1 |
La
Plaisante, &
joyeuse
histoyre
du grand
Geant Gargantua.
Prochainement reveue, & de beaucoup
augmentée par l'Autheur mesme.
[illustration]
A LYON,
Chés Estienne Dolet.
1542. |
|
2 |
La Vie ine-
stimable du
grant Gardantua, Pere de
Pantagruel, jadis com-
posée par l'Abstra=
cteur de quinte
essence. |
| Livre plein de Pantagrueslisme. |
| Aux Lecteurs. |
Amys Lecteurs, qui ce livre lisez,
Despouillez vous de toute affection :
Et le lisant ne vous scandaliser.
Il ne contient mal, ny infection.
Vray est, qu'icy peu de perfection
Vous apprendrez, sinon en cas de rire :
Aultre argument ne peult mon cueur eslire.
Voyant le dueil, qui nous mine, & consomme,
Mieulx est de ris, que de larmes escripre :
Pource, que rire est le propre de l'homme. |
|
3 |
| [illustration] |
BEUVEURS tresillustres, &
vous Verolés tres precieux
(car à vous, non à aultres, sont
dediés mes escriptz) Alcibia-
des au dialogue de Platon,
intitulé Le bancquet, jouant son precepteur
Socrates (sans controverse prince des Philo
sophes) entre aultres parolles le dict estre
semblable es Silenes. Silenes estoyent jadis
petites boytes telles, que voyons de present
es boutiques des Apoticaires painctes au des
sus de figures joyeuses, & frivoles, comme
de Harpies, Satyres, oysons bridés, lievres
cornuz, canes bastées, boucqs volants, cerfz
lymonniers, & aultres telles painctures con
trefaictes à plaisir pour exciter le monde a |
|
4 |
rire : Quel fut Silene maistre du bon Bac-
chus : mais au dedans lon reservoit les fines
drogues, comme Baulme, Ambre gris, Amo-
mon, Mucq, Ziuette, pierreries : & aultres
choses precieuses. Tel disoit estre Socra-
tes : par, que le voyant au dehors, & l'e-
stimant par lexterieure apparence, n'en
eussiez donné ung coupeau d'oignon : tant
laid il estoit de corps, & ridicule en son
maintien, le nés pointu, le regard d'ung
thaureau, le visaige d'ung fol, simple en
meurs, rusticq en vestements, paouvre de for
tune, infortuné en femmes, inepte à touts
offices de la Republicque, tousjours riant,
tousjours beuvant d'aultant à ung chascun,
tousjours se guabelant, tousjours dissimu-
lant son divin sçavoir. Mais ouvrant ceste
boyte, eussiez au dedans trouvé une celeste,
& impreciable drogue, entendement plus
que humain, vertu merveilleuse, couraige
invincible, sobrieté non pareille, contente-
ment certain, asseurance parfaicte, deprise
ment incroyable de tout ce, pourquoy les
humains tant ueillent, corent, travaillent,
naviguent, & bataillent. A quel propos, en
vostre advis, tend ce prelude, & coup d'es-
say ? Pour aultant, que vous mes bons disci-
ples, & quelques aultres filz de sejour, li- |
|
5 |
sants les joyeulx tiltres d'aulcuns livres
de nostre invention, comme Gargantua, Pan-
tagruel, Fessepinte, la dignité des Braguet
tes, Des poix au lard cum commento, &c.
jugez trop facilement nestre au dedans trai-
cté, que mocqueries, folateries, & menteries
joyeuses : veu que l'enseigne exterieure (c'est
le tiltre) sans plus avant enquerir, est commu-
nement receue à derision, & gaudisserie. Mais
par telle legiereté ne convient estimer les
œuvres des humains. Car vous mesmes
dictes, que l'habit ne faict pas le moyne, &
tel est vestu d'ahbit monachal, qui au de-
dans n'est rien moins, que moyne· & tel est ve
stu de cappe Hespagnole, que en son couraige
nullement naffiert à Hespagne. C'est, pour
quoy fault ouvrir le livre, & soigneusement
penser ce, que y est deduict. Lors congnoistrez, que
la drogue dedans contenue est bien d'aultre
valeur, que ne promettoit la boyte. C'est a di
re, que les matieres icy traictées ne sont tant
follastres, comme le tiltre au dessus preten-
doit. Et posé le cas, qu'au sens literal vous
trouviez matieres assez joyeuses, & bien cor
respondantes au nom, toutesfoys par demou
rer là ne fault, comme au chant des Sirenes : a
ins à plus hault sens interpreter ce, que par
adventure cuydiez dict en gayeté de cueur. |
|
6 |
Crochetastes vous oncques bouteilles ?
Caisgne. Reduisez à memoyre la contenen-
ce, qu'aviez. Mais veistes vous oncques chien
rencontrant quelque os medulaire ? C'est com-
me dit Platon .l.ij. de rep. la beste du monde
plus Philosophe. Si l'avez veu, vous avez
peu noter, de quelle devotion il le guette, de
quel soing il le garde, de quel' ferveur il le
tient, de quelle prudence il l'entame, de quelle
affection il le brise, & de quelle diligence il le
succe. Qui l'induict à ce faire ? Quel est l'e-
spoir de son estude ? quel bien pretend il ? Rien
plus qu'ung peu de mouelle. Vray est, que ce
peu, plus est delicieux, que le beaucoup de
toutes aultres : pource, que la mouelle est ali-
ment elabouré à perfection de nature, comme
dict Galien .iij. fac. natur. & .xi. de usu parti.
A l'exemple d'icelluy nous convient estre saiges
pour fleurer, sentir, & estimer ces beaulx li
vres de haulte gresse, legiers au prochas, &
hardis à la rencontre. Puis par curieuse le-
çon, & meditation frequente rompre l'os, &
succer la substantificque mouelle. C'est a di
re, ce que j'entends par ces symboles Pythago-
ricques, avecques espoir certain d'estre faictz
escorts, & preux à ladicte lecture. Car en
icelle bien aultre goust trouverez, & doctri-
ne plus absconse, qui vous revelera de tres- |
|
7 |
haultz sacrements, & mysteres horrificques,
tant en ce, que concerne nostre religion, que aussi
l'estat politicq, & vie œconomicque. Croyez
vous en vostre foy, qu'oncques Homere escrip-
vant l'Ilyade, & Odyssée, pensast es allego-
ries, lesquelles de luy ont beluté Plutarche,
Heraclides Poncticq, Eustatie, & Phornute :
& ce que d'iceulx Politian a desrobé ? Si le
croyez, vous n'aprochez ne de piedz, ny de
mains à mon opinion, que decrete icelles aussi
peu avoir este songées d'Homere, que d'Ovi
de en ses Metamorphoses les sacrements de
l'Evangile, lesquelz ung frere Lubin vray cro-
quelardon s'est efforcé de monstrer, si d'aven
ture il rencontroit gens aussi folz, que luy, & (com
me dict le proverbe) couvercle digne du chau
deron. Si ne le croyez, quelle cause est, pour-
quoy aultant n'en ferez de ces joyeuses, &
nouvelles chronicques ? Combien, que les dictant
ny pensasse en plus, que vous, qui paradventure
beuviez comme moy. Car à la composition de ce
livre seigneurial je ne perdiz, ny emploiay
oncques plus, ny aultres temps, que celluy qui
estoit estably à prendre ma refection corpo
relle, sçavoir est, beuvant & mangeant. Aussi
est ce la juste heure d'escrire ces haultes ma
tieres, & sciences profondes. Comme bien
faire sçavoit Homere parangon de touts |
|
8 |
Philologes, & Ennie pere des Poëtes La-
tins, ainsi que tesmoigne Horace, quoy
qu'ung malautru ayt dict, que ses carmes
sentoyent plus le vin, que l'huyle. Aultant en
dict ung Tirelupin de mes livres, mais bien
pour luy. L'odeur du vin ô combien plus est
friant, riant, priant, plus celeste, & delicieux que
d'huyle ! Et prendray aultant à gloire, qu'on
die de moy, que plus en vin aye despendu, que
en huyle, que feit Demosthenes, quand de luy
on disoit, que plus en huyle, qu'en vin despen
doit. A moy n'est que honneur & gloyre, d'e-
stre dict, & repute bon gaultier, & bon com-
paignon : & en ce nom suis bien venu en tou
tes bonnes compaignies de Pantagruelistes.
