conversation lesdites religieuses
ne peurent plus celler audit arcevesque ainsi quil recite ondit chap
pitre les mordentes douleurs & cruelles angoisses quelles avoient
sur leurs cueurs mais commancerent toutes a crier & se desconfor
ter par lamentations piteuses & lachrimables en disant, helas no
stre bonne mere & doulce nourrisse a qui laisses tu le gouvernement
de tes pauvres pupilles ou prendrons nous plus consolation doc
trine & confort que pourrons nous plus faire ne dire. nous avons
habandonne noz parenz noz biens terriens, noz pais & toute
felicite mondaine pour te suivir & aller apres toy, & tu nous lais=
ses a moictie de chemin en larmes en pleurs & en perpetuelle dou
leur. ce monastere nous estoit aumoien de ta presence plusplaisant
que les fors chasteaux riches palais du monde ta doctrine nous
estoit plus consolative & nourrissante que toutes les delices mon |
|
[50] Les deux derniers mots soudés.
[51] Les deux derniers mots soudés.
[52] Les deux derniers mots soudés. |
|
84r |
daines tu estois notre or, nostre argent noz vignes flories noz
maisons delectables noz pres verdoians & jardrins de delices
tu estois nostre roze tresrutilante & nostre liz blan. Et mainte=
nant la terre nous est toute tenebreuse noz delectations spiritu
elles sont tournees en amertume de cueur en pleurs souspirs
& greifves lamentations ce lieu qui nous estoit tout consolatif pour
ton absence nous sera une retraicte dangoisse trop maleureuses
summes destre apres toy demourees & eureuses sont qui toy vi=
vant sont decedees nous savons bien que tu es en paradis avecques
les vierges & marties colloquee qui dune part nous donne consolati
on mais trop nous est dure de penser que plus ne te verrons en ce
monde. |
¶ Voiant sainct gregoire ainsi lamenter ce pauvres religieu
ses[53] ne povoit temperer les larmes de ses yeulx. Et apres a
voir eu plore comme les autres se retourna vers ladite abbesse &
luy dist. Madame il se fault ung peu abstiner de ces pleurs[54]
& vous aussi mes filles les relgieuses & convient traicter des
choses que nous avons a faire. |
Nostre frere maronee evesque de ceste ville de poictiers est loing
dicy & ne peut assister a ce present obseque, advisez que nous fe
rons du corps de ceste noble & saincte dame il est tresnecessai=
re que vous gardez que par faulte de honnourable sepulture ne
soit faicte injure a si noble et precieux corps labbesse respondit
que ferons nous monsieur si levesque maronee ne vient, car le
lieu ordonne pour sa sepulture nest sacre ne benist. lors les bour
geois de ladit ville & autres gens de bien qui estoient venuz a
lobseque prierent sainct gregoire sacrer ledit[55] lieu en luy remon
stant que ledict evesque maronee nen seroit desplaissant mais
tresjoieux veue ladicte necessite. |
A ceste cause sainct gregoire sacra et dedia ledit lieu qui estoit
ung petit oratoire soubz terre et de present y est & repose son corps |
|
[53] Les deux derniers mots soudés.
[54] Les deux derniers mots soudés.
[55] dedit. |
|
84v |
Et la dedication faicte le corps de[56] ladite saincte qui gisoit en ung
coffre de boys embasme & aromatize fut porte ondit oratoire :
avecques prechans & respons ecclesiasticques par ledit sainct gregoire.
& tout le clerge dudit poictiers, desquelz on ne povoit entendre le
chant pour les grans criz pleurs & plainctes que faisoient lesdites
religieuses. lesquelles ne sortirent hors leur monastere pour la
conservation de leur veu & religion. car de puis quelles estoient
renfermees ondit monastere nen sortirent plus sans grant cau
se legitime et tresurgente & contraincte. mais elles estant aux
creneaux des murailles de ladite ville qui faisoient dung couste
la clousture didit monastere regardant sur ladite eglise nostre da
me ou fut ensevelie ladite saincte. Et au regard des prestres &
gens deglise plouroient comme les autres en maniere que a pei
ne povoient prononcer leurs anthenes & respons comme a escript
ledit sainct gregoire on chappitre. dessus allegue. Plusieurs grans
miracles furent faiz a lenterrement de ladite saincte comme a escript
sainct fortune. & entre autres ainsi[57] quon arresta le corps de ladite
saincte ala requeste desdites religieuses soubz la tour ou portal de
la ville joignant ladite abbaye ungpauvre aveugle qui navoit
onc veu trouva moien de toucher le cercueil de ladite saincte : et il
receut clere veue incotinant Or fut le corsp dicelle[58] saincte mis
en sa sepulture ainsi quelle avoit ordonne par ledit sainct gregoire
arcevesque de tours en absence de maroneus evesque[59] de poictiers
Mais ne voulut couvrir ladite sepulture & comme il tesmoigne
laissa ledit corps descouvert affin que ledit evesque maroneus par
achevast lidit obseque. et le service fait les femmes qui avoient
porte les cierges davant le corps les baillerent a aucuns des servi
teurs pour les extaindre & reporter, dont le peuple de ladite ville
murmura disant quilz devoient demourer ardans autour dice
luy corps, actendu sa dignite & sainctete. & en ce debat lung desditz
cierges se esleva sur tous les autres & sans aide ou mistere dau
cun vint tumber tout droit aux piedz dudit corps. Et y demoura |
|
[56] Les deux derniers mots soudés.
[57] Les deux derniers mots soudés.
[58] Les deux derniers mots soudés.
