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Michel de Nostredame

Excellent & Moult utile Opuscule à tous necessaire

Lyon, Antoine Volant, 1551

201

vous verres qu'il sera bien blanc, & retour
né cuit à sa premiere mode : lors vous au-
res les pignons qui seront bien secz, & tres
bien mundez : & les mettres tous en un
coup dedens le succre, & avec le bistortier
le mesleres fort, jusques à ce que les pi-
gnons avec le succre soient bien meslez,
tenant tousjours le succre sur le feu de char
bons, à fin qu'il ne se refroidisse trop tost :
lors vous prendres un couteau de bois lar-
ge, qui sera à la mode d'un couteau de cor
donnier, & en prendres des pieces de la
grosseur posant environ une once & de-
mye, ou au plus deux petits onces, & les
estendres tout bellement dessus de papier,
jusques qu'il soit froid du tout, & puis y
mettres quelque feuille d'or non pas du
tout, mais quelque peu : & ce pignolat est
de tel que racompte Hermolaus Barba-
rus patriarche d'Aquileie à Pierre Cara ju
reconsulte de Mila, quand il dit :
Tum illati pugillares ex nuclei pineis &
saccharo pastilli. Par une epistre qu'il luy
envoye, laquelle nous avons traduit, &
l'avons inserée à la fin de nostre livre.
Et deves noter, que en lieu la ou lon ne
pourroit trouver des pignons, que lon eust
des amandes plumees, & les unes mypar-
ties, les autres quadriparties : & puis mises

202

avec le sucre, & en faire du pignolat. Et
si cas avenant que l'on eusse peu de pi-
gnons avec les amandes ainsi divisées ser-
vent comme pignons en goust, & peu dif-
ferent de vertu. Et par ainsi si voulez fai-
re du fenoil qui est greiné ou fleuri, que
lon garde aux maisons, cueilli du temps de
vendenges, que quand le sucre est prest a
y mettre les pignons dedens, lors qu'il est
chauld & batu tout blanc, lon peut plon-
ger le fenoil avec tout le baston dedens : et
semblera avis qu'il soit de manne, ou de
neige, tant beau et bon sera : et cela se pour
ra faire tout à un coup : mais il faut que a-
vant que vous veuilles mesler les pignons
avec le succre, & feres d'une pierre deux
coups : de la façon de ce pignolat a esté fait
à Savonne pour la segnora Benedetta seur
du marquis de sinat, l'an mil cinq cens qua
rante neuf, ordonné par moy.
Pour faire tartre de massapan, que Her-
molaus en l'epistre sequente nomme
Martios panes, qui se peuvent cuire
dens la maison, ou en quelque lieu
que ce soit facilement, comme verres
en ladite epistre.

     CHAP.  XXVII.

203

PRenes des amandes plumées bien net
tes une livre, faites les piler fort dens
un mortier de marbre avec demi livre de
 succre de Madere : & quand le tout sera
tresbien pisté ensemble, vous y mettres un
peu de l'eau rose, en les pillant, pour cause
qu'elles ne rendent huylle : & quand[1] elles
seront tresbien pistées, vous en feres de pe
tits tourteaulx, ou de petites tarteletes tou
tes rondes estendues dessus des oblies : &
que soient primes : & pourres faire de peti
tes quadratures en
ceste forme sus les
dites oblies : & puis
les feres cuire au
four. Et quand elles
seront demy cuites
au four, vous aures
du succre en poul-
dre, & le pasteres
avec blancz d'œufs, peu du suc des oren-
ges : & feres qu'il sera fort liquide : & quand
la tartre sera presque du tout cuite, vous la
sortires du four, & avec une plume luy
mettres par dessus de ce succre liquefié : &
puis retourneres la tartre dens le four tant
seulement pour prendre couleur : & quand
sera cuite, la trouveres avoir un goust fort
delectable & savoreux : car quand il y a du
[1] U inversé.

204

succre en plus grande quantite, la rend pa-
steuse, et fascheuse a manger, et en est
moins delectable.   Et si vous voules la
faire cuire dens la maison, & à toutes heu
res bien facilement, vous feres chaulfer au
feu la palete de fer, que lon tient au foyer
pour le feu : et feres qu'elle soit rouge : à
lors vous mettres la tartre, ou les petitz
biscuitz faits de ladite paste : & les mettres
dessus une escabelle, ou dessus la table : puis
prendres ladite palete toute rouge, & l'ap
procheres de ladite tartre, la passant legie
rement par dessus sans la toucher, jusques
à ce que vous verres qu'elle prendra cou
leur : et quand elle sera cuite de ce costé la,
lors vous la tourneres de l'autre costé, &
la feres cuire ainsi : et quand elle sera cui-
te, vous luy donres sa couleur, comme il
est dit au paravant : et en la cuisant de ce-
ste façon, elle est meilleure que au four,
pource que ne sent point aucune fumée.
Et ceste façon de la cuire ne se fait que
en cas de necessite : laquelle est plus tost
cuite que formée. Et ceste icy la nommoit
Hermolaus Barbarus pains Martiaulx, qui
servent pour medicine, & pour delicatesse
a manger à toutes heures : quelques uns
possible se mocqueront d'avoir voulu de-
scrire chose si exigue, que tous apotichaires

205

sçavent : mais plus tost je l'ay voulu met-
tre par escrit pour le commun populaire,
& pour les dames qu sont cupides de sa-
voir : et pour toutes manieres de gens : et
aussi que sont plusieurs de la pharmaceu-
trie, que combien qu'ilz saichent beau-
coup, bien cecy leur est ignoré.
Et notes si vous voules faire une tartre,
qui soit d'un tresbon goust et fresche, faut
que vous la faites quand les amandes sont
fresches, & nouvelles prinses à l'arbre, par
lors si vous goustes de l'une, & de l'autre,
vous trouveres une grande difference de
goust et de bonte.
Pour faire les penites, que nous appel=
lons succre panys, que combien que
Bulchasis Arabe de son temps fort
experimenté l'aye laissé par escrit se=
lon sa mode, toutesfois pour la vraye
& parfaite façon vous les verres icy.