A Demosthenes fut reproché par ung cha-
grin, que ses oraisons sentoyent comme la ser
pielliere d'ung ord, & sale huylier. Pour-
tant interpretez touts mes faictz, & mes
dictz en la perfectissime partie, ayez en re
verence le cerveau caseiforme, qui vous paist
de ces belles billes vezées, & à vostre pou-
voir tenez moy tousjours joyeulx. Or es-
baudissez vous mes amours, & gayement li-
sez le reste tout à laise du corps, & au profit
des reins. Mais escoutez vietzdazess, que le
maulubec vous trousque, vous soubvienne
de boyre amy pour la pareille, & je vous ple
geray tout ares metys. |
|
9 |
De la Genealogie, & antiquité de
Gargantua. Chapitre I. |
| [illustration] |
JE vous remectz à la grande
chronicque Pantagrueline
à congnoistre la genealogie,
& antiquité, dont nous est
venu Gargantua. En icelle
vous entendrez plus au long, comment les
Grandz nasquirent en ce monde, & com-
ment d'iceulx par lignes directes yssit Gar
gantua pere de Pantagruel : & ne vous fa-
schera, si pour le present je m'en deporte.
Combien, que la chose soit telle, que tant
plus seroit remenbrée, tant plus elle paliroit
à voz seigneuries : comme vous avez l'autho |
|
10 |
rité de Platon in Philebo, & Gorgialt de
Flacce, qui dict estre aulcuns propos telz,
que ceulx cy, qui plus sont delectables,
quant plus souvent sont redictz. Pleust à
Dieu, qu'ung chascun sceust aussi certai-
nement sa genealogie, depuis l'arche de
Noë, jusques à cest eage. |
Je pense, que plusieurs sont ajourd'huy
Empereurs, Roys, Ducz, Princes, & Papes
en la terre, lesquelz sont descenduz de quel-
ques porteurs de rogatons, & de costretz.
Comme au rebours plusieurs sont gueux
de l'hostiere, souffreteux, & miserables, les
quelz sont descenduz de sang, & ligne de
grandz Roys, & Empereurs. |
Attendu l'admirable transport des regnes
& empires |
Des Assyriens, es Medes.
Des medes, es Perses.
Des Perses, es Macedones.
Des Macedones, es Romains.
Des Romains, es Grecz.
Des Grecz, en Françoys. |
Et pour vous donner à entendre de moy,
qui parle, je cuyde, que soys descendu de
quelque riche Roy, ou Prince au temps jadis.
Car oncques ne veistes homme, qui eust
plus grande affection d'estre Roy, & riche |
|
11 |
que moy, affin de faire plus grand' chere,
& pas ne travailler, & bien enrichir mes
amys, & touts gens de bien, & de sçavoir.
Mais en ce je me reconforte, que en l'aul-
tre monde je le seray, voyre plus grand, que
de present ne l'oseroys soubhaitter.
Vous en telle, ou meilleure pensée re-
confortez vostre malheur, & beuvez fraiz,
si faire se peult. |
Retournant à noz moutons, je vous dy,
que par ung don souverain nous a esté re-
servée l'antiquité, & genealogie de Gar-
gantua, plus entiere, que nulle aultre, dont
je ne parle : car il ne m'appartient : aussi les
diables (ce sont les calumniateurs, & ca-
pharts) s'y opposent. Et fut trouvée par
Jean Audeau, en ung pré, qu'il avoit prés
l'arceau galeau au dessoubz de l'Olive, ti-
rant à Narsay. Du quel faisant lever les fos
ses, toucharent les piocheurs de leur mar-
res ung grand tombeau de bronse, long sans
mesure, car oncques n'en trouvarent le bout,
par ce, qu'il entroit trop avant les excluses
de Vienne. Icelluy ouvrants en certain lieu
signé au dessus d'ung gobelet, à l'entour du
quel estoit escript en lattres Etrusques,
HIC BIBITUR, trouvarent neuf flac
cons en tel ordre, qu'on assied les quilles en |
|
12 |
Gascongne. Desquelz celluy, qui au my-
lieu estoit, couvroit ung gros, gras, grand,
gris, joly, petit, moisy, livret, plus, mais
non mieulx sentant, que roses. |
En icelluy fut la dicte genealogie trou-
vée escripte au long, de lettres concelle-
resques, non en papier, non en parchemin,
non en cyr : mais en escorce d'Ulmeau, tant
toutesfoys usées par vestuté, qu'a peine en
pouvoit on troys recongnoistre de ranc.
Je (combien qu'indigne) y fus appellé :
& à grand renfort de bezicles practicant
l'art, dont on peult lire lettres non appa-
rentes, comme enseigne Aristotel la trans
latay, ains que veoir pourrez es Panta-
gruelisants, c'est a dire, beuvants à gré, & li
sants les gestes horrificques de Pantagruel.
A la fin du livre estoit ung petit traicté in-
titulé, Les Fanfreluches antidotées.
Les Ratz, & Blattes, ou (affin que je ne
mente) aultres malignes bestes avoyent
brousté le commencement : le reste j'ay cy
dessoubz adjousté, par reverence de l'an-
tiquaille. |
Les Fanfreluches antidotées trou=
vées en ung monument an=
tique. Chapi. II |
|
13 |
| [illustration] |
[…][1] 'enule grand dompteur des Cimbres
[…]sant par l'aer, de peur de la rousée,
[…] sa venue on a remply les Timbres
[…] beure fraiz, tombant par une housée
[…] uquel quand fut la grand'mer arrousée.
Cria tout hault, hers par grace peschez le :
Car sa barbe est presque toute embousée :
Ou pour le moins, tenez luy une eschelle.
Aulcuns disoient, que leicher sa pantoufle
Estoit meilleur, que gaigner les pardons :
Mais il survint ung affeté Marroufle,
Sorty du creux, ou lon peche au gardons,
Qui dit, Seigneurs, pour Dieu nous en
gardons. |
|
| [1] Impression altérée, les premiers caractères de chaque vers du premier quintil manquent. |
|
14 |
L'anguille y est, & en cest estau musse.
Là trouverez (si de pres regardons)
Une grand'tare au fond de son aumusse.
Quand fut au poinct de lire le chapire,
On n'y trouva, que les cornes d'ung veau.