[59] Les deux derniers mots soudés. |
|
85r |
ardant. Dont graces furent a dieu rendues par ledit arcevesque
Lequel apres toutes ces choses retourna ondit monastere. Ou
labbesse acompaignee de plusieurs religieuses luy[60] monstra les
lieux ou ladite saincte faisoit toutes ses bonnes operations. & luy
disoit en plourant voicy la cellule de nostre bonne mere, et le lieu
ou de genoux en pleurs & lermes faisoit ses prieres & oraisons
a dieu omnipotent voicy les livres ou elle lisoit et nous donnoit
doctrine. voicy le lieu ou elle faisoit ses aulmosnes. voicy le lieu
& le lict de endres ou elle prenoit repoz voixy les chaynes de fer
quelle portoit sur son tendre corps voicy le vaisseau darain sur
lequel tout ardant couchoit son sainct & innocent corps. voicy sa
haire. coivy son psaultier, et ses patenostres. & en luy monstrant
toutes ces choses les larmes & souspirs renouvelloient tellement
que ledit sainct gregoire (ainsi quil a escript ondit chappitre) a pei=
ne se peut contenir de fondre en larmes neust[61] este quil scavoit que
celle qui estoit ostee corporellement dudit moanstere y demourroit
par vertuz & que son ame estoit en la gloire de paradis. |
|
On pourroit demander pourquoy ladite saincte fut ensepultu=
ree en son monastere ? A quoy je responds quil y eut trois cau=
ses principalles. La premiere que ondit temps on enterroit aucuns
corps au dedans des murs dune cite ou ville. et estoient les cymi
tieres & sepulchres hors les murailles comme[62] estoit ladite eglise no
stre dame qui de present est renclose au dedans des murs dicelle
ville. La seconde que ladite saincte avoit fait fonder ladicte eglise
par le roy clotaire. La troiziesme quelle avoit ordonne son corps
estre mis en ladite eglise comme il est contenu par son epistolle dessus
inseree on xi. chappitre. du tiers livre. Les iij. prochains jours apres
le trespas de ladite saincte tous mallades comme lepreux gouteux,
febricitans & demoniacles venoient de toutes pars ou estoit le
corps. Et par les merites & intercessions de ladite saincte receu=
rent tous guerison comme il est escript par ledict sainct fortu= |
gregorius :
sainct fortune |
|
[60] Les deux derniers mots soudés.
[61] Les deux derniers mots soudés.
[62] Les deux derniers mots soudés. |
|
85v |
ne. et par ledit sainct gregoire on second chappitre du neufvies
me livre de sa cronicque. Et dilec enavant y eu tousjours
grant affluence de pellerins, & plusieurs beaux miracle comme
nous verrons cy apres particulierement. |
¶ Apres le trespas de saincte radegonde il y eut de grant guer
res & divisions civiles entre le roy goutran tant en son nom que
comme tuteur et curateur de clotaire le second filz de chilperic
Et childebert filz du feu roy sigibert touchant leurs partages
sur lesquelz differens y eut ung traicte de paix duquel ledit sainct
gregoire arcevesque de tours fut mediateur. & par icelluy tou=
raine & la compte de poictou demourerent entre autres choses au
dit childebert, qui fut lan treziesme du regne dudit childebert &
ung an apres le trespas de saincte radegonde comme il est escript
on vingtiesme chappitre du .ix. livre de la cronicque dudit sainct
gregoire. & lan prochain apres par le conseil de levesque marone
us les poictevins eurent plusieurs grosses charges de tailles
et emprunts. dont ledit maroneus fut peu extime parce que ce
stoit celuy qui les devoit garder de telz subsides ainsi que feit
larcevesque de tours ladicte annee comme il est escript on xxxi.
chappitre dudit neufviesme livre |
Commant deux ans apres le trespas de sain
cte radegonde y eut une grosses division entre
labbesse & aucunes des religieuses du mona=
stere saincte croix. dont le roy & tous les evesques
de son royaume furent enpeschez. Chappitre. xi. |
DEux ans apres le trespas de saincte radegonde ad
vinst (ainsi quelle avoit predit) ung grant & mervel
leux scandalle en son monastere. Car (ainsi que ra
conte ledit sainct gregoire on xl. chappitre dudit ix livre
de sa[63] cronicque) chradielde qui estoit fille du feu roy aribert comme
il a este dit dessus a[64] linstigation du diable pervertit le bon vouloir
de bazine fille du feu roy chilperic. Et combien que au paravant[65] |
|
|
86r |
se fussent tousjours monstrees vertueuses religieuses. Ce ne
autmoins par orgueil envye & vengence entreprindrent faire pri
ver lembouere lors abbesse dudit monastere de sa dignite abba=
cialle moiennans certaines grans accusations quelles pourpen
serent faire contre elle. Et pour parvenir a leurs dannees affecti
ons communiquerent leur entreprinse a plusieurs religieuses du
dit monastere et donnerent entendre quelles estoient mal nourries
et entretenues & que labbesse consumoint & despendoit le bien dicel
luy monastere a enrichir ses parens, & que si elles vouloient estre
de leur bande quelles seroient une autre abbese qui les tiendroit[66]
cent foiz plus aises & en plus grant liberte. aucunes desdites[67] religieu
ses congnoissans que cestoit pure envie & malice ne voulurent
adherer a chrodielde & basine, les autres jusques au nombre de
xl. se ralierent delles & delibererent faire chrodielde abbesse dudit
monastere pour laquelle entreprinse mectre a fin vers la fin[68] du
moys de novembre dudit an sortirent hors dudit monastere & se trans
porterent a tours vers ledit sainct gregoire lors arcevesque dudit
lieu. auquel chrodielde dist & exposa la cause de leur venue tel=
le que dessus & oultre luy dist que pour avoir surce provision elle
et bazine vouloient aller vers les roys goutran clotaire & chil=
debert leurs proches parens[69] le priant que ce pendant il voulust gar
der et nourrir les religieuses qui estoient venues avec elles |
Sainct gregoire qui fut esbay du cas leur respondit que si leur
abbesse avoit affense & pretermis aucune chose de leur reigle quil
se transporteroit vers leur evesque maroneus et que eulx assemblez
luy remonstreroient ses faultes lesquelles corrigees & amendees
seroient toutes les religieuses contantees & en leurs anciens droitz[70]
restituees. affin que ce qui avoit este divinement par saincte rade
gonde congrege, ne fust perdu & divise par luxure & vagacion en
ensuyvant lordonnance & institution dicelle saincte contenue par son
epistolle cy dessus inseree on xi. chappitre du tiers livre |
| Chrodielde & basine feirent response quelles nattendroient avoir |
|
[66] Les deux derniers mots soudés.
[67] Les deux derniers mots soudés.
[68] Les deux derniers mots soudés.
[69] porens.