     CHAP.  XXVIII.
COmbien qu'ilz soient plu-
sieurs consurmez en l'art de
pharmaceutrie, & que possi-
ble ont vescu soixante ans,
ils n'ont jamais veu comme
les penites se faisoient : car la plus grand

206

part d'eux les achatent des grossiers : aussi
que pour leur industrie est une chose fa-
cheuse & laborieuse a faire : car un ou
deux ne le peuvent faire, quand il vient a
les tirer que pour satisfaire à quelques jeus
nes qui nouvellement sont entrés en la co
gnoissance des compositions, qu'ilz le puis-
sent faire par le moyen de cest escrit, sans
nullement faillir : & notes bien comme
vous les feres : car si vous les faites ainsi,
vous n'en faillires jamais un : & avant que
venir à la description, jevous ay voulu met-
tre cest avertissement.
PRenes de succre en cassonade qui soit
mediocrement belle, faites la fondre
& liquefier avec d'eau à sa quantite suffi-
sante, comme d'une livre & demie : & faites
la boullir : & quand commencera de boul-
lir, faites la couler gentilment qu'il n'y de
meure point aucune paille de cannes, que
voluntiers se tiennent a la casonnade : &
puis retourneres dedens la poualle ladite
casonnade & la feres cuire à toute sa der-
niere cuite, que est telle que quand vous
verres qu'il sera cuit en forme de electuai-
re, vous luy diminueres le feu : & puis vous
aures un verre d'eau tout plein la tout
prest, & un fuseau dedens, que quand vous
vouldres essaier si le succre est cuit, vous

207

tremperes ledit fuseau de boys dens le suc
cre : & puis tout soubdain le mettres dens
le verre d'eau, pour le refroidir : & puis
vous mettres ledit fuseau dens la gorge
pour essuier : que si vous sentes entre les
dens que le succre soit tenace qu'il se tien-
ne aux dentz, il n'est pas cuit : & le faut prou
ver & essayer bien souvent : car s'il y de-
meuroit un tour doeilz tant seulement a-
pres la perfection de la cuite, il se brusleroit
& seroit gasté : mais vous tourneres essaier
avec le fuseau, le mettant dedens le succre
qui boult : & puis le mettres soubdainement
dens le verre d'eau le garoullant pour le
refroidir : & puis tout à coup aux dents : que
si vous voyes qu'il se rompe tout facile-
ment en pieces, comme un verre, ou une
piece de glace, lors tout soubdain & sans
tarder ostes le du feu : & luy laisses un peu
abaisser l'escume, comme par l'espace d'a
voir di un Ave Maria, sans plus : puis tout
soubdain & sans dilaier vous le jetteres des
sus le marbre qui sera un peu oingt d'huyl
le, & bien peu qu'il ne le sente : que si n'aves
marbre, sus une table de noyer : mais gar-
dera sa chaleur trop longuement : & quand
il sera mis dessus le marbre, il s'estandra
par tout, lors vous le remettres tousjours
en un monceau : & puis quand vous verres

208

qu'il sera un peu en masse molle, vous le
prendres tout chauld, que à peine le peult
on endurer : & le mettres sus le croq de fer
qui est fait expressement : & la vous le ti-
reres le plus long qu'il se pourra faire : & en
le tirant, il ne faut pas craindre la chauld :
& ne faut oindre les mains de rien, fors
les mettre sur la farine de l'amidon : &
quand vous le tireres, faites que au com-
mencement que vous ne le tires que à la
pointe des doigtz : car si vous en prenes à
plein poing, il vous demeurera tout à la
main : & le croq n'en a point : qui est cause quil
se pannisse entre les mains : mais si vous en
prenes peu, il s'estendra, & s'eslongera tout
ainsi que vous vouldres : & quand vous ver
res que en le tirant il ne sera bein blanc,
vous le tourneres tirer un peu d'avantai-
ge, luy mettant par dessoubz le croq une
eschaufete avec du feu : & faut que quand
l'un le laissera, que l'autre le preigne pour
solaiger les mains de la chaleur : car le suc
cre porte de soy une chaleur vehemente, qui
dure longuement : doncques quand vous ver
res qu'il sera bien blanc, lors vous le fileres
peu a peu de la grosseur ou primeur que
vous vouldres faire : & estendres des fueil-
les de papier du long emblanchies de fari-
ne fine, ou d'amidon : & quand il sera du

209

tout tiré & fillé : si vous voules qu'il soit
pannissé dens une heure, vous le mettres
dens une boite large, & puis l'approcheres
du feu, ou le mettre en part qu'ellese puis-
se bien chaufer de tous costez, ilz seront pan-
nissés dens demy heure, ou mettre sa boi-
te pendue dens un ponson vuide, & mettre
dens le ponson une eschaufete de feu que
se chaufe bien : & le ponson que soit bien
couvert : & ilz seront en demie heure pan-
nissés.   Et notes que il ne s'en peu faire à
chacune fois que deux livres, ou deux livres
& demie, au plus loing, & plus fort que soit
& il n'y faut mettre n'y adjouster chose
que soit au monde, ne miel, ne huylle, com
me font quelques resveurs & ignorantz : car
ne les fait que ennoircir & faire sentir mal :
& quand ilz sont faitz long temps, ilz devien
nent comme roux & moittes, que est une
chose qui les denigre : mais qui les vouldra
faire qu'ilz soient beaulx en toute perfe-
ction, il n'y faut autre chose fors le succre
en cassonnade, ou d'un pain de succre la
pointe : pource que n'est pas si ferme comme
seroit le cul, qui est tousjours plus solide.
Et debves entendre, que si vous le vou-
les faire de quelque beau succre en pain, il
se feroit bien : mais non pas si facilement,
comme ilz se feroit de cassonnade : car la