Je (disoit il) sens le fond de ma mitre
Sifroid, que autour me morfond le cerveau.
On l'eschauffa d'ung parfum de naveau :
Et fut content de soy tenir es atres,
Pourveu, qu'on fait ung limonnier nouveau
A tant de gents, qui sont acariatres.
Leur propos fut du trou de sainct Patrice
De Gilbatha, & de mille aultres trous :
S'on les pourroit reduire à cicatrice,
Par tel moyen, que plus n'eussent la toux :
Veu, qu'il sembloit impertinent à touts,
Les veoir ainsi à chascun vent baisser.
Si d'adventure ilz estoient à ping clous,
On les pourroit pour ostage bailler.
En cest arrest le Corbeau fut pelé
Par Hercules, qui venoit de Libye
Quoy ? dit Minos, que n'y suis je appellé ?
Excepté moy tout le monde on convie.
Et puis lon veult, que passe mon envie,
A les fournir d'huytres, & de grenoilles. |
|
15 |
Je donne au diable en cas, que de ma vie
Prenne à mercy leur ventre de quenoilles.
Pour les matter survint. Q.B. qui clope,
Au saufconduit des mistes Sansonnetz.
Le tamiseur, cousin du grand Cyclope,
Les massacra. Chascun mouche son nés,
En ce gueret peu de bougrins sont nays,
Qu'on n'ayt berné sus le moulin a tan.
Courez y touts : & à l'arme sonnez,
Plus y aurez, que n'y eustes antan.
Bien peu apres, l'oyseau de Jupiter
Delibera pariser pour le pire.
Mais les voyant tat fort se despiter,
Craignit, qu'on mist ras, jus, bas, mat,
l'empire :
Et mieulx ayma le feu du ciel empire
Au tronc ravir, ou lon vend les soretz,
Que l'ar serain, contre qui lon conspire,
Assubjectir es dictz des Massoretz.
Le tout conclud fut à poincte affilée,
Maulgré Até, la cuisse heronniere,
Que là s'assist, voyant Pentasilée
Sus ses vieux ans prinse pour cressonniere.
Chascun crioyt, vilainne charbonniere
T'appartient il toy trouver par chemin ?
Tu la tolluz la Romaine banniere, |
|
16 |
Qu'on avoit faicte au traict du parchemin.
Ne fust Juno, que dessoubz l'arc celeste
Avec son duc tendoit à la pipée,
On luy eust faict ung tour se tresmolestre,
Que de tous poincts elle eust esté frippée.
L'accord fut tel, que d'icelle lippée
Elle en auroit deux oeufz de Proserpine :
Et si jamais elle u estoit grippée,
On la lieroit au mont de L'albespine.
Sept moys apres, ostez en vingt, & deux,
Cil, qui jadis anichila Carthage,
Courtoysement se mist en mylieu d'eaulx
Les requerant d'avoir son heritage :
Ou bien, qu'on feit justement le partage
Selon la loy, que lon tire au rivet,
Distribuant ung tati du potage
A ses facquins, qui feirent le brevet.
Mais l'an viendra signé d'ung arc tourquoys
De cinq fuseaux, & troys culz de marmite,
Auquel le dos d'ung Roy trop peu courtoys
Paouvre sera soubz ung habit d'hermite.
O la pitié ! Pour une chattemite
Laisserez vous engouffrer tant d'arpents ?
Cessez, cessez, ce masque nul n'imite.
Retirez vous au frere des Serpents. |
|
17 |
C'est an passé cil, qui est, regnera
Paisiblement avec ses bons amys.
Ny brus, ny Smach lors ne dominera :
Tout bon vouloir aura son compromis.
Et le soulas, qui jadis fut promis
Es gents du ciel, viendra en son beffroy.
Lors les haratz, qui estoient estommis,
Triumpheront en royal palefroy.
Et durera ce temps de passe passe
Jusques à tans, que Mars ayt les empas.
Puis en viendra ung, qui touts aultres passe,
Deliteux, plaisant, beau, sans compas.
Levez voz cueurs : tendez à ce repas
Toutes mes feaulx. Car tel est trespassé,
Qui pour tout bien ne retourneroit pas
Tant sera lors clamé le temps passé.
Finablement celluy, qui fut de cire,
Sera logé au gond du Jacquemart.
Plus ne sera reclamé, Cyre, Cyre,
Le brimbaleur, qui tient le cocquemart.
Heu, qui pourroit saisir son bracquemart !
Tost seroient netz les tintouins cabus :
Et pourroit on à fil de poulemart
Tout baffouer le maguazin d'abus. |
|
18 |
Comment Gargantua fut unze
moys porté au ventre de sa
mere. Chapi. III |
| [illustration] |
GRandgosier estoit bon raillard en
son temps, aymant à boyre net aul-
tant, que homme, qui pour lors fut
au monde, & mangeoit vouluntiers salé.
A ceste fi navoit ordinairement bonne mu
nition de jambons de Magence, & de Baion-
ne, force langues de bœuf fumées, abondan-
ce d'andouilles en la saison, & bœuf salé à
la moustarde. Renfort de boutargues, pro
vision de saulcisses, non de Bouloigne (car
il craignoit li bouconi de Lombard) mais
de Bigorre, de Lonquaulnay, de la Brene, |
|
19 |
& de Rouargue. En son eage virile espou-
sa Gargamelle fille du Roy des Parpai-
llos, belle gouge, & de bonne troigne. Et
faisoient eux deux souvent ensemble la be
ste à deux doz, joyeusement se frotants leur
lard, tant qu'elle engroissa d'ung beau filz,
& le porta jusques à l'unziesme moys. Car
aultant, voyre d'advantage, peuvent les
femmes ventre porter, mesmement, quand
c'est quelcque chief d'œuvre, & personna-
ge, qui doibve en son temps faire grandes
prouesses. Comme dict Homere, que l'en-
fant (duquel Neptune engroissa la nym-
phe) nasquit l'an apres revolu : ce fut le
douziesme moys. Car domme dict A. Gelle
lib. iij. ce long temps convenoit à la maje-
sté de Neptune, affin qu'en icelluy l'enfant
fust formé à perfection. A pareille raison
Jupiter feit durer .xlviij. heures la nuyct,
qu'il coucha avecq' Alcmene : car en moins
de temps n'eust il peu forger Hercules, qui
nettoya le monde de monstres, & tyrants.
Messieurs les anciens Pantagruelistes ont
conformé ce, que je dis, & ont declairé non
seullement possible, mais aussi legitime
l'en
fant nay de femme l'unziesme moys apres
la mort de son mary. Hippo. li. de alimento.
Pline li. vij. cap. v. Plaute in Cistellaria. |
|
20 |
Marcus Varro en la satyre inscripte
Le testament, allequant l'authorité d'Ari-
stoteles à ce propos. |
| Censorinus lib. de die natali. |
Aristoteles libr. vij. capi. iij. & iiij. de nat.
animalium. |
| Gellius lib. iij. ca. xvi. |
Et mille aultres folz. Le nombre desquelz
a esté par les Legistes acreu. ff. de suis,
& legit .l. interstato. §. fi. |
Et in autent. de restitut. & es. quæ parit. in
xi. mense. |
D'abondant en ont chaffourré leur robi-
dilardicque loy. |
Gallus ff. de lib. & posthu. & .l. septimo. ff.
de stat. homi. & quelcques aultres, que
pour le present dire n'ose. |
Moyennant lesquelles loix, les femmes
vesvues peuvent franchement jouer du ser-
re corpiere à touts enviz, & toutes restes,
deux moys apres le trespas de leurs ma-
rys. Je vous prie par grace vous aultres
mes bons averlants ; si d'icelles en trouvez,
qui vaillent le desbraguetter, montez des
sus, & me les amenez. Car si au troysies-
me moys elles engroissent, leur fruict se-
ra heritier du deffunct. Et la groisse con-
gneue, poulsent hardyment oultre, & vo- |
|
21 |
gue la Galée, puis que la panse est pleine.