[70] Les deux derniers mots soudés. |
|
86v |
raison par leur evesque maroneus parce quil estoit cause de tou
te leur division et sestoit tousjours pour son hault et grant cou
rage monstre ennemy de leur monastere de puis le temps quil
refusa saincte radegonde de recevoir la portion de la vraie croix
que lempereur justinian luy avoit envoiee de constantinoble com=
me nous avons vey cy dessus jusques apres le trespas de ladite
saincte Et depuis ledit trespas par lintelligence quil avoit avec
ques lembouere du conge. et permission du roy childebert avoit
prins & accepte la tuition et garde dicelluy monastere & fait plu
sieurs choses quelle ne voulurent declairer dont ledit scandal=
le estoit procede et que aceste cause ne vouloient que ledit marone
us fust leur juge mais iroient devers les roys leurs parens pour
en avoir justice. Et neust este la diversite du temps qui estoit plu
vieux & aussi quelles estoient venues apie de la ville de poicti=
ers en ladite ville de tours sans avoir beu ne mange fors du pain
et deaue & que aumoien de ce estoient fort lasses extenues et fati=
guees se fussent deslors mises a chemin pour aller vers gou=
tran childebert et clotaire qui estoient lun en picardie lautre a
paris et lautre a rouen mais par le conseil dudit sainct gregoi=
re demourerent en ladite ville de tours & les nourrist ensemble tou=
tes les autres religieuses leurs compaignes par trois moys ou
environ lesquelz finiz & passez & vers le commancement davril chrodiel
de laissa basine & les autres religieuses audit lieu de tours & sen
alla vers le roy goutrant son oncle qui la receut honnourablement
& luy feit plusieurs dons. & apres avoir sceu la cause de sa venue
luy promist assembler les evesques pour donner provision au tort
quelle maintenoit avoir este fait par labbesse lembouere a elle
et autres religieuses. Noiennant laquelle promesse chrodielde
sen retourna a tours vers ses compaignes quelle ne trouva
toutes car aucunes dicelles avoit laisse le froc et sestoient ma=
riees dont elle fut tresdolente & courrossee. |
| ¶ Si actendi chrodielde par long temps audit lieu de tours que |
|
87r |
les evesques fussent assemblez ainsi que le roy goutran luy avoit
promis. Et voiant que ledit goutran nen tenoit compte Elle ba
sine & autres religieuses retournerent a poictiers & logerent en
labbaye sainct hilaire qui estoit lors hors & prres les murailles
de ladite ville et de present ya eglise collegialle et seculiere Ledit
sainct gregoire na escript qui les receut en ladite abbaye ne quel
support elles y avoient. Mais bien a escript au lieu preallegue
quelle assemblerent grant nombre de gens mal fasmez comme larrons
homicides bapteurs de gens & adulteres pour leur tuition & gar
de. Lesquelz faisoient plusieurs grosses follies & grans exces
audit poictiers : & mesmement aux gens & serviteurs dudit mo=
nastere saincte croix. Duquel sortit lors par dessus les murail=
les une religieuse qui se rendit a chrodielde & sa compaignee : &
dist plusieurs grosses injures de ladite abbesse lembouere, que le=
dit sainct gregoire dit ne croire estre veritables Gundegesilus
arcevesque de bourdeaux. nicasius evesque dangoulesme. saffa
rius evesque de perigort : & ledit maroneus evesque de poictiers
asemblez on monastere sainct hilaire dudit poictiers pour don=
ner provision a tel scandalle & insolence remonstrerent a chrodiel
de bazine & leurs compaignes le mal quelles avoient fait & faisoi
ent chascun jour. Et leur enjoignirent sur peine dexcommunie=
ment de retourner en leur monastere soubz lobedience de leur
abbesse. Dont elles furent toutes desplaisantes et ferient rude &
sorte response ausditz evesques Et de ce non contantes apres quilz
furent hors dudit monastere sainct hilaire & ainsi quilz se retiroi=
ent a leurs logis envoierent certaine quantite de mauvaiz gar
sons & gens habandonnez apres eulx. lesquelz les baptirent et
oultragerent jusques a grant effusion de sang, voire de telle
sorte que silz neussent prins fuyte y en eust eu de mors Et furent
si tresprecipitez que a grant peine eurent loisir deux retirer en
leurs dioceses comme il est au long contenu on xlii. chappitre. du IX. livre
de la cronicque duit sainct gregoire. & davant que la chrodielde |
|
87v |
eut fait faire ces exces avoit envoye lesditz maulvaiz garsons es
maisons et villages dudit monastere saincte croix ou ilz feirent
plusieurs maulx & dommages Et ne savoit que faire la pauvre
abbesse lendouere, fors quelle envoia a tous les evesques circun
voisins, lepistolle & charte faicte par saincte radegonde qui est escri=
pte au long cy dessus on xi. chappitre du tiers livre. |
Chrodielde bazine & les autres religieuses leurs compaignes
demourerent excommuniees par plus dung an Pendant lequel
temps & sept jours avant la feste de pasques (ainsi que ledit sainct
gregoire a escript on xv. chappitre. du x. livre de sa cronicque) ladite
chrodielde paar) linstigation du diable envoia ses homicides larrons
et complices ondit monastere saincte croix, dont ilz chasserent la
bonne abbesse landouere & la renfermerent en forte prison. puis
spolierent ledit monastere de la pluspart des meubles & estant en
iceluy, & firent faire plusieurs homicides & autres grans maulx
Aumoien desquelz fut fait & celebre ung concile provincial audit
poictiers ou ladite abbesse lendouere fut accusee faulsement par
chrodielde & ses alliees quelle ne nourrissoit ne entretenoit suf
fisamment les religieuses dudit monastere & quelle dispersoit les
biens diceluy a ses parens pour les enrichier. Aussi fut accusee
dautres cas qui nestoient touvez veritables. Parquoy fut re=
mise en son auctorite, soubz laquelle ladite bazine recongnoissant
ses faultes voulut vivre & se soubmist a sa misericorde. a ceste
cause tout luy fut remis & pardonne & absolution baillee par ledit
concile. Au regard de chrodielde parce quelle avoit fait serment
de jamais nentrer ondit monastere tant que ladite abbesse y seroit
voulant neautmoins luy requerir pardon de linjure quelle luy
avoit faicte a tort. Le roy childebert luy donna le lieu du vadon
quil avoit confisque pres poictiers, ou elle sen alla demourer et y
vesquit par aucun temps religieusement. |
De lappertion du tumbeau de saincte radegon |
|
88r |
de a la requeste de monsieur jehan duc de berry
et compte de poictou. Chappitre. xii.
|
COmbien que pour la perfection de ce present euvre je
deusse avoir escript par ordre le nombre des miracles
faiz par les merites & prieres de saincte radegonde depuis
son deces selon quilz sont contenuz en son legendaire Ce non=
obstant pour cause de brefvete jay advise que le meilleur sera
les mectre cy apres tous ensemble en ung chappitre. Et a ceste
cause feray un grant sault pour parler de lappertion de son tum
beau qui ne doit estre oubliee. pour laquelle entendre est a presup
poser Que le roy jehan qui fut prins par les anglois pres poictiers.
ainsi quil est au long contenu par les croniques de france Apres son
trespas laissa quatre filz tous bons & sages. Savoir est charles
cinquiesme de ce nom qui fut roy de france apres luy. Loys duc
danjou et roy de cecille. phelippes le hardy duc de bourgoigne.
& jehan surnomme le camus qui fut duc de berry & comte de poictou.