210

viscosite qui est en elle, ce que n'est pas au
succre fin, la rend plus tractable, & plus faci-
le a tirer, que tant plus lon le tire, & tant mi-
eulx s'enblanchist. Bulchasis en serviteur e-
stoit d'advis de chacune livre de succre de y
mettre une once de miel : mais sauf sa perpe-
tuelle memoire sont estéz quelques uns qui
en cest endroit l'ont voulu ensuyvre, & ont
fait des penites que estoient laides & de mau
vais goust : & sont esté d'autres que quand
estoient pres de leur cuite, qui y mettoient
d'huylle d'amandes doulces, que quand ilz
estoient parachevez, ilz sentoient le rance : &
en lieu d'estre lenitifz du gosier, ilz le ve-
noient a faire cuire, pour cause de l'huylle :
doncques quand vous vouldres faire de bel
les penides ou penites, selon la susdites descri-
ption, les feres à toute perfection.
Pour faire syrop rosat laxatif, que une
once sera merveilleuse operation, &
sans violence, que lon en pourra bail=
ler à une femme enceinte es premiers
& derniers moys, en tout eage, & en
 tout temps sans dangier nul que ce
soit.  
     CHAP.      XXIX.
PRenes de roses rouges de celles qui ont la
couleur cerusée, que participent de

211

blanc & rouge, que nous dison, color sara-
ceus, qui est incarnat : & en prendres le nom-
bre de neuf cents, & n'y aura seulement que
les feuilles, ou les boutons qui sont à demy
espandis, ou ouverts : & apres que les aures
tresbien desfueilléez, qu'il en y ait plus tost
dix cens que neuf : & nettoyées qu'elles soient,
vous les frotteres un peu entre les mains à
fin que s'il y avoit quelque bouton qui feut
entier, que par ce moyen il se deffist : aussi
que l'eau chaulde le penetre plus facilement :
& a lors vous mettres toutes les roses dens
une cruche de terre envernissee que soit gran
de : & puis vous aures de l'eau de fontaine, &
la feres bouillir : & quand elle sera bouillan-
te, vous la verseres dedens la cruche : & avec
un baston les remueres fort, à fin que l'eau
bouillante soit bien meslée avec les roses : &
quand il y aura asses d'eau, que couvrira tou
tes les roses, vous les laisseres tremper par le-
space de vingtquatre heures dens ladite cru-
che : & au bout de vingtquatre heures vous
verseres le tout dens une poualle, ou chaul-
deron : & les feres bouillir deux ou trois ebul
litions : & puis vous couleres la decoction, &
l'exprimeres le plus fort que vous pourres
avec un pressoir, ou entre deux bastons tant
qu'il ny demeure que les roses toutes seiches
& blanches : & la decoction qui sera ver-

212

meille comme vin, et odorante comme
eaue rose, vous la mettres dans une fiolle, et
aures encores d'avantaige cinq centz ro-
ses desfueilléez comme celles au paravant :
et les mettres dens ladite cruche : puis vous
prendres ladite decoction qui est dans la
fiole, et la feres chaufer pres a boullir : et
quand sera bien chaulde, vous la verseres
dedens les roses : et si n'y avoir asses de la
decoction, y pourres un peu mettre d'eau
bouillante, et laisseres tremper par autres
vingtquatre heures : et au bout de vingt-
quatre heures vous le feres boullir un peu :
et puis couleres la decoction, et la presseres
le plus fort qu'il vous sera possible : & quand
le tout sera coulé, vous prendres une livre
de succre de dixhuit onces, & le mettres
dedens la decoction sans clarifier : & le fe-
res boullir jusques à ce qu'il soit en forme
de syrop un peu mal cuit : car les roses parti
cipent de viscosite, que sont le syrop espes :
& quand il sera cuit, vous le osteres du feu :
& quand il sera froid, vous le mettres dens
un vaisseau de verre, ou de terre envernis
sé : & il suffit d'en prendre une once le ma-
tin qu'il fera une operation merveilleuse
& louable.
Et sont d'aulcuns qui le enrichissent avec
du rhabarbe : & par lors il fait son operation

213

plus louable, & est nommée Catarticum
imperiale, que vaut autant a dire, comme
medicine laxative pour Roys ou Empe-
reurs, & se met ainsi.
Prendres de rhabarbe qui soit bon le
poix de quatre onces, de cinamome bon
une drachme : & feres le tout mettre en
pouldre : & quand le syrop sera pres que de
cuit, vous prendres ladite rhabarbe, & la
mettres dans une piece d'estamine claire,
& la estacheres avec un filet pendu dedens
quand le syrop boullira : & l'esprimeres sou-
vent : & quand le syrop sera cuit, vous met-
tres le syrop dens son vaisseau : & puis pen-
dres la rhabarbe dedens ledit syrop, & le
fermeres tresbien : de ce syrop doivent u-
ser les seigneurs qui ont domination sur
quelquun, qui ne sont mie maistres de leur
cholere : car une once de ce syrop la eva-
cuera par un long temps guerissant la fie-
vre tierce, & la preservant d'icelle : & est nom-
brée entre les medicines royales, que
se peuvent prendre en seurete.
Aussi l'on en peut faire d'u-
ne autre sorte, qui est
aussi bon, et de
si bonne ope
ration.

214

Autre façon pour faire le syrop rosat la
xatif, qui fait une operation ouable.