Comme Julie fille de l'Empereur Octavian
ne s'abandonnoit à ses taboureurs, sinon
quand elle se sentoit grosse, à la forme, que
la navire ne reçoit son pilot, que premie-
rement ne soit calladatée, & chargé. Et si
personne les blasme de soy faire ratacon-
niculer ainsi sur leur groisse, veu que les be
stes sus leur ventrées n'endurent jamais le
masle masculant : elles erespondront, que
ce sont bestes, mais elles sont femmes : bien
entendantes les beaulx, & joyeux menuz
droictz de superfetation : comme jadis res-
pondit Populie selon le rapport de Ma-
crobe lb. ij. Saturnal. Si le diavol ne
veult, qu'elles engroissent, il
fauldra tortre le dou-
zil, & bou-
che close. |
Comment Gargamelle estant
grosse de Gargantua, men=
gea grand'planté
de tripes.
Chapitre IIII. |
|
22 |
| [illustration] |
L'occasion, & maniere comment Gar-
gamelle enfanta, fut telle. Et si ne le
croyez, le fondement vous escappe.
Le fondement luy escappoit une apres dis-
née le .iij. jour de Febvrier, par trop avoir
mangé de gaudebillaux. Gaudebillaux
sont grasses tripes de coiraux. Coiraux
sont beoufz engressés à la creche, & prés
guimaulx. Prés guimaulx sont, qui por-
tent herbe deux foys l'an. D'iceulx gras
boeufz avoient faict tuer troys cents soixente
sept mille, & quatorze, pour estre à mar-
dy gras sallés : affin qu'en la prime vere
ilz eussent beouf de saison à tas, pour au com
mencement des repas faire commemoration de
salures, & mieulx entrer en vin. Les tripes |
|
23 |
furent copieuses, comme entendez : & tant
friandes estoyent, que chascun en leschoit ses
doigtz. Mais la grand'dyablerie à quatre
personnaiges estoit bien en ce, que possi-
ble nestoit longuement les reserver. Car
elles fussent pourries. Ce que sembloit in-
decent. Dont fut conclud, quilz les bauffre
roient sans rien y perdre. A ce faire convia-
rent toutes les citadins de Sainnais, de Suil
le, de la Rocheclermaud, de Vaugaudry,
sans laisser arrier Coudray, Montpensier,
le Guedevede, & aultres voisins : touts bons
beuveurs, bons compaignons, & beaulx jou-
eurs de quillela. Le bon homme grandogiser
y prenaoit plaisir bien grand : & commendoit, que
tout allast par escuelles. Disoit toutesfoys
à sa femme, quelle en mangeast le moins,
veu qu'elle approchoit de son terme, & que
ceste tripaille n'estoit viande moult loua-
ble. Celluy (disoit il) a grand'envie de mas
cher merde, qui d'icelle le sac mange. Non
obstant ces remonstrances, elle en mangea seze
muiz, deux bussars, & six tupins : o belle ma
tiere fecale, que debvoit boursougler en elle !
Apres disner touts allarent (pelle melle) à
la saulsaye, & la sur l'herbe drue dançarent
au son des joyeux flageolletz, & doulces
cornemuses : tant baudement, que c'estoit passe- |
|
24 |
temps celeste les veoir ainsi soy rigouller.
Puis entrarent e npropos de ressiner au
propre lieu. Lors flacons d'aller : jambons
de troter, gobeletz devoler, breusses de
tinter. Tire, baille, tourne, brouille. Bout-
te à moy, sans eaue, ainsi mon amy : fouet-
te moy ce voirre gualentement, produis
moy du clairet, verre pleurant. Treves de
soif. Ha faulse fiebvre, ne t'en iras tu pas ?
Par ma foy ma commere je ne peuz entrer
en bette. Vous estes morfondue mamye.
Voire. Ventre sainct Quenet parlons de
boire. Ceste main vous guaste le nés. O
quand aultres y entreront, avant que ce-
stuy cy en sorte. Boire à si petit gué : c'est
pour rompre son poictral. Cecy s'appelle
pipée à flacons. Quelle différence est en-
tre bouteille, & flaccon ? grande, car bou-
teille est fermée à bouchon, & flaccon à
vitz. Nos Peres beurent bien & vuidarent
les potz. C'est bien chié, touts beuvons.
Voulez vous rien mander à la riviere ? ce-
stuy cy va laver les tripes. Je boy comme
ung templier, & je tamquam sponsus, & moy
sicut terra sine aqua. Ung synonyme de
jambon ? c'est ung poulain. Par le poulain
on descend le vin en cave, par le jambon, en
lestomach. Or ça à boire, à boire ça, Il ny |
|
25 |
a poinct charge. Respice personam : pone
pro duos : bus non est in usu. Si je montois
aussi bien, comme j'avalle, je fusse pieça
hault en l'aër. Mais si ma couille pissoit tel
le urine, la vouldriez vous bien succer ? Je
retiens apres, paige baille, je t'insinue ma
continuation en mon tour. Hume Guillot,
encores y en à il ung pot. Remede contre
la soif ? Il est contraire à celluy, qui est con-
tre morsure de chien. Courez tousjours
apres le chien, jamais ne vous ordera :
beuvez tousjours avant la soif, & jamais
ne nous adviendra. Du blanc. verse tout
vers de par le dyable, verse. de ça, tout
plain. la langue me pele. Lans tringue, à
toy compaing de hayt, de hayt. la, la, la. c'est
morfiaillé cela. O lachryma Christi : c'est
de la Deviniere. c'est vin pineau. O le gen
til vin blanc, & par mo name ce n'est, que
vin de tafetas. Hen hen, il est à une oreille,
bien drappé, & de bonne laine ; Mon com-
paignon couraige ; Pour ce jeu nous ne vo
lerons pas, car j'ay faict ung levé. Ex hoc
in hoc. Il n'y a poinct d'enchantement.
Chascun de vous la veu. Je y suis maistre
passé de passé. Abrum à brum, je suis preb-
stre Mace. O les beuveurs, O les alterés.
Paige mon amy, emplis icy, & couronne le |
|
26 |
vin, je te pry. A la cardinale. Natura abhor
ret vacuum. Diriez vous, qu'une mouche y
eust beu ? A la mode de Bretaigne. Net, net,
à ce pyot. Avallez, ce sont herbes. |
Comment Gargantua nasquit
en facon bien estrange.