Ces quattre freres & le duc de bourbon la seur duquel ledit char
les .v. espousa sentretindrent tousjours en si grande amour & di=
lection que par leur proesse & sage conduicte chasserent les anglois
de france & recouvrerent sur eulx la pluspart des terres & pais
quilz avoient usurpees du vivant du feu roy Jehan. Ledit duc
jehan vesquit cinquante deux ans apres le roy son pere. & deceda
en laage de quatre vingts seize ans quon disoit. Mil quattre
cens & seiz. Ce fut celuy qui feit ediffier le chasteau de poictiers
& commenca le sumptueux ediffice du palais dudit lieu, aussi
ediffia & dota la saincte chappelle de bourges qui est chose tres
singuliere. Quattre ans avant son deces (pour la grande & sin=
guliere devotion quil avoit a saincte radegonde) pria le prieur
& chanoines de ladite eglise que le tumbeau ou le corps dicelle saincte
reposoit fust ouvert, pour en avoir quelque portion. A quoy ledit pri
eur & chanoines sacorderent du congie & licen de levesque de poictiers |
|
88v |
¶ Aceste cause fut assigne jour pour faire ladite ouverture au
xxviij. jour de may dudit an quon disoit mil quatre cens et dou=
ze ou ledit evesque de poictiers et plusieurs autres prelatz se trou
verent et ledit duc de berry avec eulx Le service faict & acom=
ply en grans cerymonies comme au cas appartenoit lesditz pre=
latz & en leur compaignie ledit duc jehan descendirent en la cha
pelle[71] & voulte ou estoit comme encores est ledit tumbeau Laquel
le estoit plaine de cierges ardens Et par le commandement
dudit evesque de poictiers les massons avec leurs marteaulx &
instrumens feirent ouverture dudit tumbeau qui estoit de mabre
brun. En quoy faisant et desditz marteaulx sortir violemment ung
esclat dudit mabre contre loeil de lun desditz masons de telle roy=
deur que la prunelle de loeil estoit presque hors de son lieu qui ne
fut sans grant douleur. Touteffoiz le pauvre masson par la
grant esperance quil eut davoir soudain querison par les me=
rites et intercessions de ladite saincte ne laissa la compaignee & ac
tendit que ledit tumbeau fust ouvert. Onquel on trouva le corps
dicelle saincte plus odorant que basme et si estoit entier, voyle
couronne et ses mains joinctes combien quil y eust huit cens &
vingt ans moins deux mois quil y eust este mis |
¶ Chascun fut resjouy et consolle davoir veu si noble & digne
chose. Et apres avoir eu fait par lesditz prelatz commoration et
suffrage de ladite saincte. Lequel duc jehan demanda deux choses
la premiere deux anneaux qui estoient encores es doiz dicelle[72] sai
ncte & son chief pour le transporter en sa saincte chappelle de bour
ges lesquelles choses luy furent octroiees par[73] lesditz prieurs cha
noines de ladite eglise du consentement dudit evesque de poictiers
plus par crainte que autrement. Touteffoiz dieu ne voulut per
mectre quil en eust rien fors lun desditz anneaux & quant voulut
avoir lautre le doy ou il estoit se retira et touchant ledit chief lors
quon le voulut separer du corps survinst en ladite chappelle qui est
obscure parce quelle est soubz terre une lumiere supernaturelle |
|
[71] Les deux derniers mots soudés.
[72] Les deux derniers mots soudés.
[73] Les deux derniers mots soudés. |
|
89r |
si tres grande que lun ne povoit veoir lautre. pendant laquelle
ledit tumbeau fut divinement et sans euvre dhomme recloz &
femre ainsi quil est de present la veue de laquelle closture monstre
assez que cest chose faicte par miracle aumoien de lextrange fa
con dicelle. Voiant le duc jehan que dieu ne vou=
loit quil eust aucune chose du corps de saincte radegonde se con
tenta dudit anneau lequel il emporta. Mais avant que sortir de
ladite eglise le masson qui avoit loeil blesse (comme dit est) se pro
sterna davant ledit duc et le pria uil luy feist toucher a son œil
lanneau quil avoit eu de ladite saincte. Ce qui fut faict par ung
homme deglise Et incontinant[74] ledit masson recouvrit la veue et
vit des deux yeulx aussi bien ou mieulx quil avoit jamais fait
dont furent graces rendues a dieu. Et apres grosse offerte par
ledit duc faicte a ladite eglise pria ledit evesque de poictiers & lesditz pri
eurs et chanoines de ladite eglise que deslors en avant on fist so
lennite de ladite appertion aumoien des cas miraculeux y adve
nuz Ce quilz voulurent & accorderent. Et en fut faict service
expres que jay veu et leu. Et commance le respons des premi=
eres[75] vespres Ectri a regalibus nolite &c. et lo collecte. Omni=
potens deus qui beatam ancilam Et lintroit de la messe com=
mance. Sanctissime radegondis regine visionem sacri corporis[76] |
Aucuns miracles faintz en leglise ou respose le
corps saincte radegonde a poictiers de puys
son deces jusques apresent lesquelz sont enregi=
strez en son legendaire. Chappitre. xiij. |
ON congnoist la puissance sapience et bonte de dieu
non seulement en ses creatures[77] et la differance di=
celles, mais aussi es merveilleuses euvres de ses
saincts et saincteslesquelz il a magniffiez et exal=
tez en ce monde apres leur trespas par louange humaine et en
lautre monde par eternelle felicite. Et mesmemement saincte ra
degonde par les merites & intercessions de laquelle il a fait plu |
|
[74] inconnant.
[75] prmieres.
[76] carporis.