     CHAP.  XXX.
PRenes des roses rouges comme des pre
mieres de la couleur, ou des rouges :
mais elle n'ont pas tant de maraitude, la
quantite que vous vouldres, & les mettres
dans un mortier de marbre, & les pilleres
fort, tant que vous pourres : & puis en tireres
du suc tant qu'il en pourra sortir : & quand
vous cognoistres qu'il y pourroit avoir
deux livres & demie de suc sans le purifier,
vous prendres une livre de belle casonnade
bien nette du poi de seze onces : & le feres
boullir tout ensemble sans rien l'escumer : &
le feres cuire jusques qu'il soit en forme de
syrop : & quand il sera cuit parfaitement se-
lon ce lui luy appartiendra, vous le osteres
du feu, & le laisseres refroidir : & le mettres
dans son vaisseau, & en pourres prendre une
once comme du premier.   Que si vous
voules qu'il soit plus excellent, & son opera
tion soit plus magnifique, & pour person-
naiges genereux, vous prendres du rhabar-
be qui soit bien bon une[2] once, de cinamome
deux scrupules, de spicænardi le poix de quin
ze grains : le tout soit pulverisé ensemble bien
subtilement, qu'il ne s'esvente : & quand le
[2] Ces deux derniers mots soudés.

215

tout sera bien pulverié, vous le mettres de-
dens le pot ou est le syrop rosat, & le mesle
res fort ensemble avec une spatule, ou une
cuilliere d'argent tant qu'il soit bien meslé :
& quand vous en vouldres user, faites remuer
fort le pot : & en prendres une bonne once,
& le detremperes avec un bouillon de pou-
let sans sel, ou de quelque eau cordiale : &
le prendres le matin en jeun, il fera une ope-
ration sans vous fascher de rien, & vous fera
faire cinq ou six celles sans vous fascher nul
lement, ny donner douleur d'estomach, ny
de ventre, ny de cœur : que apres que il aura
fait son operation, vous vous sentires tant al
leigre & alleigé, que vous naves jamais prins
medicine laxative plus amiable, ny que plus
aye fait de bien, & de profit.
Les grandz seigneurs ont de costume de
prendre tout ainsi qu'il s'ensuit, & fait une
non pareille operation, chassant la melan-
cholie, & maintenant l'homme perpetuele-
ment alleigre & joyeux.   Prendres demie
once de sene oriental, & le conquassez fort,
& le faites boullir dens le bouillon d'un pou
let qui soit fort boulli : dens ledit bouillon
dissouldres une once de ce syrop rosat : alors
vous porres dire, que vous ne printes jamais
medicine laxative, que plus vous aye fait de
bien, ny plus resjouyt que cestuy syrop icy,

216

lequel j'ay fait faire & fais pour personnai
ges d'honneurs & delicatz.
Pource que à la composition de ce syrop
est une mode qui est facile : mais possible
que peu en usent, je l'ay fait user souvent
mesmes à Savone pres de Gennes par plu-
sieurs gentilz homes, qui de leur naturel
veulent user medicamentz solutifz, qui sont
de benignite : & entre tout le faisoit bien
messer Antonio Vigerchio espicier de Sa-
vone, home de bien, auquel veritablement
en la faculte de la pharmeceutrie luy est
deue la palme, ou le laurier, combien qu'il
est allé de vie à trespas. René le pillier
verd à Lyon du temps que je y estoys l'an
mil cinq cens quarantesept de peste, qui e-
stoit un personnaige qui en cest estat la
faisoit en home de bien : à Aix en Proven
ce surpassera tous ceux que j'ay hanté va-
gant par le monde exerceant & cognois-
sant la qualite des gens, le pur & synce-
re Joseph Turel Mercurin : combien que
François Berard Salonnois, qui vient à
imiter le siecle doré, qui à toute perfection,
fait & accomplit ce q'uil fait. J'ay cogneu
à Marseille pour une cité qui est abondan
te de tous simples medicaments, & que pre
mier abordent la, je n'oserois dire les mes
chancetes qu'ilz se commettent en la com-

217

position de la medicine : peu en exempter, &
pire se feroit, s'il n'estoit la perspicace &
sçavoir Hippocratique de maistre Loys Ser
re, que si Herasistratus estoit en presaiges,
l'advoueroit pour le sien : de Monpellier cité
fameuse est locupletée d'un nombre de sça-
vans personnaiges en la parfaite faculte de
medicine, que en y a qui à toute perfection pa
rachevent & la font : aussi que la y a de present
personnaiges ou toute la doctrine de me-
dicine est curieusement excercée & d'en-
tre eux sont plusieurs qui continuellement
labourent, redigent par escrit pour perpe-
tuer leur memoyres  à jamais : comme sont
Antonius Saporta filius, que je ne sçay si
l'ame de Hippocrates seroit point transfor-
mée en luy : de M. Guillaume Rondelet, a
qui Aelianus Massarius, ou Dioscorides le
lentilleux luy auroient point laissée par une[3]
divine mutation deEuphorbi en luy : et
Honnorius Castellanus qui est encores au
soleil levant : car il n'est permis a excer-
ceants la faculte latrice de rien rediger par
memoire qu'ilz ne soient au soleil cou-
chant. En la universite d'Avignon sont plu
sieurs, qui font tout le contraire que Chri
stus nous a commandé, quand il disoit que
l'on se preparast thresor au ciel, ou les lar
rons ne desrobent point : ne si fait banque
[3] Ces deux derniers mots soudés .