Chapitre. V. |
| [illustration] |
EUlx tenants ces menuz propos de
beuverie, Gargamelle commença à
se porter mal du bas. |
Dont Grand gosier se leva dessus l'her
be, & la reconfortoit honnestement, pen-
sant que ce fust mal d'enfant, & luy di-
sant, qu'elle s'estoit la herbée soubz la saul
saye, & qu'en brief elle feroit pied neuf : |
|
27 |
par ce luy convenoit prendre couraige nou
veau au nouvel advenement de son pou-
pon, & encores, que la douleur luy fust
quelcque peu en fascherie : toutesfoys, que
ycelle seroit briefve, & la joye, qui tost
succederoit, luy tolliroit tout cest ennuy :
en sorte, que seullement ne luy en resteroit
la soubvenance. Je le prouve (disoit il)
Nostre saulveur dit en l'evangile, Ioannis
xvi. La femme, qui est à l'heure de son en-
fantement, a tristesse : mais lors qu'elle a
enfanté, elle n'a soubvenir aulcun de son
angoisse. Ha (dist elle) nous dictes bien,
& ayme beaulcoup mieulx ouyr telz pro-
pos de l'evangile, & mieulx m'en trouve,
que de ouyr la vie saincte Marguerite, ou
quelcque aultre capharderie. Maus pleust
à Dieu, que vous l'eussiez couppé. Quoy ?
dist Grandgosier. Ha (dist elle) que vous
estes bon homme ! vous l'entendez bien.
Mon membre (dist il) ? Sang de les ca-
bres, s'il vous semble bon, faictes apporter
ung cousteau. Ha (dist elle) ja Dieu ne
plaise, Dieu me le pardoynt, je ne le dis
de bon cueur : & pour ma parolle n'en fai-
ctes ne plus, ne moins. |
Mais je auray prou d'affaires ajour-
dhuy, si Dieu ne me ayde : & tout par vo- |
|
28 |
stre membre, que vous fussiez bien ayse.
Couraige, couraige (dist il) ne vous sou
ciez au reste, & laissez faire au quatre
boeufz de devant. Je men voys boire enco
res quelcque vegade. Si ce pendant vous
survenoit quelcque mal, je me tiendray
pres, huschant en paulme je me rendray
à vous. |
Peu de temps apres elle commença à
souspirer, lamenter, & crier. Soubdain vin
drent à tas saiges femmes de touts cou-
stes. Et la tastant par le bas, trouvarent
quelcques pellauderies, assés de maulvaus
goust, & pensoyent, que ce fust l'enfant :
mais c'estoit le fondement, qui luy escap-
poit, a la mollification du droict intestin,
lequel vous appellez le boyau cullier, par
trop avoir mangé des tripes, comme avons
declairé cy dessus. |
Dont une horde vieille de la compai-
ginie, laquelle avoit reputation d'estre gran
de medicine, & là estoit venue de Brize-
paille d'aupres Sainct Genou d'avant soi-
xante ans, kuy feist ung restrinctif si horri-
ble, que touts ses larrys tant durent oppi-
lés, & reserrés, que à grand'peine avec-
ques les dentz vous le eussiez eslargiz :
qui est chose bien hoorible à penser. |
|
29 |
Mesmement, que le dyable à la messe
de Sainct Martin escripvant le quaquet de
deux galoises, à belles dentz alongea son
parchemin. Par cest inconvenient furent
au dessus relaschés les cotyledons de la ma-
trice, par lesquelz sursaulta l'enfant, &
entre en la vene creuse, & gravant par le
dyaphragme jusques au dessus des espau-
les (ou ladicte vene se part en deux) print
son chemin à gauche, & sortit par loreille
senestre. |
Soubdain, qu'il fut né, ne cria comme
les aultres enfants, mies, mies, mies. Mais
à haulte voix s'escrioit, à boire, à boire, à
boire, comme invitant tout le monde à boi-
re : si bien qu'il fut ouy de tout le pays de
Beusse, & de Bibaroys. |
Je me doubte, que ne croyez asseurément
ceste estrange nativité. Si ne le croyez, je
ne m'en soucie : mais ung homme de bien,
ung homme de bon sens croyt tousjours ce,
qu'on luy dict, & qu'il trouve par escript.
Ne dict Salomon proverbiorum. xiiij ?
Innoccens credit omni verbo, &c. Et sainct
Paul, priame Corinthiorum. xiij. Chari-
tas omnia credit. Pourquoy ne le croiriez
nous ?
Pource (dictes vous) qu'il n'y a nulle |
|
30 |
apparence. Je vous dy, que pour ceste
seulle cause vous le debvez croire en foy
parfaicte. Car les Sorbonistes disent, que
foy est argument des choses de nulle ap-
parence ; Est ce contre nostre luy, nostre
foy, contre raison, contre la saincte escri-
pture ? De ma part je ne toruve rien es-
cript es bibles sainctes, qui soit contre ce-
la. Mais si le vouloir de Dieu tel eust esté,
diriez vous, qu'il ne l'eust peu faire ? Ha
pour grace, n'emburelucocquez jamais
vos espritz de ces veines pensées. Car je
vous dis, que à Dieu rien n'est impossible.
Et s'il vouloit, les femmes auroient dores-
navant ainsi leurs enfants par l'oreille.
Bacchus ne fut il pas engendré par la
cuisse de Jupiter ? |
Rocquetaillade nasquit il pas du talon
de sa Mere ? |
Crocquemouche de la pantoufle de sa
nourrice ? |
Minerve nasquit elle pas du cerveau
par l'oreille de Jupiter ? |
Mais vous seriez bien d'avantaige esba-
hy, & estonnés, si je vous exposoys presen
tement tout le chapitre de Pline, auquel
parle des enfantements estranges, & con-
tre nature. Et toutesfoys je ne suis poinct |
|
31 |
menteur tant asseuré, comme il a esté. Li-
sez le septiesme de sa naturelle histoire,
capi. iij. & ne m'en t'abustez plus l'enten-
dement. |
Comment le nom fut imposé à
Gargantua, & comment
il humoit le piot.
Chapitre. VI. |
| [illustration] |
LE bon homme Grandgosier beuvant
& se rigollant avecques les aultres
entendit le cry horrible, que son filz
avoit faict entrant en la lumiere de ce mon-
de, quand il brasmoit demandant à boire,
à boire, à boire : dont il dist, que grand tu |
|
32 |
as, supple le gosier. Ce que oyants les assi-
stans, dirent que vrayement il debvoit avoir
par ce le nom Gargantua, puis que telle avoit
esté la premiere parolle de son Pere à sa
naissance, à l'imitation, & exemple des anciens
Hebreux. A quoy fut condescendu par icel
luy, & pleut tresbien a sa Mere. Et pour
l'appaiser, luy donnarent à boyre à tyre
larigot, & fut porté sur les fonts, & là ba-
ptisé, commee st la coutume des bons chre-
stiens. Et luy furent ordonnées dix, & sept
mille neuf cents vaches de Pautille, & de
Brehemond,pour l'alaicter ordinairement,
car de trouver nourrice suffisante n'estoit
possible en tout le pays, consideré la grand'
quantite de laict requis pour icelluy ali-
menter. Combien qu'aulcuns docteurs
Scotistes ayent affermé, que sa Mere l'alai
cta, & qu'elle pouvoit traire de ses mam-
melles quatorze cents pippes de laict pour
chascune foys. Ce que n'est vray sembla-
ble. Et a esté la proposition declairée par
Sorbone scandaleuse, des pitoyables oreil
les affensive, & sentant de loing heresie.