[77] Les deux derniers mots soudés. |
|
89v |
sieurs grans et evidens miracles fort approchans de ceulx de
sainct martin non seulement sa vie durant comme il a este es=
cript cy dessus mais aussi apres son deces. Et combien que la
forme de la vie soit suffisante pour attirer le peuple adevotion
Touteffoiz parce que toutes parsonnes ne sont de semblable
condicion et quil en ya aucuns qui avant que croire la sancte
te dune parsonne en veulent veoir proceder evidens signes par
miracles & prodiges jay bien voulu cy reciter auncuns miracles
faiz aux prieres et intercessions dicelle saincte depuis sondict
deces. Et premierement raconte sainct fortune que le jour quel=
le deceda ung nomme demolenus tribun du ficque apoictiers cest
adire prevost estoit en une sienne maison aux champs et pris
ledit poictiers greifvement mallade et en langueur. Et ainsi quil
sommelloit luy senbla que saincte radegonde (laquelle il con=
gnoissoit) le vinst veoir en sa maison et quil courut audavant
dicelle la salua et humblement luy demanda la cause de sa ve
nue. et que ladite saincte luy respondit quelle estoit venue le visi
ter & ladmonnester de faire ediffier au lieu quelle ly monstra
une eglise de sainct martin et que audit lieu en y avoit plusieurs
reliques et aultre luy monstra les fondemens ja tous faitz et
le pave tout assis. puis luy dit quelle estoit aussi venue pour le deli
vrer de sa malladie affin quil delivrast ceulx quil tenoit en ses
prisons. Ledit prevost se reveilla et narration faicte a sa femme
de sa vision parce[78] quil se trouva entierement guery envoia sou
dain audit poictiers pour delivrer lesditz prisonniers et sceut au
retour que alheure dicelle vision ladicte saincte estoit decedee,
Parquoy incontinant apres commanca ediffier une eglise de
sainct martin quil paracheva. |
Aucuns dient que cest sainct martin de liguge parce quil nya
autre eglise dudit sainct pres dudit poictiers & aussi que autre
foiz sainct martin sestoit tenu audit lieu. |
|
|
90r |
¶ Baudoyne en la legende quelle a faicte de ladicte saincte ra
conte que continant apres le deces dicelle une nomme vi=
noberge sa servante par derrison & mocquerie se mist en lachei
re ou ladicte saincte avoit acoustume aucuneffoiz prendre re=
poz Et incontinant par le jugement de dieu ladicte vi
noberge fut frappee dune extrange malladie, car elle entra en
si tregrande chaleur quil luy sembloit quelle brulast & fumoient
tous ses membres comme une fornaise. |
En laquelle douleur fut par trois jours et jusques a ce quelle
eut recongneu son peche et deamnde pardon a dieu de son orgueil
et arrogance et aussi a saincte radegonde apres laquelle chose
faicte par les prieres des religieuses et du peuple fut entierement guerie. |
¶Ladicte baudoyne raconte aussi que ung nomme albo des
Parties de bourgongne vinst a poictiers en la compaignee
dun evesque nomme lerfastus. Lequel albo fut surprins[79] du
ne douleur de dens si tresgrande quil ne povoit dormir boire ne
menger. Si luy fut parle des grans miracles que dieu fa=
soit chascun jour au tumbeau de saincte. Radegonde. Aumoient
dequoy par fervente devotion & foy se transporta audit tumbeau
Et son oraison faicte print lung des boutz du drap qui encores
estoit sur le corps de ladicte saincte & le mist sur sa douleur puis
sendormit. Et au reveil qui fut bient tost apres se trouva sain
et entierement guery. dont il rendit graces a dieu & aladite saincte. |
¶Ung autre miracle raconte ladicte baudoyne servan
te de saincte Radegonde : qui advinst peu de temps apres
le de ladicte saincte[80] . Et la vigille.[81] |
|
|
90v |
de la feste sainct Hilaire quon celebre a poictiers par chascun
an le treziesme jour dej anvier qui est Que les abbez des mo=
nasteres de ladicte ville de poictiers & autres lieux circunvoi
sins estoient dancienne & louable coustume tenuz aller processi
onnellement avec leurs religeux en leglise ou estoit comme en
cores est le corps dudit sainct hilaire quo nappelle apresent sainct
hilaire le grant de poictiers Et veilloient lesditz abbez prieurs
& religieux jusques a minuyt en prieres & oraisons aumoien de
la grant multitude de demoniacles qui affluoient ledit jour
en ladicte eglise pour avoir guerison Et la minuit passee lesditz
abbez & religieux retournoient en leurs monasteres dire mati
nes et faire le cours de leur service Or advint que apres le tres
pas de ladicte saincte & la vigille de ladicte feste sainct hilaire
ainsi que desditz abbez et religieux veilloient en ladite eglise en la for
me susdite les povres demoniales crioient a haulte voix & entre
autres deux femmes estoient treffort tormentees & lune dicelles
plusque lautre en sorte[82] quil sembloit a son cry que toute legli
se semblast Et apresque arnegesilus lors abbe de ladite eglise no
stre dame fondee par ledit roy clotaire lequel arnegesilus saincte
radegonde avoit eu durant son vivant en bon extime fut sorty
hors ladicte eglise sainct hilaire lesdites deux femmes demoniacles
le suyvirent jusques en ladicte eglise nostre dame ou elles en=
trees. Crierent a haulte voix. Saincte radegonde aide nous et
demourrerent en ladicte eglise ce pendant quon disoit matines
Esquelles disant celle qui plus estoit tormentee & que le diabbe
possedoit il y avoit quinze ans fut par luy laissee en paix & entie
rement guerie. Et lautre semblablement ainsi quon disoit, tier
ce. El sembleroit quil y eust discordance en ce miracle & ce que jay
escript dessus que ladite eglise nostre dame avoit este fondee par
le roy clotaire et quil y mist prieur et clercs pour faire le servi
ce. Et par ce miracle apert quil y avoit abbe & religieux Aquoy
je ne scaurois que respondre forsque ladicte baudoyne en escripvant |
|
|
91r |
cedit miracle a peu mettre abbe pour prieur Quoy quil en soit
jay trouve lung & lautre par excript & en remctz la decision a
la discretion des lecteurs |
¶ Ladicte boudoyne raconte aussi que ung pauvre febricitant
desespere de guerison se transporta au sepulchre de saincte ra=
degonde ou il trouve celuy qui le gardoit. Lequel ayant de son
mal pitie mist en ung calice plain deaue le bout du drap qui
estoit sur ledit sepulchre puis feit boire ladicte eaue audit febri
citant qui sendormit illec et a son reveil se trouva sain et fut en
tierement guery. |
¶ Une nommee pasquiere de chasteau roux laquelle avoit
este par long temps contraite de tous ses membres se recom=
manda a saincte radegonde, & se feit mener a son sepuclhre au
dit poictiers ou elle coucha seulement une nuyt & le lendemain
fut entierement guerye. |
¶ Une autre femme nomme peronnelle du village de la lan
de pres argenton en berry qui avoiteu par deux ans les mains
contraictes en sorte quelle ne sen aidoit aucunement : se vouha
a ladicte saincte et vint faire son voiage audit poictiers toucha
& baisa le tumbeau ou estit son corps & elle receut parfaicte gue
rison. Comme aussi feit ledit jour par mesme moien une autre
femme qui estoit venue avec elle, espouse de pierre de leissac.