218

faillie, ne se pourroit il pas adapter de faire,
que cas par l'estude des lettres que leur nom
seroit immortel ? quand Homere parloit &
les autres de l'ame au ciel, ne se pouvoit il
pas entendre, Strenuorum immortale no-
men ? mais vrayement ilz preferent la ri-
chesse de ce miserable monde, qui tost pe-
rit à celle que par les lettres seroit à tout ja-
mais par durable. Mais ilz sont comme Tan
talus, tant tant, & si n'ont rien. Mais nous re
viendrons au chemin d'où nous sommes ve
nus, pour donner advis à quelques uns, qui
auront cognoissance de plusieurs gents : &
laissons à part ceux qui ont sçavoir & pou-
voir, qui aiment mieulx un escu, que s'ilz
avoient prins peine d'escrire une heure : ce
que je cognois plusieurs qui ont le sça-
voir pour le faire : mais la richesse les aveu-
gle, & pensent avoir bonne raison, & ilz se-
ront bien deceuz.   Peribit memoria eorum
fine sonitu, non pas d'erain. J'ay autrefois
practiqué en la cité de Bourdeaux, de Thou
louse, Narbonne, Carcassonne, & la plus
grand part au pays d'Agenois : Agen mes-
mes la ou, la faculte de Medicine estoit sou-
verainement faite, & a esté resuscitée en son
plus haut degré, non pas tant seulement[4] la
Medicine, mais tout Philosophie Platoni-
que, depuis la venue de Julius Cæsar Squa
[4] seulemens.

219

liger, que je ne scay si son ame seroit point
le pere de l'eloquence Cicero, en la parfaite
& supresme poesie un second Maro, en la do
ctrine de Medicine deux Galiens, de qui je
me tiens plus redevable, que de personnaige
de ce monde, & plus de precepteurs meurs
auxquelz perpetuellement ne fais que vac-
quer. La non pareille cité de Lyon estoit ny
a guieres pourveue d'un notable personnai
ge de incomparable sçavoir, qui est Phil.
Sarracenus, qui des miens premiers prin-
cipes moy ja aagé l'avois instigué, que j'ay
ouy dire qu'il s'est retiré à Ville Franche :
Illi nec invideo : mais il me semble que veu
sa doctrine, qu'il ne devoit aller la : car leur
regne ne sera guieres durable. En passant
à Valence Allobrogum un bien excellent
apotichaire de qui ne me souvient du nom,
qui en lettres mathematiques je ne say si je
feus esbays de voir dens son cabinet ce que
voyoit Aristippus, quil veit au rivage de Sy
racuse, ou ailleurs, quand il eut tout perdu
son bien par mer, qu'il veit des lignes, & des
quadratures, ou une pergula de Archime-
des, tant trouvis l'engin subtil : de la science
de medicine je n'y cogneuz aucun : vray est
que à Vienne je veis aucuns personnaiges di
gnes d'une supreme collaudation : dont l'un
estoit Hieronymus Monttus home digne

220

de louenge, & Franciscus Marius jeusne
home d'une expectative de bonne foy.
Devers nous ne avons que Franciseus Va
leriola, du quel en nostre preface avons
fait mencion, que pour sa singuliere hu-
manite, & pour son sçavoir prompte & de
memoire tenacissime me contrainct de
le rememorer. Icy ou je fais ma residen-
ce je suis logé pour la faculte de quoy je
fais profession entre bestes brutes, & gents
barbares, ennemys mortelz de bones let-
tres, & de memorable erudition. Pour ne
prolonger par trop ce petit livre, je feray
fin du tout, promettant que cecy est aggrea
ble de la loclupleter par plusieurs autres
choses dignes de commendation.
Pourtant amy lecteur si tu voys quel-
que matiere, laquelle ne te soit agreable,
ou par novité te faille retirer le front, je te
diray ce qu'ay veu engravé en marbre.
Credis sum Pythio vera magis tripode.
Vray est qu'il ya beaucoup de choses, que
sont chieres & difficiles a faire : mais si tu
veux dens ton cerveau calculer, ne trouve
ras chose que ne soit que par trop facile a
faire : mais qui vouldroit user d'une par
trop severe avarice, il pourroit bien estre,
que l'intention de quoy l'on pretenf seroit
frustrée. J'ai obmis plusieurs autres distil-

221

lations tant d'huilles, que d'autres liqueurs,
que pour ne donner trop grande facherie, je
les ay laissé : aussi plusieurs sortes & façons
de faire confitures, & condiments, que se-
roit possible que plusieurs s'en facheroient,
mais je vous dy, que si quelquun a parfai-
te intelligence de sçavoir cognoistre la
maitrise de bien & devement gouver-
ner le succre, il mettra tous fruitz en par-
faite confiture : & par l'opposite, que si tu
ne sçais bien cognoistre l'effect du succre,
quand il est liquefié, tu mettras tout à per-
dition, que moiennant nostre doctrine il
sera conduit, que le personnaige qui jamais
ne l'auroit mis en besongne l'administre
ra aussi bien que celuy qui l'aura pratiqué
toute sa vie. Vray est, que celuy qui a ver-
sé plus longuement, il fera mieulx son cas
par asseurance, que le nouveau, com-
me il est bien de raison. Donques
il vous plaira de recevoir en
gre ce petit Livre, que
je vous presente
par estreines
de nouvel
lete.
FIN.

222

In commendationem cele-
berrimi Medicæ facultatis
doctoris, DN. MICHAELIS
Nostradami huiusce libel-
li, candidis Lectoribus non
exiguam commodi-
tatem allaturi,
autoris exi
mii,
hexastichum.
Doctor ave summa dignissime laude
Michaël,
Nec studiis desint præmia magna tuis.
Hoc referas paruo quàm plurima do=
gmata libro :
Sicque tuus multis proderit ipse labor.
Multa doces debet quæ commendare iu=
ventus :
Et tua laudabunt scripta legenda senes.