En cest estat passa jusques à ung an, & dix
moys : auquel temps par le conseil des me
decins on commença le porter, & fut fai-
cte une belle charrette à boeufz par l'in- |
|
33 |
vention de Jehan Denyau : & là dedans
on le pourmenoit par cy, par là joyeuse-
ment, & le faisoit bon veoir : car il portoit
bonne trongne, & avoit presque dix, &
huyt mentons, & ne cryoit, que bien peu :
mais il se couchoit à toutes heures, car il
estoit merveilleusement phlegmaticque des
fesses, tant de sa complexion naturelle, que
de la disposition accidentable, qui luy estoit
advenue par trop humer de purée Septem
pbrale. Et n'en humoyt goute sans cause.
Car s'il advenoit, qu'il fust despit, cour-
rouce, fasché, ou marry, s'il trepignoyt, s'il
pleuroit, s'il cryoit, luy apportant à boyre,
lon le remettoit en nature, & soubdain de-
mouroit quoy, & joyeulx. Une de ses gou-
vernantes m'a dict, que de ce faire il estoit
tant coustumier, qu'au seul son des pinthes,
& flaccons, il entroit en ecstase, comme s'il
goustoit les joyes de paradis. En sorte, que
elles considerans ceste complexion divine pour
le resjouyr au matin faisoyent devant luy
sonner des verres avecques ung cousteau, ou
des flaccons avecq leur toupon, ou des pin-
thes, avecq leur couvercle. Auquel son il
s'esgayoit, il tressailloit, & luy mesme se
berssoit en dodelinant de la teste, monichor
disant des doigtz, & barytonant du cul. |
|
34 |
Comment on vestit Gargantua.
Chap. VII. |
| [illustration] |
LUy estant en cest eage, son Pere or-
donna ; qu'on luy feist des habille-
ments à sa livrée, laquelle estoit de
blanc, & bleu. De faict on y besongna, & fu
rent faictz, taillés, & cousuz à la mode, qui
pour lors couroit. Par les anciennse Pan-
tarches, qui sont en la chambre des com-
ptes à Monsoreau, je trouve, qu'il fut ve-
stu en la façon, qui snsuyt. |
Pour la chesmie, furent levées neuf cents
aulnes de toille de Chsteleraud : & deux
cents, pour les coussons en sorte de car-
reaulx, lesquelz on mist soubz les esselles. |
|
35 |
Et n'estoit poinct froncée, car la fronsure
des chemises n'a esté inventée, sinon de-
puis, que les Lingieres, lors que la poincte
de leur aguille estoit rompur, ont com-
mencé à besongner du cul. |
Pour son pourpoinct furent levées huict
cents treize aulnes de satin blanc, & pour
les agueillettes, quinze cents neuf peaulx,
& demye, de chiens. Lors commença le
monde attacher les chausses au pourpoinct,
et non le pourpoinct aux chausses, car c'est
chose contre nature, comme amplement a
declairé Olkam sus les exponibles de M.
Haultechaussade. |
Pour ses chausses furent levées unze
cents cinq aulnes, & ung tiers d'estamet
blanc : & furent deschicquettées en forme
de colomnes striées, & crenelées par le der
riere, affin de neschauffer les reins. Et floc-
quoit par dedans la deschicqueture de Da
mas bleu, tant que besoing estoit. Et notez,
qu'il avoit tres belles grefves, & bien pro-
portionnées au reste de sa stature. |
Pour la Braguette, furent levées seize
aulnes ung quartier d'icelluy mesme drap,
& sur la forme d'icelle comme d'ung arc
boutant, bien estachée joieusement à deux
belles boucles d'or, qui prenoyent deux |
|
36 |
crochetz d'esmail, en ung chascun des-
quelz estoit enchassée une grosse esmerau-
de de la grosseur d'une pomme d'orenge.
Car (ainsi, que dict Orpheus, libro de lapi-
dus, & Pline libro ultimo) elle a vertu
erective, & confortative du membre natu-
rel. L'exiture de la Braguette estoit à la
longueur d'une canne, deschicquettée com
me les chausses, avecq le dams bleu flot-
tant comme devant. Mais voyant la belle
brodure de cane tille, & les plaisants en-
trelaz d'orfebvrerie, garniz de fins Dia-
mans, fins Rubiz, fines Turquoyses, fines
Esmeraudes, & unions Persicques, vous
l'eussiez comparée à une belle corne d'a-
bondance, telles que voyez es antiquailles,
& telle, que donna Rhea es deux nymphes
Adrastea, & Ida nourrices de Juppiter.
Tousjours galante, succulente, refudante,
tousjours verdoyante, tousjours fleurissan-
te, tousjours fructifiante, pleine d'humeurs,
pleine de fleurs, pleine de fruictz, pleine de
toutes delices. Je advoue Dieu s'il ne la
faisoit bon veoir. Mais je vous en expose-
ray bien d'advantaige au livre, que j'ay
faict de la dignité des Braguettes. D'ung
cas vous advertis, que si elle estoit bien lon
gue, & bien ample, si estoit elle bien gar- |
|
37 |
nie au dedans, & bien avitaillée, en rien ne
ressemblant les hypocriticques braguettes
d'ung tas de muguetz, qui ne sont plei-
nes, que devent, au grant interest du sexe
femenin. |
Pour ses osuleirs furent lev »es quatre
cents six aulnes de velours bleu cramoysi,
& furent deschicquetés à barbe d'escre-
visse bien mignonnement ; Pour la quarre-
leure d'iceulx furent employés unze cents
peaulx de vache brune, tailléé à queues de
merluz. |
Pour son saye furent levées dix, & huict
cents aulnes de velours bleu tainct en grei
ne, brodé à l'entour de belles vignettes, &
par le mylieu de pintges d'argent de cane
tille, enchevestrées de verges d'or avecq
force perles, par ce denotant, qu'il seroit
ung bon fessepinthe en son temps.
Sa ceinture fut de troys cents aulnes &
demye de sarge de soye, moytie blanche,
& moytie belue, ou je suis bien abusé.
Son espée ne vut Valentienne, ny son
poignard Sarragossoys, car son pere hays-
soit touts ces Indalgos Bourrachous mar-
ranisés comme diables : mais il eut la belle
espée de boys, & le poignard de cuyr
bouilly, painctz, & d dorés, comme ung |
|
38 |
| chascun soubhaitteroit. |
Sa bourse fut faicte de la couille d'ung
Oriflant, que luy donna Her Pracontal,
Proconsul de Libye. |
Pour sa robbe furent levées neuf mille
six cents aulnes moins deux tiers de ve-
lours bleu, comme dessus, tout porfilé d'or
en figure diagonale : dont par juste per-
spective yssoit une couleur innommée, tel-
le que voyez es coulz des tourterelles, qui
resjouyssoit merveilleusement les yeulx
des spectateurs. |
Pour son bonnet durent levées troys
cents deux aulnes ung quart de velours
blanc, & fut la forme d'icelluy large, &
ronde à la capacité du chief. Car son pere
disoit, que ces bonnet à la Marrabeise faictz
comme une croste de pasté, porteroyent
quelque jour mal encontre à leurs tonduz.
Pour son plumart portoit une belle
grande plume bleue prinse d'une Ono-
crotal du pays de Hircanie la saulvaige,
bien mignonnement pendant sus l'oreil-
le droicte.