Laquelle avoit par long temps este impotent de tous ses membres |
¶ Ondit an ung masson omme jehan trouel de la paroisse
de sainct silvain en larchiprevere de rom : Le jour de la feste de
saincte radegonde le soignoit de son mestier & tailloit de la pier
re avec ung marteau combien que audit lieu ladicte feste eust
este commandee a chommer & solenniser, dont il fut soudain pu |
|
91v |
gny. car avec une grosse douleur la main se print audit marte=
au[83] en sorte quon ne les povoit separer. Et voient que cestoit pugni=
tion divine, commanca par compunction demander pardon a
dieu & a ladicte saincte, et promist par fervente devotion aller
incontinant quil seroit guery visiter son tumbeau aussi Poi=
ctiers. Apres laquelle priere faicte ledit marteau tumba de sa
main et fut du tout guery. Et des ledit jour en accomplissant sa
promesse se mist a chemin pour aller audit poictiers en rendre
graces a dieu & a ladicte saincte en leglise ou repose son corps. |
¶ Ung chanoine de leglise de tours nomme Maistre
raoul de lieze fut par sept[84] ans persecute dun mal de teste appelle
migraine en sorte que souvent pour la vehemence de sa douleur
sembloit estre hors de sens. Plusieurs medecins furent
empechez pour le guerir. mais ilz ne peurent y trouver reme=
de Finablement apres plusieurs medecins prinses, veuz & vo
yages faictz eut memoire des grans[85] miracles que dieu fasoit a
la requeste de saincte radegonde en leglise ou reposoit son corps
a poictiers. Parquoy vouha y aller, ce quil feit & fut guery. mais
luy retourne a sa maison parce quil navoit entierement acom
ply la promesse quil avoit faicte a dieu & a ladicte saincte ladi
cte malladie le reprinst. Si retourna audit poictiers & acomplit
du tout ce qui avoit promis Et ce fait receut guerison entiere
Ledit chanoine deslors feit mettre une lempe davant le tum=
beau de ladicte saincte & donna argent pour convertir en reve
nu pour letretenement perpetuel de ladicte lempe. |
¶ Ledit an ung comme phelippes langlois du bourg de
doulz fut perclus et impotent de ses membres par deux moys
ou environ en sorte quil ne povoit aller fors avec deux potences
Si feit sa priere a dieu et a saincte radegonde et avec une gran
de foy et esperance se mist a chemin pour aller audit poictiers. |
|
[83] Les deux derniers mots soudés.
[84] Les deux derniers mots soudés.
[85] Les deux derniers mots soudés. |
|
92r |
faire son voiage a ladicte saincte. Et des ce quil fut a rouffet
le chasteau pres le blanc en berry trouva grant allegement en
son mal, ensortequil laissa ses potences ou paubourdes, & feit
tant quil arriva audit poictiers en leglise nostre dame ou repo=
se le corps dicelle saincte. Et apres quil y eut fait son oraison &
vueille une nuyt pres ledit tumbeau Le lendemain matin fut
entierement guery. |
¶ En la parroisse sainct ambrois pres yssoudun en berry
y avoit ondit temps une femme vefve dancien eage, nomme
marquise. Laquelle avoit ung seul filz nomme guillaume qui
fut si griefvement et par si long temps mallade que apres avoir
passe trois jours sans prendre aucun nourrissement : perdit le
poulz, le hannelit, et tous les signes de vie. Et croyans ses pa
rens et amys quil fut trespasse lensevelirent pour le porter
et mettre en terre. Quoy voyant sadicte mere et avant quil fust
du tout ensevely, en grans pleurs et lermes commenca dire a
haulte voix. O saincte dame radegonde qui durant vo=
stre vie & apres vostre mort avez tant faictz de biens aux pou=
vres debiles & miserables personnes, aies pitie de moy pouvre
femme esolee qui pers sans vostre ayde mon seul filz. Helas
ma dame rendez moy ce que la mort ma violentement prins je
vous suplue ma dame que monstrez vostre puissance et le bon
credit que vous avez envers dieu. Et si vostre plaisir est faire
donner vie a mon filz luy et moy irons visiter vostre sainct se
pulchre & poictiers. La foy devotion et esperance de celle deso=
lee femme furent si grandes que dieu eut pitie delle a la reque
ste et par les prieres de saincte Radegonde |
|
92v |
Car incontinent son oraison faicte Sondit filz quon extimoit
mort commenca a souspirer et puis incontinent apres a par=
ler et dire je remercie la glorieuse dame saincte radegonde qui
ma delivre et mis hors de ma si longue et griefve langueur, ma
chiere mere vostre clamer et voz piteuses larmes ont este a
dieu presentees par saincte radegonde en sorte que je suis presque
guerry dont je se pren celuy[86] en aller rendre graces incontinent que
pourray aller par pays ledit mallade deslors voulut boire & man
ger et commanca a se renforcer en maniere quil fut bien tost a
pres guery et alla faire son voiaige au sepulchre de ladite saincte
audit poictiers ou il presenta pain vin chandelles et son suaire. |
¶ Au lieu de montberon diocese dengoulesme demouroit ung
nomme pierre de jard lequel en une de ses sjambes et cuysses fut
persecute de goute par deux ans si[87] griefvement quil ne povoit
mectre le pie atere il se feit visiter par les cirugiens & mede
cins avec[88] lesquelz expousa a la pluspart de son bien, sans y povoir
trouver aucun aliegement. Et voiant quil nestoit en la puissan=
ce des hommes de le guerir retourna a dieu & pour empetrer gra
ce envers luy pria humblement saincte radegonde quelle luy fust
aydante et quil iroit visiter son sepulchre a poictiers. Si dist
a sa femme quil alloit audit poictiers & que jamais nen tourne=
roit quil ne fust mort ou guery, sa femme croyant estre impos=
sible quil y peust aller le voulut empescher, mais ne peut. Par
quoy se mist achemin le pauvre mallade et premiere journee
ne feit que demie lieue. La seconde commanca fort a se ayder de
sa jamabe mallade et suivyt les autres pellerins. Et la tierce
journee recet entiere[89] guerison adonct il alla rendre[90] graces a dieu
et a ladite saincte en son eglise nostre dame audit poictiers ou son
corps repose. Maignifesta ledit miracle & le feit certiffier par les
autres pellerins qui estoient venuz avec luy. |
|
[86] Les deux derniers mots soudés.
[87] Les deux derniers mots soudés.
[88] Les deux derniers mots soudés.
[89] Les deux derniers mots soudés.