223

HERMOLAUS
Barbarus envoie salut à
Pierre Cara jurecon
sulte & facondis-
sime Ora-
teur.
Translatée de Latin en François par M
maistre Michel Nostra-
damus.
LE Seigneur Tri=
vulve vaillant ho
me en fait de
guerre, & en
temps de paix a
espousé femme,
une dame Nea-
politaine d'une tresnoble & honorable
famille. Je suis esté invité au convive,
mais plus tost au soupper pontifical &
somptueux : mais moy aux premieres
viandes que feurent apportéez, je feuz
 saoul : & faisois plus du spectateur, que

224

du convive. Je pense qu'il te sera bon &
aggreable, ou aux posterieurs, si je te
veulx descrire les mets, & les viandes, non
pas ainsi que Macrobe envers les no=
stres, ne Atheneus aux Grecz par grandz
volumes nous a laissé par escrit : mais
tout ainsi qu'un homme accupé, & non
excedant la mesure d'une epistre.
PRemierement l'on donna l'eau a la
ver les mains, mais non pas comme
 devers nous l'on fait tout debout, mais[5]
bien elle feut presentée, quand un chas=
cun feut assis, & par tout eau rose : en a=
pres & tout incontinent feurent appor
tes le pignolat en tablete & roche fait
de succre, eau rose, & pignons, & puis
apres la tartre & massepan faits de suc=
cre, eaue rose, & amandes, que nous ap=
pellons communement pains Martiens.
Le second metz feurent des espar=
ges nouvelles.

Le tiers metz c'estoient le cœur, le
foye, & l'estomach des oyseaux, foya
[5] Ce mot dupliqué.

225

ge les appelle noz cuysiniers.
Le quatriesme metz la chair de dain
 rostie.
Le cinquiesme les testes de jenisses
& veaux boullies avec leurs peaux.
Le sixiesme chappons, poulailles, pi=
geons accompaignez avec langues de
beufz, jambons de truye, le tout bouilly,
adjousté avec la saulce du lymon : ainsi
les cuysiniers Milanoys les appellent,
ce que nous cuysiniers Venitiens appel=
lent sermiaque.
Le septieme le chevreau tout entier
rosty, à un chascun dens une assiette d'ar=
gent, en forme quadrangulaire, avec le
jus qui se fait des cerises amayres, ou
comme aucuns aiment mieulx appeler,
cerises de laurier, qui se fait en lieu d'une
saulse & condiment.
Le huictiesme tourterelles, perdrix,
faisans, cailles, gryves, bequeficz, & de
toutes manieres de volataille, mollement
& studieusement rosties, les olives Salon

226

noises, colymbades feurent mises en lieu
de condiment.
Le neufviesme un coq cuit avec le suc
cre madefié & arrousé avec l'eau rose a
un chascun des convivez dens une petite
platine d'argent concave, ainsi comme
toutes les autres vaisselles.
Le dixiesme metz c'estoit un petit co
chon tout entier rosty, à un chacun deux
sus un petit vaisseau escuelle, ou il y avoit
une certeine liqueur à chacune vaisselle.
Le unziesme metz c'estoit un paon
rosty, & pour son condiment il y avoit
une saulse blanche, ou plus tost ferrugi=
née, qui estoit de foyes pistez, & d'une
precieuse & aromatique composition,
adjoustée selon la proportion & sim=
metrie, les Espagnolz l'appellent Gar=
rouchas.
Le douziesme metz c'estoit un mon=
de tortu, & recroquillé, qui estoit fait
 d'oeufz, laict, saulge, farine, & succre :
nous l'appellons saulgret.

227

Le treziesme metz estoit cartiers de
coings consuz avec succre, girofle &
 canelle.
Le quatorziesme c'estoient costes de
chardons, pignons, artichaulz, si vous
aimes mieulx.
Le quinziesme, apres que les mains
feurent lavées, toutes sortes de dragées,
comme coriandre, fenoil de Florence, a=
mandre, anis, giroflat, orengeat, canelat,
dragée musquée.
Et apres ilz feurent amenes joueurs
de farces, & comœdies, battelleurs, &
joueurs de goubelletz et faiseurs de sou=
bresaulz, joueurs de bonnes moralitez,
chemineurs dessus les chordes : d'autres
qui de leur bouche contrefaisoient tou=
tes sortes d'animaulz, de toutes sortes
d'instrumetz à fleutes, joueurs de lucqs,
orgues, espinetes, guiternes & psalte-
rions, harpes.   En apres à un chacun
metz les torches de cyre blanche faites
en parfum & lymnicques demy dorées

228

aloient devant, & estoient concavez de=
dens : ou il y avoit de toutes sortes d'oy=
seaulx, & autres animaulx de quatre
piedz : & d'autant de sortes qu'il y avoit
de touts oyseaulx & autres animaulx
cuictz apportéz à table, autant en y a=
voit il des vifz : une chacune table estoit
adaptée avec ses sieges & son buffet :
& ceux qui servoient aux privez, estoient
privez : les ministres cogneuz aux co=
gneuz : devant toutes les autres choses, il
y avoit une silence telle que nul onques
de la secte Pythagorique n'y observa ja-
mais.   Dieu avec toy, de Milan cc
vi. de May M. CCCC. LXXXVIII.
Michaël Nostradamus
Sextrophæanus fa-
ciebat Salone
litoreæ,
1552

229

S'ensuyt la Table des cho-
ses contenues en ce
present Li
vre.
¶ Ce qui est comprins en la premiere par
tie, touchant la maniere pour faire di-
vers fardemens, et senteurs, pour l'illu
stration de la face.
Et premierement,
Pour accoustrer le sublimé qui est une
souveraine composition pour l'illu-
stration de la face Page 25
Un'autre mode pour bien preparer & ac-
coustrer le sublimé, non moindre que
la premiere Page 33
Pour faire pommade d'une souverainne o-
deur, bonte & excellence 36
La façon vraye pour faire l'huylle de ben
join, qui est la plus souverainne senteur
qui se puise faire : & qui est le fonde-
ment des bonnes senteurs : & apres le
baulme naturel, & l'huylle de l'ambre
cest icy tient le principat en suavité d'o
deur, qui estoit nommé ros cyriacus 42
Autre façon pour faire le susdit huylle de
bejoin 45