Pour son image avoit en une plataine
d'or pesant soixante, & huict marcz, une
figure d'esmail competant : en la quelle estoit
pourtraict ung corps humain ayant deux |
|
39 |
testes, l'une virée vers l'aultre, quatre
bras, quatre piedz, & deux culz telz, que
dict Platon in symposio, avoir esté l'humai
ne nature à son commencement mysticq, &
au tour estoit escript en lettres Ionicques, |
ΑΓΑΓΗ ΟΥ ΖΗΤΕΙ
ΤΑ ΕΑΥΤΗΣ. |
Pour porter au col, eut une chaine d'or
pesante vingt, & cinq millz soicante, &
troys marcz d'or, faicte en forme de gros-
ses basses : entre lesquelles estoyent en œu
vre gros Jaspes verds, engravés, & taillés
en Dracons touts environnés de rayes, &
estincelles, comme les portoit jadis le roy
Necepsos. Et descendoit jusque à la bouc-
que du petit ventre. Dont tout sa vie en
eut l'emolument tel, quel sçavent les me-
decins Gregoys.
Pour ses gands furent mises en œuvre
seize peaulx de lutins, & troys de loups
garoux pour la brodure d'iceulx. Et de tel-
le matiere luy furent faictz par l'ordon-
nance des Cabalistes de Sainlouand.
Pour ses anneaulx (lesquelz voulut son
pere qu'il portast pour renouveller le si-
gne antique de noblesse) il eu au doigt
indice de sa main gaulche une escarboucle |
|
40 |
grosse comme ung œuf d'Austruche, en-
chassée en or de seraph bien mignonne-
ment. Au doigt medical d'icelle eut un
anneau faict des quatre metaulx ensem-
ble, en la plus merveilleuse façon, que ja-
mais fut veue, sans que l'assier foirssast
l'or, sans que l'argent foullast le cuyvre.
Le tout fut faict par le cpaitaine Chap-
puys, & Alcofibras son bon facteur. Au
doigt medical de la dextre eu ung anneau
faict en forme spirale, auquel estoyent en-
chassés ung balay en perfection, ung dia-
mant en poincte, & une esmeraude de
Physon, de pris inestimable. Car Hans
Caruel grand lapidaire du Roy de
Melinde les estimoit à la valeur
de soixante neuf millions,
huict cents nonante, &
quatre mille mou-
tons à la grad'
laine : aultant
l'estima-
rent
les Fourques de
Auxbourg. |
|
41 |
Les couleurs, & livrée de Gar-
gantua. Chap. VIII. |
| [illustration] |
LEs couleurs de Gargantua furent blanc
& bleu, comme cy dessus avez peu li-
re. Et par icelles vouloit son pere
qu'on entendist, que ce luy estoit une joye
celeste. Car le blanc luy signifiot joye,
plaisir, delices, & resjouyssance : & le bleu,
choses celestes. J'entends bien, que lisant ces
motz, vous vous mocquez du vieil beuveur,
& reputez l'exposition des couleurs par
trop indague, & abhorrente : & dictes, que
blanc signifie foy : & bleu, fermeté. Mais
sans vous mouvoir, courroucer, eschauffer,
ny alterer (car le temps est dfangereux) re- |
|
42 |
spondez moy, si bon vous semble. D'aultre
contraincte ne useray envers vous, ny aul-
tres, quelz qu'ilz soyent. Seulement vous
diray ung mot de la bouteille. Qui vous
meut ? qui vous poinct ? qui vous dict, que
blanc signifie foy, & bleu fermeté ? Ung (di-
ctes vous) livre trepelu, qui se vend par les
bisouarts, & porteballes au tiltre, Le bla-
son des couleurs. Qui l'a faict ? Quicon-
ques il soit, en ce a este prudent, qu'il n'y a
poinct mis son nom. Mais au reste, je ne
sçay, quoy premier en luy je doibve admi-
rer, ou son oultrecuydance, ou sa besterie.
Son oultrecuydance, qui sans raison, sans
cause, & sans apparence, a osé prescripre
de son authorité privée, quelles choses se-
royent denotées par les couleurs : ce qui
est l'usance des tyrants, qui veulent leur
arbitre tenir lieu de raison, non des saiges,
& sçavants, qui par raisons manifestes
contentent les Lecteurs. Sa besterie, qui a
estime, que sans aultres demonstrations,
& arguments vallables le monde reigle-
roit ses devises par ses impositions badau
des. De faict (comme dict le proverbe, à cul
de foyard, tousjours abonde merde) il a
trouvé quelcque reste de nyays du temps
des haultz bonnets : lesquelz ont eu foy à |
|
43 |
ses escripts. Et celon iceulx ont taillé leurs
apophthegmes, & dictés : en ont encheve-
stré leurs Muletz : vestu leurs Pages, escar
telé leurs chausses, brodé leurs gands :
frangé leurs lictz : painct leurs enseignes :
composé chansons : & (qui pis est) faict
impostures, & lasches tours clandesti-
nement entre les pudicque matrones.
En pareilles tenebres sont comprins ces
glorieux de court, & transporteurs de
noms : lesquelz voulants en leurs devi-
ses signifier espoir, font protraire une
Sphere : des pennes d'oyseaulx, pour pei-
nes : de l'Ancholie, pour melancholie : la
Lune bicorne, pour vivre en croyssant :
ung banc rompu, pour bancque roupte :
non, & ung halcret, pour non durhabit :
ung lict sans ciel, pour ung licentié. Qui
sont homonymies tant ineptes, tant fa-
des, tant rusticques, & barbares, que lon
debvroit attacher une queue de Renard
au collet, & faire une masque d'une bou-
ze de Vache à ung chascun d'iceulx, qui en
vouldroit doresnavant user en France.
Par mesmes raisons (si raisons les doibs
nommer, & non resveries) feroys je pain-
dre ung panier : denotant, qu'on me faict
pener. Et ung pot à moustarde, que c'est mon |
|
44 |
cueur, à qui moult tarde. Et ung pot à pis-
ser, c'est ung official. Et le fond de mes
chausses, c'est ung vaisseau de petz, & ma
braguette, c'est le greffe des arrestz. Et ung
estront de chien, c'est ung tronc de ceans,
ou gist l'amour de mamye. Bien aultre-
ment faisoient au temps jadis les saiges
d'Egypte, quand ilz escripvoient par let-
tres, qu'ilz appelloient hieroglyphiques.
Lesquelles nul n'entendoit, qui n'enten-
dist : & ung chascun entendoit, qui enten-
dist la vertu, proprieté, & nature des cho-
ses par icelles figures. Desquelles Orus
Apollon a en Grec composé deux livres :
& Polyphile au songe d'amours en a d'a-
vantaige exposé. En France vous en avez
quelcque transon en la devise de monsieur
l'Admiral : laquelle premier porta Octo-
vian Auguste. Mais plus oultre ne fera
voyle mon esquif entre ces gouffres, &
guez mal plaisants. Je retourne faire scal-
le au port, dont suis yssu. Bien ay je espoir
d'en escrire quelcque jour plus ample-
ment : & monstrer tant par raisons Philo-
sophicques, que par authorités receues, &
approuvées de toute ancienneté, quelles,
& quantes couleurs sont en nature : en
quoy par une chascune peult estre desi- |
|
45 |
gné, si le dieu me saulve le moulle du bon-
net, c'est le pot au vin, comme disoit ma
mere grand. |
De ce, qu'est signifié par les
couleurs blanc, & bleu.