[90] Les deux derniers mots soudés. |
|
93r |
¶ Ung nomme pierre de viliers de la paroisse de nanteuilh
diocese de poictiers avoit ung filz nomme guillaume lequel par
ung an avoit eu la goutte si tresgriefve en son corps & membres
quil ne povoit droisser son corps ne se aider des bratz et mains
Sondit pere le recommanda adieu et madame saincte radegonde
et promist le mener visiter son sepulchre[91] audit poictiers si son
plaisir estoit luy impetrer guerison[92] envers dieu. La priere dudit
pere fut axaulcee et sondit filz incontinent apres entierement gue
ry dont il vinst de puis rendre graces au tumbeau et sepulchre
dicelle saincte.[93] |
¶ Ondit temps une nomme jehanne de beaumont qui avoit este
persecute par deux ans dune[94] grefve malladie quon appelle illi
aque passion, on ne : povoit trouver remede par la medecine des
humains, estant ainsi tormentee eut memoire des miarcles de
saincte radegonde a laquelle se recommanda & soudain se leva
de son lict oultre le vouloir de ses amys pour aller a poictiers
visiter le sepulchre de ladicte saincte & acomplir ung veu quelle
luy avoi fait et de fait acomplist ledit voiage depuis le jeudi
jusques au samedi prochain ensuivant ou elle obtinst entiere gue
rison. |
¶ En ce mesme temps maistre girard de piolon clerc de noble &
ancienne lignee natif du lieu dambiere vinst visiter le sepul=
chre & tumbeau de ladicte saincte audit poictiers ou il afferma
et veriffia par gens dignes de foy quil avoit este par long temps
persecute de goutes en sorte quil ne povoit se aider de corps ne
membres Et quil avoit receu guerison des linstant quil
sestoit recommande a madame saincte radegonde & promis al
ler visiter le lieu ou son corps reposoit |
| ¶ A la rochelle demouroit ung nomme guy le breton qui estoit |
|
[91] lepulchcre.
[92] guerisnn.
[93] Point haut ou point bas inversé.
[94] Les deux derniers mots soudés. |
|
93v |
marie avec une nomme radegonde laquelle depuis la feste
sainct michel jusque es octaves de la feste de pasques avoit
este persecutee de goutte si treffort quelle ne povoit aller ne se
soustenir fors avec les potences Si dist a son mary
mon amy jay nom radegonde et sorty du ventre de ma mere le
jour de la feste Madame saincte radegonde jay ouy dire que
dieu a la requeste dicelle saincte guerist chascun jour plusieurs
impotens et mallades de goutes. Parquoy ectendu que
je porte son nom et que je nasquy le jour de sa feste je croy que si
je me recommandois a elle & que vostre plaisir fust me vouher
a son sepulchre a poictiers que je serois bien tost guerie. |
A quoy le mary se accorda et luy et sa femme voherent a dieu
et saincte radegonde que des ce que ladicte femme pourroit al
ler par pais quilz iroient audit poictiers visiter le lieu ou son
corps reposoit Et incontinant ladicte femme se sentit
fort allegee et des landemain son mari et elle partirent dudit
lieu de la rochelle pour faire ledit voiage La premiere
journee ladicte femme ne se povoit encores soustenir fors avec
les potences mais le landemain ne voulut plus de aide & apres
son pellerinage faict se trouva sainne et du tout guerie. |
¶ Ung nomme guillaume musnier charpantier fut par sept
ans persecute des goutes et malladie craticque a laquelle une
autre survinst qui luy enfla la jambe si tresgrosse quil ne po=
voit boire manger ne dormir, et sans fin crioit en sorte que ses
voisins estoient fort fatiguez de ses criz et plaincts qui luy du=
rerent par trois ans ou environ faisans partie desdit sept ans.
Si luy fut dit que saincte radegonde avoit previlege de dieu
que a sa requeste il guerissoit de telles malladies. Au
moien dequoy par une grande foy & fervente devotion se recom |
|
94r |
manda a ladicte saincte Et la pria de luy impetrer sante inco
lumite et allegement de son mal si tresgrief. Et que des
ce qui pourroit cheminer iroit visiter son sepulchre a Poicti=
ers. Apres laquelle oraison faicte sa jambe qui estoit grosse
sentrouvrit. Et de ceste ouverture sortit grant habondance de
putrefaction et pourriture, & tantost apres commanca a chemi
ner en sorte que peu a peu se trouva sain Et aussi allegre quil
avoit este paravant sa malladie Dont il alla rendre graces a
dieu et a ladicte saincte audit poictiers. en acomplissant sa pro
messe. |
¶ Les historiens scavent assez que pour les guerres in=
testines qui survindrent en france aumoien du discord des ducz
de bourgongne et dorleans proches parens Tantost apres le
trespas du roy charles cinquiesme. et durant le regne du roy.
Charles sixiesme son filz. Les anglois feirent plusieurs
grosses surprinses en france, et mesmement du duche de Nor=
mandie Comme jay au lon escript es epitaphes et annalles
des roys de france. et le tindrent par trante ans ou environ. et
jusques au regne du roy Charles septiesme surnomme le bien
ame. Lequel apres avoir eu pase plusieurs gros affaires au
dessus desquelz il parvinst par laide & secours de la noble & bon
ne pucelle, qui se rendit a luy divinement. Entreprinst par apres
de recouvrer ledit duche de normandie des mains desditz anglois
Ce quil feit en ung an et six jours par laide de dieu, par les
merites requestes et prieres de la glorieuse vierge marie : & de
saincte radegonde, Ausquelles il avoit bonne et grande devo=
tion. Et quil soit ainsi lesdictes reduction et recouvrance.