230

Pour faire huylle de noix muscade en toute
parfaiction, qui a toutes les vertus de la
noix muguete. Page 46
Autre maniere pour faire le susdit huylle,
mais sophistique, & a tant ou plus de ver
tu & d'efficace que le premier. 47
Pour faire la principale matiere pour poul-
dre de senteur de perfaite boné & excel-
lence, qui est une odeur non estrange,
mais rend une suavité aggreable, & de lon
gue duree, qu'est fort souveraine pour la
peste. 48
Pour faire pouldre de violete. 54
Pour faire une paste laquelle sera d'une
bonne odeur durant longuement, laquel
le est fort propre & decente pour paster
les pommes de senteur, ou pour faire des
patinostres. 55
Autre annotation pour composer pommes
de senteur. 57
Pour faire autres pommes de senteurs non
guieres moindres que les premieres. 60
Pouldre pour nettoyer & emblanchir les
dentz, & rendre l'haleine doulce & souef
ve, & en petits de jours netoie les dentz,
& les rend blanche comme yvoirre pour
noires & rousses quelles soient. 61
Un'autre façon plus excellente pour net-
toyer les dentz mesmes ceux qui sont

231

fort pourries & corrompues. Page 61
Pour faire l'eaue de senteurs pour arouser
les formes, ou petites formules qui sont
comme suppositoires faites pour nettoier
les dentz. 63
Et notes que de ceste eaue, mais qu'elle soit
collee bien subtilement, sen fait un fard
que dens trois jours une face brune vient
blanche, non comprinse une souveraine
odeur qui rend à toute la personne. 64
Pour faire huylle de senteur qu'il n'est pos-
sible en tout l'universel monde, ne en
toute la faculté de Medicine en faire
qui soit de plus excellente & souveraine
senteur. 65
Pour composer au vray lepoculum amato
rium ad Venerem, duquel usoient les an-
ciens au fait d'amour. 69
Pour faire une maniere de savon muscat qui
emblanchit & adoucist les mains, & est
d'une doulce & souave odeur, rendant
les mains d'une parfaite blancheur &
doulces a manier. 75
Autre maniere de savon muscat pour la bar
be, qui peult servir pour les seigneurs, qui
est de bonne odeur. 77
Pour faire Bourrax artificiel clayr comme
succre candi. 79
La forme pour faire un eau distillee pour

232

emblanchiir & illustrer parfaitement la
face. Page 80
Pour faire au vray le lait virginal, qui est
nombré entre les applications qui se font
tant pour emblanchir la face, que pour
oster les macules du visaiges. 84
Pour faire venir cheveulx blonds com-
me un fillet d'or, encores qu'il feussent
noirs ou blancs le rendent d'une cou-
leur flave, sans que long temps ilz per-
dent leurs couleurs : & les conserve en
leur entier, & les fait croistre que tant
sont roux devers la racine, comme au
dernier bout. 86
Autre façon pour faire le poil de la barbe
blond, & de couleur dorée, & oster quel
que superfluite du corps que deturpe la
face sans blessure. 88
Pour faire une tressouveraine & tresutile
composition pour la sante du corps humain,
laquelle est de grande vertu & d'ef
ficace. 97
La maniere comme il faut user de la susdi-
te composition, qui est egale en vertu &
efficace[6] à l'or potable, & la vertu d'i-
celle. 97
Pour faire les cheveux de la barbe noirs
pour blancz qu'ilz soient. 102
Pour faire savon noir qui ennoircit la barbe
[6] efficacace.

233

& subitement. Page 104
Pour faire un huylle qui est de couleur noi
re, qui fait venir le poil noir comme vray
geiet, qui demeurera long temps, qui ren
dra une couleur de moree comme la cou
leur d'un corbeau : mais il ne faut point
savonner la barbe, ne le poil pour lors :
mais tant seulement le peigner : & rendra
la barbe d'une bonne & tressouefve o-
deur. 106
Pour faire l'huylle que Medæ faisoit, le-
quel se venoit si subitement imprimer,
que en touchant le poil, incontinent chan
geoit en un instant de couleur devenant
noire. 108
Pour accoustrer le nacre prosopopeye, qui
est nombrée entre les compositions d'hon
neur & magnificence, pour embellir &
emblanchir la face, la illustrant d'une
couleur blanche & naturelle : qui mainti-
endra le personnaige longuement en for
me d'adolescence. 117
Une souveraine nocturne application pour
oster les lentilles du visaige les couvrant
& destruisant, que dens une nuict sont
toutes esvanouies sans jamais plus ap-
paroir, sinon que lon feisse sa perpetuel-
le demeurance au soleil, & annichilant
les tasches, & esvanoisant manifeste

234

ment les pannes. Page 120
Pour faire un fard pour emblanchir la fa-
ce, & la conservant longuement en beau
te, luy donnant une palleur & blancheur
naifve, qui n'est pas de longue duree : mais
y la faudroit faire au moins de quatre en
quatre jours : & est pour gens communs,
& de petit pris : 122
La seconde partie contenant la façon
& maniere de faire toutes confitures
liquides, tant en succre miel, qu'en vin
cuit.
Et premierement pour confire l'escorce,
ou la chair du citron avec le succre. 133
Pour confire la chair de courdes que lon
nomme cocordat ou carabassat, qui est
une confiture refrigerative, qui refrai-[7]
chit, & est de bon goust. 137
Pour confire l'orengeat en succre, ou en
miel, qui sera bon par excellence. 140
Pour confire les orenges qui soient bonnes
a menger dens un jour comme si elles
avoient trempees quinze jours. 143
Pour confire les noix ou autre confiture
sans miel, & sans succre, qui seront aussi
bonnes que avec le succre peu moins, &
meilleures que avec le miel, & toute
[7] Virugle avant la marque de césure.