Chapi. IX |
| [illustration] |
LE blanc doncq' signifie joye, soulas,
& lyesse : & non à tort le signifie, mais
à bon droict, & juste tiltre. Ce que
pourrez verifier, si arriere mises voz affe-
ctions voulez entendre ce, que presente-
ment je vous exposeray. Aristitele dict,
que supposant deux choses contraires en
leur espece : comme bien, & mal : vertu, & |
|
46 |
vice : froid, & chaud : blanc, & noir : volu-
pté, & douleur : joye, & dueil : & ainsi des
aultres : si vous les coublez en telle façon,
qu'ung contraire d'une espece convienne
raisonnablement à l'ung contraire d'une
aultre, il est consequent, que l'aultre con-
traire compete avecq l'aultre residu. Exem
ple. Vertu, & vice sont contraires en une
espece : aussi sont bien, & mal. Si l'ung
des contraires de la premiere espece con-
vient à l'ung de la seconde : comme ver-
tu, & bien : car il est sceu, que vertu est
bonne : ainsi feront les deux residuz, qui
sont mal, & vice : car vice est maulvais.
Ceste reigle logicale entendue, prenez ces
deux contraires : joye, & tristesse : puis ces
deux, blanc, & noir. Car ilz sont contrai-
res physicalement. Si ainsi doncq' est, que
noir signifie dueil, à bon droict blanc si-
gnifiera joye. Et n'est poinct ceste signifian
ce par imposition humaine instituée, mais
receue par consentement de tout le mon-
de, que les Philosophes nomment jus gen
tium, droict universel valable par toutes
contrées. Comme assez scavez, que touts
peuples, toutes nations (j'excepte les an-
tiques Syracusants, & quelcques Argives :
qui avoient l'ame de travers) toutes lan- |
|
47 |
gues voulants exterieurement demon-
strer leur tristesse portent habit de noir : &
tout dueil est faict par noir. Lequel consen
tement universel n'est faict, que nature n'en
donne quelcque argument, & raison : la-
quelle ung chascun peult soubdain par
soy comprendre sans aultrement estre in-
struict de personne, laquelle nous appel-
lons droict naturel. Par le blanc à mesmes
induction de nature, tout le monde a en-
tendu joye, lyesse, soulas, plaisir, & delecta
tion. Au temps passé les Thraces, & Cre-
tes signoient les jours bien fortunés, &
joyeux, de pierres blanches : les tirstes, &
defortunés, de noires. La nuyct n'est elle
funeste, rriste, & melancholieuse ? Elle est
noire, & obscure par privation. La clarté
n'esjouyt elle toute nature ? Elle est blan-
che plus, que chose, qui soit. A quoy, prou-
ver je vous pourroys renvoyer au livre
de Laurent Valle contre Bartole : mais
le tesmoignage Evangelicque vous con-
tentera. Matth. xvij. est dict, que à la trans-
figuration de nostre Seigneur : vestimenta
cius facta sunt alba sicut lux, ses veste-
ments furent faictz blancs comme la lu-
miere. Par laquelle blancheur lumineu-
se donnoit entendre à ses troys Apostres |
|
48 |
l'idée, & figure des joyes eternelles. Car
par la clarté sont touts humains esjouys.
Comme vous avez le dict d'une vieille,
qui n'avoit dents en gueulle, encores di-
soit elle, Bona lux. Et Thobie, cap. v. quand
il eut perdu la veue, lors que Raphael le
salua, respondit. Quelle joye pourray je
avoir, qui poinct ne voy la lumiere du
ciel ? En telle couleur tesmoignarent les
Anges la joye de tout l'univers à la resur-_
rection du saulveur, Ioan. xx. & à son
Ascension, Act. i. De semblable parure veit
sainct Jehan evangeliste, Apocal. iiij. & .vij.
les fideles vestuz en la celeste, & beatifiée
Hierusalem. Lisez les histoyres antiques
tant Grecques, que Romaines, vous trou-
verez, que la ville d'Albe (premier patron
de Romme) fut & construicte, & appellée
à l'invention d'une truye blanche. Vous
trouverez, que si à aulcun, apres avoir eu
des ennemys victoyre, estoit decreté, qu'il
entrast à Romme en estat triumphant, il
y entroit sur ung char tiré par chevaulx
blancs. Aultant celluy, qui y entroit en
ovation. Car par signe, ny couleur ne pou-
voyent plus certainement exprimer la joye
de leur venue, que par la blancheur. Vous
trouverez, que Pericles Duc des Athe- |
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niens voulut celle part de ses gents d'ar-
mes, esquelz par sort estoient advenues les
febves blanches, passer toute la journée en
joye, soulas, & repos : ce pendant, que ceulx
de l'aultre part batailloyent. Mille aultres
exemples, & lieux à ce propos vous pour-
roys je exposer, mais ce n'est icy le lieu.
Moyennant laquelle intelligence pouvez
resouldre ung probleme, lequel Alexan-
dre Aphrodise a reputé insoluble. Pour-
quoy le Lyon, qui de son seul cry, & ru-
gissement espouvant touts animaulx,
seullement craint, & revere le coq blanc ?
Car (ainsi que dict Proclus lid ; de sacrifi-
cio, & magia) c'est par ce, que la presence
de la vertu du Soleil, qui est l'organe, &
promptuaire de toute lumiere terrestre,
& syderale, plus est symbolisant, & com
petante au coq blanc (tant pour icelle
couleur, que pour sa proprieté, & ordre
specificque) qu'au Lyon. Plus dict, qu'en
forme Leonine ont esté diables souvent
veuz, lesquelz à la presence d'ung coq
blanc soubdainement sont disparuz. Ce
est la cause, pourquoy Galli (ce sont les
Francoys ainsi appelés par ce, qu'ilz sont
blancs naturellement comme laict, q[u]e[2] les
Grecz nomment Gala, voulentiers portent |
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plumes blanches sus leurs bonnetz. Car
par nature ilz sont joyeulx, candides, gra-
tieux, & bien aymés : & pour leur sembole,
& enseigne ont la fleur plus, que nulle
aultre blanche, c'est le lys. Si demandez,
comment par couleur blanche Nature
nous induict entendre joye, & lyesse : je
vous responds, que l'analogie, & confor-
mité est telle. Car comme le blanc exte-
rieurement disgrege, & espart la veue,
dissolvant manifestement les espritz vi-
sifz, selon l'opinion d'Aristoteles en ses
problemes, & des perspectifz, & le voyez
par experience : quand vous passez les
montz couverts de neige : en sorte, que
vous plaignez de ne pouvoir bien regar-
der, ainsi que Xenophon escript estre ad-
venu à ses gents : & comme Galien expo-
se amplement lib. x. de usu partium : tout
ainsi le cueur par joye excellente est inte-
rieurement espars, & patist manifeste re-
solution des espritz vitaulx. Laquelle tant
peult estre acreue, que le cueur demoure-
roit spolié de son entretien, & par conse-
quent seroit la vie estaincte, par ceste peri
chardie : comme dict Galien lib. xij. Metho-
di lib. v. de locis affectis, & lib. ij. de sym-
ptomaton causis. Et comme estre au temps |
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