Furent faictes le Douziesme jour daoust. Lan mil cinq cens |
|
94v |
| cinquant. qui est la vigille de la feste saincte radegonde. |
Et pour en rendre graces a dieu le bon roy par la delibe=
ration de son conseil ordonna celebrer processions generales des
lors enavant perpetuellement par toutes les citez de son royaul
me le quart jour doctobre fors en la ville & cite de poictiers ou
il voulut ladicte procession estre faicte ledit jour du paracheve
ment de ladicte recouvrance et reduction qui estoit comme est
la vigille de ladicte feste saincte radegonde parce quil pensoit
ladicte chose estre ainsi soudain advenue non par sa force. |
Mais par laide de dieu & les merites et prieres de nostre dame
et de ladicte saincte, et ainsi le rescripvit a ung patriarche lors
evesque de poictiers comme jay sceu pour avoir veu le double
des lettres subscriptes. A nostre ame et feal conseillier le patri
arche avesque de poictiers. Par lequel moracle appert que sain
cte radegonde na seullement ame le noble sang francois en sa
vie. mais aussi apres son deces. Et ne voulant de ce estre ingra
te madame marie danjou espouse & compaigne dudit roy char=
les septiesme deslors et jusques a son deces entretint ung cier
ge ardant jour & nuyt davant le tumbeau de ladicte saincte en
son eglise audit poictiers, Et pour lentretenement perpetuel
avoit delibere & promis donner a ladite eglise de revenu pour len=
tretenement dudit cierge, Ce quelle ne feit parce quelle fut
de mort prevenue. Touteffoiz le prieur et chanoynes dicelle
lont tousjours depuis entretenu a leurs despens comme ilz font
encores de present, ainsi quil ma este par aucuns diceulx affer
me, Et aussi jay veu souvant ledit cierge ardant davant ledit
tumbeau. |
¶ Il ya plusieurs aultres miracles par escript que je laisse
pour cause de breifvete et non parleray plus que de troys. |
|
95r |
Le premier qui fut en Lan mil Quattre cens quattre vingts
quinze. dun nomme messire jehan Jousselin et cure de feynery
pres herisson on diocese de poictiers. Lequel comme cure susdit
pour raison des dixmes de sa paroisse eut gros proces contre
la dame de sainct memyn. Les serviteurs de laquelle conceurent
aumoien de ce grosse hayne contre ledit jousselin, et le menassoi
ent chascun jour de le mectre a mort, a quoy prenoit garde Tou=
teffoiz il fut par eulx surprins en une petite maison & mestairie
a luy appartenant. alaquelle il fut environne par ses ennemis
qui la menassoient de loccire & tuer. et se voyant en tel & si grant
dangier ne sceut que faire fors se recommander a dieu & a sain
cte radegonde quil amoit & servoit singulierement Et par fer
vente devotion & foy vouha a dieu que si son plaisir estoit par
les merites & intercessions de ladicte saincte luy donner la gra
ce de povoir evader dudit lieu sans mal iroit en simple chemi=
se visiter son sepulchre & tumbeau audit poictiers Ladicte priere
fut exalsee. car incontinant apres icelles faicte ledit josselin sor
tit hors de ladicte maison passa entre ses ennemys et se retira
en son eglise, sans estre veu ne aperceu de sesditz ennemys qui
eurent quant a ce par la volunte divine les yeux obnubillez &
se retirerent tous confuz. |
¶ Nous avons veu plusieurs beaux miracles mais en reste
ung excellent & de recente memoire. Qui est que lan mil cinq
ces et deux ung nomme jehan poesson sergent a cheval demou
rant a paris pour les affaires de maistre estienne du puys son
cousin chanoyne de leglise collegial saincte radegonde poictiers
se transporta en sa compainee audit poictiers logea cheux luy & y
fut huyt ou dix jours Pendant lequel temps alloit chascun jour
visiter ladite eglise saincte radegonde ou il voyoit affluer grant
nombre de pelerins au tumbeau de ladicte saincte, et sceut que
plusieurs grans miracles y avoient este faiz & entre autres ceulx |
|
95v |
qui sont dessus escriptz Par quoy eut memoire dun sien filz nom
me michellet de laage de six a sept ans qui navoit onques parle
autmoins parrolle quon peust entendre, et fut inspire de le re
commander a ledite saincte. ce quil feit affin que sa priere fut plustost ex
aulcee se confessa[95] feit dire messe davant ledit tumbeau Et vou
ha a dieu & a ladicte saincte que si plaisoit a dieu par les meri=
tes et intercessions dicelle[96] saincte donner la parolle a sondit filz
que luy parvenu a laage de povoir aller par pays quil[97] lamene
roit audit poictiers vers ladite saincte luy en rendre graces & lou
ages. Quant ledit poisson fut retourne a sa maison a paris.
trouva ledit michellet aussi bien parlant que aucun autre en=
fant de son aage, dont il fut joyeux et demanda a sa femme en
quelle maniere elle avoit congneu la parlle estre ainsi venue
a leurdit filz. Elle feit response quelle ne savoit et que ung jour
durant quil estoit a poictiers devers le matin ainsi quelle estoit
retournee du marche trouva ledit michellet leur filz tout nu sur
son lict. Et incontinant quil la veit luy dist mamre donner moy
du pain ce quil navoit oncques fait. Lors ledit poisson congneut
que ce avoit este le jour quil avoit faire dire ladicte messe Et de
joye quil eut les lermes luy tumberent des yeulx, & incontinant
alla rendre graces dudit miracle a dieu & aladicte saincte en le
glise nostre dame de paris. |
¶ Que diray je plus fors que en redigeant par escript ceste
presente histoire. Une femme que jamais & ame par honneur
ainsi quil mest commande par leglise fut mallade par deux ou
trois jours, de telle & si greiefve maladie quelle pensoit estre per
cluse dune cuysse & dune jambe parce quelle ne sen povoit aider
Advint que au tiers jour qui estoit ung dimanche la veiant au
lict ou elle se desconfortoit disant quelle ne se pourroit lever all[ay][98]
visiter le tumbeau de saincte radegonde ainsi que javois acou
stumme parce quil estoit jour de dimanche. Et illec priay ladite saincte |
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[95] cnofessa.
[96] Les deux derniers mots soudés.
[97] Les deux derniers mots soudés.
[98] Impression altérée. |
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96r |
que son plaisir fust avoir pitie dudit personnage mallade : & avoir
regard au petit labeur que javois prins pour rediger au long
sa vertueuse saincte[99] vie pour la publier a tout le peuple. Apres
mon voyage fait retournay a mon hostel audit poictiers, ou je
pensois trouver ladicte mallade mais elle estoit allee ala messe
de parroisse, et au retour dicelle me dist quelle estoit entierement
guerie. et depuis na.eu ledit mal. Et ouchant mes affaires jay
tousjours trouve secours et consolation avec ladite saincte mes=
mement en deux maladies de fievres que jay eues puys le temps
que je commencay escrire cedit euvre. Lequel jay dedie principal
lement a dieu & a ladicte saincte pour lexaltation du sang royal
de france & pour la doctrine non seullement des femmes de re
ligion. mais aussi des pucelles et femmes mariees. Et seconde
ment pour loccupation de vous tresexcellente et tresillustre
princesse madame Claude fille de roy &[100] femme de roy. Combien
que le commancement en ait este par moy fait pour feue de bon
ne memoire madame Anne duchesse de bretaigne. et deux foiz
roye de france vostre mere. vous priant treshumblement avoir
le present pour aggreable. Et si aucunes adversitez vous ad=
venoient comme aux autres humains (dont plaise a dieu vous[101]
preserver & aussi tout le noble sang royal) en contemplant les cho
ses susdictes vous plaise avoir recours et vous recommander a
ladicte saincte, et vous y ttrouverez consolation sans aucun doub=
[te][102] . Et de ce prie icelluy nostre createur de tout le monde qui re=
gne eternellement. Amen. |
Ceste vie a este imprimee a poictiers par sire Enguil
bert de Marnef libraire jure de ladite universite demou
rant a lenseigne du Pellican devant le palays[103] dudit poi
ctiers. Le. III. jour du moys de Mars. mil. ccccc. xxvij. |
Et sont a vendre au pellican
audit poictiers et aussi a paris |
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