235

sorte de confiture se peut faire en default
de succre ou de miel. Page 144
Pour faire le vin, cuit que Marcus Varro
nomme Defrutum & cest pour faire con
fitures en forme liquide. 146
Pour faire laictues confites en succre. 150
La façon pour clarifier la cassonade, ou le
succre qui est noir, ou gasté, tant pour
confire laictues, que pour toutes autres
confitures. 151
Pour faire la confiture des guignes ou a-
gryotes, que les Italiens appellent ama-
renes, pour les accoustrer tant belles &
souveraines qu'il est possible au monde,
que quand auront esté faites un an, sem-
bleront avoir estre faites du jour, & d'un
supresme goust. 154
Pour faire la gellée des guignes, qui est aus
si claire & vermeille comme un fin ru-
bis, & de bonte, saveur, & vertu excellen-
te, que les guignes se conserveront lon-
guement en perfection, sans y rien adjou
ster que le fruit, & sera pour presenter de
vant un Roy, par leur supreme excel-
lence. 156
Un'autre mode pour faire gellée de gui-
gnes, qui est plus delicate que la premie-
re, mais elle est plus chiere, & est pour
grands seigneurs. 159

236

Pour faire la confiture du gyngembre
verd, que combien qu'il soit dit gyngem
bre verd, si est ce qu'il se fait d'un gyn-
gembre appellé mecquin, pource qu'il
est de la Mecque, ou Mahommet est
ensevely. Page 162
Pour conserver l'eau du gyngembre, qui est
pour faire bonne pouldre, pour faire sou
verain vin hippocras. 165
Pour faire d'une racine confite qui est hy-
ringus, qui aura toutes les vertus, bontes
& qualites que a le gyngembre verd &
sera de goust plus souefve, & sera tout
semblable au gyngembre verd. 167
Pour faire des amandes confites des verdes
par lors qu'elles sont demy meures, qui
est une confiture fresche & delicate. 169
Pour faire gellée de coings d'une souverai
ne beaute, bonte, saveur, & excellence,
propre pour presenter devan un roy, &
qui se garde bonne longuement. 172
Autre façon pour faire gellée de coings
plus belle beaucoup & plus precieuse, es-
gale en saveur : vray est qu'elle est beau-
coup plus chiere, mais qui en vouldroit
faire pour princes, ou grands seigneurs,
n'en faudroit point faire d'autre que de
ceste cy : car elle surpasse tout, & ne faut
user nullement d'avarice. 174

237

Autre façon pour faire gellée de coings en
roche, que sera de goust meilleure, & de
plus grande substance, que n'est point
moindre aux autres, tant en beaulté,
bonte, valeur, & excellence que les au-
tres. Page 177
Pour confire petiz limons & orenges tous
entiers des nouveaulx, quand ilz sont en
verdure : qui est une confiture fort dele-
ctable & savoureuse, qu'on en peult user
ainsi que l'on vouldra. 179
Pour confire des coings a cartiers dens un
jour : qu'ilz se conserveront longuement,
qui seront d'un merveilleulx bon goust,
qui pourront servir pour deux intentions,
c'estassavoir pour medicine confortative
& restrictive, & pour en manger a plai-
sir a toutes heures. 182
Pour confire les coings a cartiers avec le
vin cuit, qui ne sont guieres diferents du
succre : mais il les faut faire en temps de
vendenges : & se garderont un an ou
deux en bonte & valeur : & la sauce, ou
condiment ou ilz sont cuitz est merveil-
leusement bon toute l'année a manger
& faire sauces. 184
Pour faire du codignat qui est d'une sub-
stance grande, & de saveur bonne : & plus
profitable que nul des autres : vray est

238

qu'il n'est pas si delectable, mais aux ef
fectz & operations il est meillieur. 186
Pour faire une autre façon de coings à car-
tiers avec le succre, qui seront encores
meilleurs & plus beaulx que nulz des
autres. 187
Pour confire l'escorce de buglosse, que les
Espagnolz nomment lengua bovyna, qui est
une conditure cordiale, qui preserve le person
naige de venir hectique, ou hidropicque,
& tient le personnaige joyeulx et alle-
gre, chasse toute mellancholie resjeunit
l'home, retarde la vieillesse fait bonne
couleur au visaige, entretient l'home en
sante, preserve l'home chollerique a ten-
cer. 190
Pour faire poires confites. 193
Pour faire le sucre candi, qui sera tres-
beau. 195
Pour faire le pignolat en roche. 199
Pour faire tartre de massepan, que Hermo-
laus Barbarus les nommoit Martios pa-
nes, qui se peuvent cuire dens la mai-
son, ou en quelque lieu que ce soit facile-
ment. 203
Pour faire les penites, que nous appellons
sucre panys. 205
Pour faire syrop rosat laxatif, que une once
sera mervelleuse, operation, & sans vio

239

lence, que l'on en pourra bailler a une
femme enceinte es premiers & es derniers
moys en tout aage, & en tout temps sans
danger nul que ce soit. Page 210
Autre façon pour faire le syrop rosat laxa-
tif, qui fait une operation louable. 214
Une epistre que Hermolaus Barbarus en-
voie à Pierre Cara Jureconsulte de Mi-
lan, en laquellle il descrit le banquet que
fut fait aux nopces du seigneur Tri-
vulce. 223
Imprimé à Lyon, par
Jean Pullon, dit
de Trin.